TER­RIBLE LE SOUP­ÇON

Hier à Gray, Jo­na­thann Da­val, le ma­ri d’Alexia, cette jeune jog­geuse re­trou­vée morte le 30 oc­tobre der­nier, a été in­ter­pel­lé et pla­cé en garde à vue.

Le Parisien (Val d'Oise) - - LA UNE - PAR JULIEN CONSTANT

Te­nace. De­puis hier ma­tin 9 heures, c’est un fait ju­di­ciaire. Jo­na­thann Da­val, le ma­ri d’Alexia, est le sus­pect nu­mé­ro un du meurtre de sa femme. Alexia avait été re­trou­vée morte le 30 oc­tobre, le corps brû­lé, dans un bois près de Gray (Haute-Saône), à quelques ki­lo­mètres de son do­mi­cile d’où elle avait dis­pa­ru deux jours plus tôt. Le meurtre de la jog­geuse de 29 ans avait sus­ci­té une émo­tion na­tio­nale et la marche blanche or­ga­ni­sée dans sa com­mune at­ti­ré près de 8 000 per­sonnes. Jo­na­thann était en tête de cor­tège. En larmes. Dé­fait. Sou­te­nu par ses beaux-pa­rents. Trois mois plus tard, c’est donc le veuf éplo­ré qui est dans la mire des en­quê­teurs de la sec­tion de re­cherche de Be­san­çon (Doubs) qui le soup­çonnent d’avoir tué son épouse au cours d’une ba­garre.

C’est lui qui a don­né l’alerte le sa­me­di 28 oc­tobre. Vers 12 h 30, il se rend à la gen­dar­me­rie, pré­ci­sant que son épouse est par­tie cou­rir vers 9 h 30 sans em­por­ter son té­lé­phone por­table. Des re­cherches sont en­tre­prises avec des chiens qui perdent sa trace sur les bords de Saône. Le corps brû­lé d’Alexia est fi­na­le­ment re­trou­vé deux jours plus tard, dis­si­mu­lé sous des bran­chages dans le bois de la Vaivre. L’au­top­sie ré­vèle que le ca­davre porte de nom­breuses traces de coups et qu’Alexia est morte as­phyxiée. « L’étude du corps a mon­tré qu’elle s’était dé­fen­due au point de se re­tour­ner les ongles », pré­cise une source proche de l’af­faire.

SON VÉ­HI­CULE ET DES DRAPS AU COEUR DE L’EN­QUÊTE

Mais la pre­mière au­di­tion de Jo­na­thann Da­val, me­née dès la dis­pa­ri­tion de son épouse, a se­mé le doute dans l’es­prit des en­quê­teurs. Il y a eu d’abord ces grif­fures, voire ces mor­sures, qui mar­quaient son cou et ses bras. Le ma­ri d’Alexia avait alors ex­pli­qué qu’il s’était bat­tu, la veille, avec son épouse. Une pe­tite dis­pute sans consé­quence, se­lon lui…

Les gen­darmes le soup­çonnent aus­si d’avoir men­ti sur son em­ploi du temps. Le jeune homme a ex­pli­qué que le ven­dre­di 27 oc­tobre, ils avaient pas­sé la soi­rée dans la fa­mille d’Alexia. Une « soi­rée ra­clette » avant de ren­trer à la mai­son et se cou­cher. Le len­de­main ma­tin, elle au­rait en­voyé un SMS à sa soeur et se­rait par­tie cou­rir. Mais un té­moin, dans le voi­si­nage du couple, as­sure qu’il a en­ten­du une voi­ture sur la route vers 1 h 30 alors qu’elle pas­sait sur une plaque mé­tal­lique. L’homme est as­sez pré­cis car il au­rait re­gar­dé l’heure à cet ins­tant. Les en­quê­teurs, qui dé­tiennent un ti­ming pré­cis de la soi­rée, soup­çonnent donc que Jo­na­thann se­rait res­sor­ti dans la nuit.

Sa voi­ture pro­fes­sion­nelle a d’ailleurs été sai­sie avant d’être ex­per­ti­sée à l’ins­ti­tut de re­cherche cri­mi­nelle de la gen­dar­me­rie. L’ana­lyse des élé­ments élec­tro­niques du vé­hi­cule a confir­mé qu’il avait bou­gé cette nuit-là. Des traces de pneus ont aus­si été re­le­vées près de la scène de crime et, après avoir réa­li­sé des mou­lages, les mi­li­taires ont trou­vé des cor­res­pon­dances avec ceux du vé­hi­cule sus­pect. Autre dé­cou­verte sur la scène de crime, un mor­ceau de drap dont l’ana­lyse confir­me­rait qu’il est lié au couple, même si les per­qui­si­tions me­nées à leur do­mi­cile n’ont pas per­mis pour l’ins­tant de l’éta­blir for­mel­le­ment.

La mai­son était pla­cée sous sur­veillance de­puis de longues se­maines. « Les gen­darmes avaient no­tam­ment ins­tal­lé des ca­mé­ras in­fra­rouges pour pou­voir suivre toutes les al­lées et ve­nues au­tour du do­mi­cile du sus­pect », ex­plique une source proche de l’af­faire. Une mai­son qui sem­blait être celle de l’amour pour ces deux jeunes gens ma­riés de­puis 2015 mais qui se connais­saient de­puis plus de dix ans. Pour­tant, c’est bien l’hy­po­thèse d’une ba­garre entre les époux qui se se­rait dra­ma­ti­que­ment ter­mi­née qui est pri­vi­lé­giée de­puis hier ma­tin.

« Jo­na­thann m’a confir­mé qu’en au­cun cas il n’était lié d’une fa­çon ou d’une autre au dé­cès de son épouse, a dé­cla­ré hier mi­di son avo­cat, Me Ran­dall Sch­wer­dorf­fer, avant de pou­voir s’en­tre­te­nir une de­mi-heure avec son client, qui reste très se­rein. Il nie to­ta­le­ment les faits. Nous pen­sons que l’ab­sence d’autres sus­pects im­plique cette garde à vue. » La jour­née qui s’an­nonce va être dé­ci­sive et lè­ve­ra peut-être le voile sur trois mois de ques­tions et de soup­çons.

“IL NIE TO­TA­LE­MENT LES FAITS. NOUS PEN­SONS QUE L’AB­SENCE D’AUTRES SUS­PECTS IM­PLIQUE CETTE GARDE À VUE. Me RAN­DALL SCH­WER­DORF­FER, AVO­CAT DE JO­NA­THANN DA­VAL

Jo­na­thann Da­val (ici lors des ob­sèques d’Alexia le 8 no­vembre) a été in­ter­pel­lé et pla­cé en garde à vue hier à 9 heures.

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