Un homme sé­questre sa fa­mille pen­dant sept ans

DRAME In­ter­pel­lé à la Réunion, un homme avait sé­ques­tré pen­dant sept ans sa com­pagne et les deux filles de celle-ci, les cou­pant du monde et les sou­met­tant à des vio­lences sexuelles.

Le Parisien (Val d'Oise) - - LA UNE - DE NOTRE COR­RES­PON­DANT À LA RÉUNIONSÉB ASTI ENGIGNOUX

LE CAU­CHE­MAR au­ra du­ré sept ans. Sept longues an­nées du­rant les­quelles cette femme et ses deux filles ont vé­cu comme des pri­son­nières dans leur ap­par­te­ment d’une ci­té po­pu­laire de Saint-Be­noît, dans l’est de l’île de la Réunion, su­bis­sant les bri­mades, agres­sions sexuelles et hu­mi­lia­tions de la part du com­pa­gnon de la mère, de­ve­nu au fil des ans un vé­ri­table geô­lier.

L’af­faire éclate en dé­but de se­maine der­nière quand le fils de cette qua­dra­gé­naire, chas­sé du do­mi­cile par le beau-père, brave la peur pour ve­nir aler­ter les gen­darmes. Ce qu’il leur ra­conte dé­passe l’en­ten­de­ment. Sa mère et ses deux soeurs se­raient sé­ques­trées de­puis jan­vier 2010 par un homme qui, à force de me­naces et de vio­lences, a im­po­sé à ces femmes « une prise de pou­voir to­tale, au-de­là du ty­ran do­mes­tique », se­lon une source ju­di­ciaire. L’homme les a cloî­trées dans cet ap­par­te­ment, ca­de­nas­sant les fe­nêtres, ex­hi­bant arme de poing, nun­cha­ku et câble mé­tal­lique et im­po­sant des rap­ports sexuels à la mère et ses deux filles. Il ne cesse de vio- ler l’aî­née, 29 ans au­jourd’hui, que lorsque celle-ci donne nais­sance à un en­fant en 2011. Il re­porte alors ses as­sauts sur la deuxième fille, mi­neure. En­fer­mées chez elles, sur­veillées par des ca­mé­ras vi­déo re­liées au do­mi­cile de leur bour­reau à 800 m de là, elles n’ont au­cun contact avec l’ex­té­rieur. Des draps et cou­ver­tures ten­dus sur le bal­con cachent la vie du foyer aux re­gards ex­té­rieurs. Le maigre ar­gent des pres­ta­tions so­ciales et les té­lé­phones sont en­fer­més dans un coffre-fort dont l’homme seul pos­sède la clé. Lors­qu’elles sortent, pour ac­com­pa­gner les plus jeunes à l’école ou faire les courses, il est tou­jours à leurs cô­tés.

« On au­rait ja­mais pu ima­gi­ner ça, se dé­sole une voi­sine de pa­lier. C’est vrai qu’on ne les voyait que très ra­re­ment. Quand on les croi­sait dans l’im­meuble, elles bais­saient la tête. Lui était très po­li, di­sait bon­jour. On se dou­tait que quel­que­chose clochait mais pas à ce point .» Com­ment un seul homme a-t-il pu main­te­nir ain­si ces femmes sous son em­prise tout ce temps, se consti­tuant « un vé­ri­table ha­rem ba­sé sur la ter­reur », se­lon une source ju­di­ciaire ? La ré­ponse se trouve sans doute dans le pro­fil de Guy G., 55 ans. Em­ployé par la com­mune comme agent de sé­cu­ri­té, char­gé no­tam­ment de veiller à la sor­tie des écoles, l’homme ar­rê­té mer­cre­di der­nier a une car­rure de dé­mé­na­geur. Sur­tout, il pré­sente un lourd pas­sé ju­di­ciaire. Condam­né en 1996 à dix ans de ré­clu­sion, il avait tué sa pré­cé­dente com­pagne à coups de ga­lets.

Pour­tant, les quelques per­sonnes qui fré­quen­taient Gé­gé le dé­crivent comme un homme « gen­til et dis­cret », tou­jours sobre et bien­veillant avec les en­fants. C’est d’ailleurs avec une toute pe­tite voix, presque ti­mide, que le sus­pect mis en exa­men pour viols et sé­ques­tra­tion a com­pa­ru ven­dre­di de­vant le juge des li­ber­tés, di­sant « ac­cep­ter la dé­ci­sion » de le pla­cer en dé­ten­tion pro­vi­soire. Il conteste tou­te­fois des ac­cu­sa­tions que son avo­cat, Me Alex Var­din, juge « dis­pro­por­tion­nées ».

L’en­quête, qui va se pour­suivre sous com­mis­sion ro­ga­toire d’un juge d’ins­truc­tion, de­vra ap­pro­fon­dir le fonc­tion­ne­ment de cette cel­lule fa­mi­liale cor­rom­pue. De­puis mer­cre­di, les trois vic­times et l’en­fant ont quit­té leur ap­par­te­ment-pri­son, re­cueillis par leur fa­mille dont elles avaient été coupées tout ce temps.

DES VIC­TIMES COUPÉES DE L’EX­TÉ­RIEUR DÉ­JÀ CONDAM­NÉ POUR MEURTRE “ON SE DOU­TAIT QUE QUELQUE CHOSE CLOCHAIT MAIS PAS POINT” À CE UNE VOI­SINE DE PA­LIER

La Réunion. Guy G., 55 ans, a été mis en exa­men pour viols et sé­ques­tra­tion.

L’homme re­te­nait et vio­lait une mère et ses deux filles de­puis sept ans dans cet ap­par­te­ment dis­si­mu­lé par des draps ten­dus sur le bal­con.

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