« Il y a bien un pro­blème de têtes plates »

La Haute Au­to­ri­té va pu­blier des notes pour pré­ve­nir les dé­for­ma­tions du crâne chez les bé­bés. Sai­sie par une as­so­cia­tion, elle ré­pond à une nou­velle pro­cé­dure d’alerte.

Le Parisien (Val d'Oise) - - SOCIÉTÉ - PAR FLO­RENCE MÉRÉO

LES DEUX DO­CU­MENTS — l’un des­ti­né aux pro­fes­sion­nels, l’autre au pu­blic — se­ront prêts dans quelques mois. La Haute Au­to­ri­té de san­té (HAS) vient of­fi­ciel­le­ment d’ins­crire leur éla­bo­ra­tion à son pro­gramme de tra­vail. Ils por­te­ront, dit-elle, sur « la pré­ven­tion des risques de pla­gio­cé­pha­lie chez le nour­ris­son ». C’est le nom com­pli­qué d’une réa­li­té bien connue de nom­breux pa­rents : le phé­no­mène de tête plate, un apla­tis­se­ment de tout ou par­tie du crâne du nou­veau-né à cause d’un ap­pui sur le dos trop fré­quent, no­tam­ment dans le lit. Si l’au­to­ri­té pu­blique se penche sur ce syn­drome tou­chant au moins 20 % des bé­bés, c’est qu’elle a été sai­sie, comme nous l’an­non­cions le 4 avril, par une im­por­tante as­so­cia­tion de pa­tients. Le Lien a en ef­fet usé du « droit d’alerte », une dis­po­si­tion nou­velle qui per­met aux as­so­cia­tions de sai­sir la HAS.

« C’est la pre­mière alerte à la­quelle nous don­nons une suite po­si­tive, avec ins­crip­tion au pro­gramme de tra­vail », confirme la HAS. « Il faut être une as­so­cia­tion agréée du sys­tème de san­té et que l’au­to­ri­té soit com­pé­tente sur le su­jet », syn­thé­tise Alexandre Bios­seDu­plan, res­pon­sable des re­la­tions avec les as­so­cia­tions de pa­tients et d’usa­gers. Or, lit-on dans la dé­ci­sion de la HAS : « Il res­sort de l’ins­truc­tion des ser­vices que de­puis la mise en oeuvre des re­com­man­da­tions de couchage sur le dos pour pré­ve­nir la mort su­bite du nour­ris­son (NDLR : en 1994), une aug­men­ta­tion de la fré­quence d’asy­mé­trie crâ­nienne a été ob­ser­vée. […] La pla­gio­cé­pha­lie peut conduire à des com­pli­ca­tions mé­ca­niques, sur le plan maxil­lo-fa­cial ou cer­vi­co-bra­chial, voire cog­ni­tives. »

UNE DE­MANDE DE RE­CON­NAIS­SANCE EN TANT QUE MA­LA­DIE

« Cette dé­ci­sion est la preuve qu’il y a bien un pro­blème avec les têtes plates, au-de­là de l’es­thé­tisme ! Nous sommes bien dans un su­jet de san­té pu­blique », in­siste Claude Rambaud, vice-pré­si­dente du Lien, connue du grand pu­blic pour avoir été fer de lance dans la lutte contre les ma­la­dies no­so­co­miales.

« Dès que l’on pointe les com­pli­ca­tions liées aux têtes plates, comme les sco­lioses, les dé­for­ma­tions de la mâ­choire, on est ac­cu­sé de re­mettre en cause la po­si­tion sur le dos, re­prend-elle. On ne veut évi­dem­ment pas re­ve­nir au couchage sur le ventre ! Nous di­sons seule­ment qu’il existe d’autres so­lu­tions, comme al­ter­ner le som­meil un jour cô­té droit, un jour cô­té gauche. »

“ON EST AC­CU­SÉ DE RE­METTRE EN CAUSE LA PO­SI­TION SUR LE DOS. ON NE VEUT ÉVI­DEM­MENT PAS RE­VE­NIR AU COUCHAGE SUR LE VENTRE ! CLAUDE RAMBAUD, VICE-PRÉ­SI­DENTE

DE L’AS­SO­CIA­TION LE LIEN

La HAS n’ira — pour le mo­ment en tout cas — pas aus­si loin dans les re­com­man­da­tions : « Le tra­vail por­te­ra sur une fiche mé­mo pour les pro­fes­sion­nels et un do­cu­ment d’in­for­ma­tion pour les pa­tients. » « C’est un dé­but de re­con­nais­sance de la pro­blé­ma­tique », note Claude Rambaud, qui pense dé­jà à la suite. A la ren­trée, l’as­so­cia­tion mul­ti­plie­ra les ac­tions pour que la pla­gio­cé­pha­lie soit « re­con­nue comme une ma­la­die, et qu’elle soit donc prise en charge par l’As­su­rance ma­la­die ».

Un tiers des con­sul­ta­tions de bé­bés chez l’os­téo­pathe Fré­dé­ric Ze­nou­da concerne la pla­gio­cé­pha­lie, un syn­drome cau­sé par un ap­pui trop fré­quent sur le dos.

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