Du ba­ron Hauss­mann à la ville connec­tée

Le Parisien (Val d'Oise) - - FAIT DU JOUR -

de la trans­for­ma­tion de Pa­ris sous le se­cond Em­pire, le ba­ron Hauss­mann n’avait pas seule­ment pour am­bi­tion d’em­bel­lir et d’as­sai­nir la ca­pi­tale. Le pré­fet de la Seine vou­lait aus­si, en des­si­nant ses grands axes, bri­ser les foyers de la contes­ta­tion ou­vrière et pré­ve­nir d’éven­tuels sou­lè­ve­ments po­pu­laires tels qu’en 1830 et 1848. Ce dé­tour au XIXe siècle le montre : les en­jeux de sé­cu­ri­té dans les amé­na­ge­ments ur­bains ne sont pas nou­veaux.

A par­tir des an­nées 1970, de nou­veaux concepts se dif­fusent : ceux d’« es­pace dé­fen­dable » et de « pré­ven­tion si­tua­tion­nelle ». Leur prin­cipe : lier es­pace et sé­cu­ri­té pour « em­pê­cher le pas­sage à l’acte ou le rendre plus ris­qué ». « Ce­la concerne alors la pré­ven­tion de la dé­lin­quance et des violences ur­baines, pas le terrorisme », rap­pelle l’an­cien com­mis­saire Eric Cha­lu­meau, pré­sident de la so­cié­té Su­re­tis. En France, ce­la se tra­duit dès 1982 par la créa­tion d’un ser­vice dé­dié aux au­dits des bâ­ti­ments sen­sibles au sein de la pré­fec­ture de po­lice de Pa­ris, le SIS (ser­vice in­for­ma­tion sé­cu­ri­té). Puis la loi Pas­qua de 1995 rend obli­ga­toires les études de sé­cu­ri­té pu­bliques (ESP) pour les éta­blis­se­ments re­ce­vant du pu­blic et crée des « ré­fé­rents sû­re­té », dans chaque dé­par­te­ment. Mais cet ou­til cen­sé « re­pé­rer les vul­né­ra­bi­li­tés et an­ti­ci­per les risques » fait dé­bat : « Son dé­cret d’ap­pli­ca­tion n’in­ter­vien­dra qu’en 2007 », rap­pelle l’ur­ba­niste Ca­mille Gos­se­lin, qui en dresse un bi­lan contras­té dans une note pour l’Ins­ti­tut d’amé­na­ge­ment et d’ur­ba­nisme d’Ile-de-France.

En pa­ral­lèle, à par­tir des an­nées 1990, les villes se dotent de vi­déo­sur­veillance : le nombre de

com­munes équi­pées grimpe de 60 en 1999… à 2 384 en 2014. « Beau­coup d’ar­gent pu­blic a été dé­pen­sé pour ces dis­po­si­tifs qui peuvent ai­der aux en­quêtes mais guère pré­ve­nir un pas­sage à l’acte », es­time Ca­mille Gos­se­lin.

A l’heure de la « ville in­tel­li­gente », les ca­mé­ras sont un ou­til par­mi d’autres. Les nou­velles tech­no­lo­gies ouvrent un champ in­fi­ni, dont le mar­ché de la sé­cu­ri­té s’est vite em­pa­ré : sui­vi et tra­çage, iden­ti­fi­ca­tion bio­mé­trique, drones ou dé­tec­teurs à rayon X, re­con­nais­sance fa­ciale… « La ville du fu­tur se­ra interconnectée sur tous les sys­tèmes », pro­nos­tique Serge Massiera, res­pon­sable des sys­tèmes in­for­ma­tiques de la mé­tro­pole ni­çoise. Nice a lan­cé l’ex­pé­ri­men­ta­tion d’un dis­po­si­tif de « su­per­vi­sion ur­baine » sur ta­blette tac­tile. Connec­tée aux res­sources lo­cales, elle per­met­trait de « vi­sua­li­ser la ville en temps réel et en 3D » et de « co­or­don­ner les forces en cas de crise ».

Après les at­ten­tats de 2015, la maire de Pa­ris, Anne Hi­dal­go, a mo­bi­li­sé la com­mu­nau­té de l’in­no­va­tion et le pro­gramme Nec Mer­gi­tur, pi­lo­té par l’agence Pa­ris & Co, a été pé­ren­ni­sé. « L’idée est de confron­ter l’uni­vers des start-up du nu­mé­rique aux mo­dèles des forces de sé­cu­ri­té tra­di­tion­nelles afin d’ex­plo­rer des champs nou­veaux », ex­plique son di­rec­teur Loïc Dos­seur. Un exemple par­mi une cen­taine de pro­jets : une car­to­gra­phie en 3D per­met­tant « d’amé­lio­rer la connais­sance des lieux cri­tiques ». Loïc Dos­seur sou­ligne : « Les so­lu­tions, pour être pé­rennes, doivent ser­vir le quo­ti­dien d’une ville nor­male. Le risque ter­ro­riste étant une di­men­sion sup­plé­men­taire. »

LE NU­MÉ­RIQUE À LA RES­COUSSE “LA VILLE DU FU­TUR SE­RA INTERCONNECTÉE SUR TOUS LES SYS­TÈMES SERGE MASSIERA, RES­PON­SABLE

SYS­TÈME IN­FOR­MA­TIQUE À NICE

Pa­ris, sep­tembre 1859. Hauss­mann agran­dis­sait les axes pour sé­cu­ri­ser la ville.

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