Bles­sé à la guerre, re­cons­truit par le sport

Mé­daillé d’or aux In­vic­tus Games, les Jeux pour les mi­li­taires ac­ci­den­tés qui se dé­roulent à To­ron­to (Ca­na­da), Da­vid Tra­va­don est un exemple de cou­rage.

Le Parisien (Val d'Oise) - - SPORTS INVICTUS GAMES - PAR CH­RIS­TOPHE LACAZE-ESLOUS

« JE SUIS le maître de mon des­tin, je suis le ca­pi­taine de mon âme. » Ces deux der­niers vers du poème « In­vic­tus » du Bri­tan­nique William Er­nest Hen­ley (1849-1903), Da­vid Tra­va­don les applique par­fai­te­ment de­puis huit ans. A 40 ans, ce mi­li­taire de car­rière a dé­jà pas­sé la moi­tié de sa vie sous les dra­peaux. Cette vie de sol­dat a bas­cu­lé fin 2009, lorsque l’ad­ju­dant Tra­va­don a sau­té sur une mine lors d’une mis­sion au Li­ban. Duath­lète confir­mé avant ce dra­ma­tique ac­ci­dent, le ca­pi­taine de l’équipe de France a rem­por­té mer­cre­di la mé­daille d’or en cy­clisme sur route aux In­vic­tus Games, com­pé­ti­tion in­ter­na­tio­nale ré­ser­vée aux bles­sés de guerre qui se dé­roulent cette se­maine à To­ron­to (Ca­na­da).

Pen­dant treize ans, Da­vid Tra­va­don a bour­lin­gué en Afrique, en Asie cen­trale, au Moyen-Orient. « Dès mon en­ga­ge­ment, j’ai été très vite pas­sion­né par l’in­ten­si­té des échanges hu­mains », ra­conte ce Bre­ton à la voix po­sée. Spé­cia­liste du dé­mi­nage, il sait que son des­tin peut bas­cu­ler en une se­conde. Le 18 no­vembre 2009, avec le 13e ré­gi­ment du gé­nie de Val­da­hon (Doubs) et sous le man­dat de l’ONU, il hé­rite d’une mis­sion par­ti­cu­lière : « Nous étions à la fron­tière li­ba­no-is­raé­lienne et nous de­vions ins­tal­ler des qui marquent la ligne de dé­mar­ca­tion of­fi­cielle. Il fal­lait créer une brèche dans un champ de mines da­tant de vingt ans lorsque l’une d’entre elles a ex­plo­sé. » L’impact lui ar­rache l’avant­bras droit et l’oeil gauche : « Je connais­sais le risque mais je ne m’étais pas pré­pa­ré à ren­trer broyé. Il n’y a pas de pe­tite mis­sion. Sauf que le jour où on tombe, c’est très bas. Je dois la vie à mes hommes qui m’ont don­né les pre­miers soins. Je ne les re­mer­cie­rai ja­mais as­sez. »

Ra­pa­trié à l’hô­pi­tal Per­cy à Cla­mart, Da­vid Tra­va­don se re­cons­truit dès le pre­mier jour : « J’ai tout de suite su que je se­rais dé­sor­mais han­diath­lète. Comme j’étais dé­jà spor­tif, j’avais l’ha­bi­tude de me mettre à l’en­vers. Nous, les Bre­tons, on a vrai­ment la tête dure ! J’ai tout de suite ac­cep­té mes bles­sures car j’avais une to­tale confiance dans le corps mé­di­cal mi­li­taire pour ce nou­veau com­bat. Le re­tour au do­mi­cile après sept mois m’a fait prendre conscience de ma vie d’avant la bles­sure. Je de­vais re­trou­ver ma place de ma­ri. »

Psy­cho­lo­gi­que­ment prêt, il doit ré­adap­ter son phy­sique. Outre les bles­sures aux yeux et à l’avant-bras, les 140 points de su­ture au vi­sage et sur le corps le ra­mènent à la réa­li­té : « Cet ac­ci­dent a dé­cu­plé mon en­vie de vivre. Avant, j’étais un bon cy­cliste et un très bon coureur à pied. Sauf qu’il était im­pos­sible de cou­rir aus­si vite… » Il se lance dans le bi­ath­lon, puis passe au tri­ath­lon et en­fin au duath­lon, avec un vé­lo sur me­sure et une pro­thèse fa­bri­quée par un ar­ti­san. Cham­pion d’Eu­rope 2013 et du monde l’an­née sui­vante, Da­vid Tra­va­don per­fec­tionne au fil des ans son pro­ces­sus de re­cons­truc­tion.

De­ve­nu res­pon­sable de la for­ma­tion des cadres, il par­ti­cipe aux In­vic­tus Games dès la 1re édi­tion, en 2014. Par­mi la tren­taine de sé­lec­tion­nés, il y a les ha­bi­tués, et les nou­veaux : « En tant que ca­pi­taine d’équipe, je ban­nis l’ori­gine de la bles­sure dans les dis­cus­sions. Ce que je veux, c’est que mes spor­tifs aillent mieux et qu’ils re­trouvent un cer­tain équi­libre. A Or­lan­do, l’an pas­sé, j’ai vu un père souf­frant de stress post-trau­ma­tique, sou­rire à ses en­fants. C’est vrai­ment ce­la, l’es­prit des In­vic­tus, il n’y a pas de vain­queurs et pas de per­dants, seule­ment des gens qui re­gagnent leur es­time de soi. La seule dif­fé­rence entre une com­pé­ti­tion et un conflit, c’est que le spor­tif perd un match dans le pre­mier cas, et le sol­dat par­fois la vie dans le se­cond. »

« LA SEULE DIF­FÉ­RENCE ENTRE UNE COM­PÉ­TI­TION ET UN CONFLIT, C’EST QUE LE SPOR­TIF PERD UN MATCH DANS LE PRE­MIER CAS, ET LE SOL­DAT LA VIE DANS LE SE­COND » DA­VID TRA­VA­DON

To­ron­to (Ca­na­da), mer­cre­di. Da­vid Tra­va­don a rem­por­té mer­cre­di la mé­daille d’or en cy­clisme sur route aux In­vic­tus Games.

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