Dans le camp Hol­lande, on ri­cane

Le Parisien (Val d'Oise) - - FAIT DU JOUR - PHI­LIPPE MARTINAT ET HEN­RI VERNET (AVEC A.L.) @Phi­lip­peMar­ti­nat @Hen­riVer­net

VOILÀUNEAFFAIRE qui a fait pschitt. « Une tem­pête dans un verre d’eau », ri­cane l’an­cien mi­nistre des Fi­nances Mi­chel Sa­pin, joint hier alors qu’il était en dé­pla­ce­ment en Mau­ri­ta­nie. De fait, avec son rap­port qui se ré­sume à un « tous res­pon­sables, per­sonne cou­pable », l’IGF (ins­pec­tion gé­né­rale des fi­nances) évite de clouer l’an­cien pou­voir de Fran­çois Hol­lande au pi­lo­ri. Pas plus au gou­ver­ne­ment qu’à l’Ely­sée — où Em­ma­nuel Ma­cron su­per­vi­sait la po­li­tique éco­no­mique à son poste de se­cré­taire gé­né­ral ad­joint de la pré­si­dence — des noms de res­pon­sables ne sont ci­tés. En­core moins je­tés en pâ­ture, comme avait com­men­cé à le faire Bru­no Le Maire. « La bou­lette à 10 Mds€, ça mé­rite qu’on re­cherche ce qui s’est vrai­ment pas­sé », jus­ti­fie un col­la­bo­ra­teur du pre­mier cercle du pré­sident Ma­cron.

CHEZ MA­CRON, ON SOUFFLE

Dans le camp Hol­lande, le sou­la­ge­ment est pa­tent. Ch­ris­tian Eckert, l’ex-se­cré­taire d’Etat au Bud­get, par­ti­cu­liè­re­ment mis en ac­cu­sa­tion par ses suc­ces­seurs, trouve même des mots élo­gieux pour ce rap­port : « Je le trouve fac­tuel­le­ment pré­cis, je suis heu­reux qu’il soit conforme aux faits. » « Un rap­port in­dis­cu­table, ob- jec­tif et hon­nête », ren­ché­rit son an­cien su­pé­rieur Mi­chel Sa­pin. Au­jourd’hui, les deux an­ciens té­nors so­cia­listes se paient même le luxe de contre-at­ta­quer. Vi­sant Bru­no Le Maire et Chris­tophe Cas­ta­ner, porte-pa­role du gou­ver­ne­ment et fu­tur pa­tron de LREM, Eckert « dé­plore que cette en­quête n’ait pas été dé­clen­chée plus tôt, au lieu de ca­ri­ca­tu­rer le pré­cé­dent gou­ver­ne­ment ». « Le Maire a vou­lu faire une pe­tite ma­nip po­li­ti­cienne à par­tir d’un cas ju­ri­di­co-tech­nique hor­ri­ble­ment com­pli­qué, c’est la plus vieille po­li­tique du vieux monde d’avant », tacle Sa­pin.

En saisissant l’IGF, Bru­no Le Maire, l’homme de droite (LR) ral­lié à Ma­cron, a-t-il vou­lu faire du zèle ? « Non, couvre à Ma­ti­gnon un proche d’Edouard Phi­lippe, on a eu rai­son de faire cette opé­ra­tion de trans­pa­rence, c’était la moindre des choses, c’est ce qu’on ap­pelle un vrai re­tour d’ex­pé­rience. » Même son de cloche à l’Ely­sée, où l’on cer­ti­fie que le chef de l’Etat et son mi­nistre de l’Eco­no­mie étaient « par­fai­te­ment en phase ».

Dans l’en­tou­rage de Ma­cron aus­si, d’ailleurs, on souffle. Cer­tains re­dou­taient en ef­fet de voir im­pli­qué à un de­gré ou un autre ce­lui qui était alors le proche conseiller de Hol­lande. « Il n’y avait pas lieu de se de­man­der ce qu’il sa­vait », nous confiait hier à Ber­cy une source proche des rap­por­teurs. « Ils ne s’at­taquent pas entre eux (NDLR : sous-en­ten­du entre ins­pec­teurs des fi­nances, le corps d’ori­gine de l’énarque Ma­cron) », grince un an­cien conseiller de Hol­lande.

Fin de l’his­toire ? Oui, sauf que l’on peut se de­man­der com­ment l’Etat pour­ra se pré­mu­nir d’une nou­velle bourde ana­logue. Le si­lence em­bar­ras­sé qui ré­gnait hier à droite comme à gauche en di­sait long.

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