«Ha­ri­ria­vait­la­main­te­nue par­les­di­ri­geants­saou­diens»

Spé­cia­liste du Moyen-Orient, pointe la res­pon­sa­bi­li­té du prince hé­ri­tier saou­dien dans la dé­mis­sion du Pre­mier mi­nistre li­ba­nais.

Le Parisien (Val d'Oise) - - POLITIQUE - PROPOSRECUEILLISPAR

Si, comme il le dit, Saad Ha­ri­ri a été libre de ses mou­ve­ments, l’en­chaî­ne­ment des faits de­puis une se­maine est dif­fi­ci­le­ment com­pré­hen­sible : une dé­mis­sion an­non­cée de­puis l’étran­ger, dans un dis­cours très ra­di­cal vis-à-vis du Hez­bol­lah qui ne cor­res­pond pas du tout au style de Ha­ri­ri. Dans sa dé­cla­ra­tion, il y avait une charge as­sez nette contre l’Iran, ce qui montre bien qu’il avait la main te­nue par les di­ri­geants saou­diens. Il a été contraint de le faire après les pro­pos du pré­sident li­ba­nais, Mi­chel Aoun, as­su­rant que « la li­ber­té de Saad Ha­ri­ri était res­treinte ». Ces pro­pos net­te­ment moins ra­di­caux contre le Hez­bol­lah que lors de son dis­cours de dé­mis­sion montrent qu’il y a une grande part d’im­pro­vi­sa­tion de la part du prin­ci­pal ac­teur de cette af­faire, Mo­ham­med ben Sal­mane — dit MBS —, le prince hé­ri­tier saou­dien.

“MBS A FAIT UNE ER­REUR

CAL­CUL” DE

Mo­ham­med ben Sal­mane vou­lait af­fai­blir le Hez­bol­lah et il a fon­cé. Mais com­ment peut-on ima­gi­ner que Mi­chel Aoun, élu pré­sident du Li­ban grâce aux voix du Hez­bol­lah, puisse faire pres­sion sur ce même Hez­bol­lah ? Il ne faut pas sous-es­ti­mer ce que re­pré­sente le Hez­bol­lah au Li­ban, c’est la force cen­trale. S’at­ta­quer di­rec­te­ment à lui en le fai­sant dé­non­cer par le Pre­mier mi­nistre est ab­surde. Oui to­ta­le­ment. Cette pré­ten­tion à vou­loir faire dé­mis­sion­ner un Pre­mier mi­nistre d’un Etat sou­ve­rain montre les li­mites de sa ré­flexion stra­té­gique. Dans leur ob­ses­sion an­ti-ira­nienne, les di­ri­geants saou­diens veulent ap­pa­raî­tre­com­meu­n­élé­ments­ta­bi­li­sa­teur dans la ré­gion. MBS manque d’ex­pé­rience, est im­pul­sif et n’a pas de conseiller pour le rai­son­ner. Il a fait une er­reur de cal­cul en con­si­dé­rant que quoi qu’il ar­rive, les EtatsU­nis le sou­tiennent. Ce n’est pas im­pos­sible que Ha­ri­ri re­prenne sa dé­mis­sion sous l’ami­cale pres­sion de son pré­sident… même si on n’en est pas tout à fait là. Il faut dé­jà qu’il rentre. Le pré­sident Mi­chel Aoun a eu une ré­ac­tion consti­tu­tion­nelle en n’ac­cep­tant pas cette dé­mis­sion. Le Li­ban est un pays af­fai­bli mais reste un vé­ri­table Etat. Il faut tout faire pour main­te­nir cet équi­libre bien fra­gile.

Di­dier Bil­lion.

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