Une ville en­tière frap­pée de stu­peur

Le Parisien (Val d'Oise) - - FAIT DU JOUR -

de ver­tige. Le sen­ti­ment d’être au bord d’un pré­ci­pice sans sa­voir de quel cô­té le sort va tom­ber. De­puis hier ma­tin, Gray re­tient son souffle. Dans cette ville qui a tant pleu­ré la mort de son en­fant du pays, l’an­nonce du pla­ce­ment en garde à vue de Jo­na­thann Da­val plonge les ha­bi­tants dans un abîme de per­plexi­té. « Si c’est lui, ça va être ter­rible. Parce qu’il au­ra bien trom­pé son monde, confie un homme qui ha­bite à proxi­mi­té de la mai­son du couple, per­qui­si­tion­née une bonne par­tie de la jour­née d’hier. Mais c’est en­core trop tôt pour le dire. On at­tend. »

PAS DE JU­GE­MENT HÂTIF

A l’ins­tar de ce ri­ve­rain, les Gray­lois font preuve d’une grande re­te­nue. Et même si pour cer­tains, comme par exemple ce client de Jo­na­thann,« tout le monde sa­vait bien qu’il était dans le coup », la ma­jo­ri­té des ha­bi­tants in­vitent à la pru­dence. Non sans une cer­taine fé­bri­li­té.

A Gray, per­sonne n’a ou­blié la marche blanche qui avait réuni entre 8 000 et 10 000 per­sonnes quelques jours après la dé­cou­verte du corps par­tiel­le­ment cal­ci­né d’Alexia. Ni la cou­ra­geuse et émou­vante prise de pa­role de son ma­ri éplo­ré, lit­té­ra­le­ment sou­te­nu à bout de bras par son beau-père. « Ce jour-là, j’ai vu un homme dont le cha­grin m’était ap­pa­ru au­then­tique. C’est pour­quoi j’ai du mal à croire qu’il puisse avoir tué Alexia, ex­plique Agnès, une proche du couple. Je ne peux pas ima­gi­ner qu’il au­rait pu ap­pa­raître aus­si meur­tri en pu­blic s’il avait été im­pli­qué. Mais si c’est le cas, c’est ex­trê­me­ment per­tur­bant. »

Au sein de son en­tre­prise d’in­for­ma­tique, on se garde aus­si de tout ju­ge­ment hâtif. « Au­jourd’hui on le sou­tient, in­siste un de ses col­lègues. Il n’y a rien d’avé­ré pour l’ins­tant. » « Ça ne peut pas être lui, ce se­rait trop gros », ren­ché­rit une connais­sance d’Alexia et Jo­na­thann.

La ré­vé­la­tion des der­niers dé­ve­lop­pe­ments de l’en­quête — et no­tam­ment ce mys­té­rieux tra­jet noc­turne en voi­ture à éclair­cir — en a néan­moins trou­blé plus d’un. « S’ils l’ont ar­rê­té, c’est bien qu’il y a des élé­ments, ana­lyse une voi­sine. Je vais at­tendre d’en sa­voir plus mais, si c’est bien lui, ça va être ter­rible pour les pa­rents d’Alexia. Je ne sais pas comment ils vont pou­voir le sup­por­ter. »

Dans une ville où ils sont bien connus et très ap­pré­ciés, c’est d’ailleurs vers eux que se di­rigent en prio­ri­té toutes les pen­sées. « Je les plains très sin­cè­re­ment, confie une femme qui les croise ré­gu­liè­re­ment dans le bar-ta­bac qu’ils tiennent dans le centre-ville. Ils sont ado­rables. Je n’ose pas ima­gi­ner dans quel état ils se trouvent. »

“LE

JOUR DE LA MARCHE, J’AI VU UN HOMME DONT LE CHA­GRIN M’ÉTAIT AP­PA­RU AU­THEN­TIQUE. C’EST POUR­QUOI J’AI DU MAL À CROIRE QU’IL PUISSE AVOIR TUÉ ALEXIA. ” UNE PROCHE DU COUPLE

Gray (Haute-Saône), hier. Le do­mi­cile du couple Da­val a été per­qui­si­tion­né par les gen­darmes.

Gray, hier. Les ha­bi­tants de la ville di­saient pen­ser par­ti­cu­liè­re­ment aux pa­rents d’Alexia, qui tiennent le bar-ta­bac du centre.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.