Un ta­bleau de Léo­nard de Vin­ci es­ti­mé à 100 M€

Le Parisien (Val d'Oise) - - LA UNE - YVES JAEGLÉ

Drôle d’his­toire. Dmi­tri Ry­bo­lov­lev, le pré­sident de l’AS Mo­na­co, pos­sède le seul ta­bleau de Léo­nard de Vin­ci qui n’ap­par­tient pas à un mu­sée, et il le vend, de­main à New York, chez Ch­ris­tie’s. L’éton­nant, c’est que ce Ch­rist, in­ti­tu­lé « Sal­va­tor Mun­di » (« sau­veur du monde »), peint entre 1506 et 1513, soit pro­po­sé aux en­chères dans une vente d’art contem­po­rain, aux cô­tés no­tam­ment d’un Wa­rhol. « Une pre­mière », se­lon plu­sieurs ex­perts. Ha­bi­tuel­le­ment, les ventes se ré­par­tissent entre l’art an­cien ou l’art mo­derne. Mais pour ce Vin­ci, Ch­ris­tie’s, qui a ga­ran­ti au col­lec­tion­neur un prix mi­ni­mum d’au moins 100 M$, a vou­lu un vrai show, et l’art an­cien, mi­lieu très feu­tré, n’au­rait pas pro­po­sé un écrin as­sez spec­ta­cu­laire.

TOUT EST HORS DU COM­MUN DANS CETTE TRAN­SAC­TION

D’au­tant que ce ta­bleau, qui a été at­tri­bué en 2005 seu­le­ment à l’au­teur de « la Jo­conde », abî­mé par le temps — on ne voit plus qu’une main du Ch­rist — reste dis­cu­té. « L’état de conser­va­tion est très mé­diocre. C’est un ta­bleau qui a énor­mé­ment souf­fert, un fan­tôme qui n’est plus que l’ombre de Léo­nard de Vin­ci », tranche l’ex­pert in­dé­pen­dant Ni­co­las Jo­ly. Un avis par­ta­gé par une ga­le­rie spé­cia­li­sée dans l’art de la Renaissance qui trouve « in­croyable » de ga­ran­tir à l’avance 100 mil­lions à un ven­deur. Mais tout est hors du com­mun dans cette tran­sac­tion : Ry­bo­lov­lev tient en ef­fet ab­so­lu­ment à se dé­bar­ras­ser de son Léo­nard de Vin­ci, comme de 37 autres ta­bleaux de maîtres qu’il a ac­quis par l’in­ter­mé­diaire du cour­tier et trans­por­teur d’art suisse Yves Bou­vier, avec le­quel il est en conflit ju­di­ciaire. Le Russe ac­cuse le Suisse d’avoir em­po­ché en douce des plus-va­lues énormes, le se­cond ac­cuse le pre­mier de cor­rup­tion. Cha­cun a dé­po­sé plainte contre l’autre. Ry­bo­lov­lev a dé­jà re­ven­du une di­zaine des oeuvres ac­quises via Bou­vier. En 1958, le « Sal­va­tor Mun­di », alors consi­dé­ré comme une oeu­vrette d’un sui­veur de Léo­nard, s’était ven­du pour 45 £ (51 €), avant d’être res­tau­ré et de voir sa cote ex­plo­ser après son au­then­ti­fi­ca­tion.

Ce Ch­rist de Léo­nard de Vin­ci est in­ti­tu­lé « Sal­va­tor Mun­di ».

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