Doit-on boy­cot­ter le ci­né­ma de Woo­dy Al­len ?

Le nou­veau film de Woo­dy Al­len sort alors que le ci­néaste se re­trouve dans la tour­mente, ac­cu­sé d’abus sexuels par sa fille et lâ­ché par de nom­breux ac­teurs.

Le Parisien (Val d'Oise) - - LA UNE - PAR CA­THE­RINE BALLE

Le film qui sort au­jourd’hui s’ap­pelle « Won­der Wheel ». Cette « roue des mer­veilles », c’est l’at­trac­tion ma­jeure du parc de loi­sirs où se dé­roule cette ma­gni­fique co­mé­die dra­ma­tique. Pour Woo­dy Al­len, son réa­li­sa­teur, c’est une autre roue qui a tour­né à la vi­tesse d’un grand huit ces der­nières se­maines : dé­sor­mais, le ci­néaste adu­lé, pour le­quel toutes les stars hol­ly­woo­diennes et eu­ro­péennes ac­cep­taient un rôle au ta­rif mi­ni­mal, fait fi­gure de pa­ria.

Parce que sa fille adop­tive, Dy­lan Far­row, a ré­ité­ré le 18 jan­vier les ac­cu­sa­tions qu’elle porte de­puis 1992 — Woo­dy Al­len au­rait sexuel­le­ment abu­sé d’elle quand elle avait 7 ans —, il est au­jourd’hui pro­bable que « Won­der Wheel » soit le der­nier long-mé­trage du met­teur en scène à sor­tir en salles. Plu­sieurs ac­teurs ont dé­cla­ré qu’ils « croyaient Dy­lan » (Na­ta­lie Port­man, Reese Wi­thers­poon…). D’autres qu’ils re­gret­taient d’avoir tour­né avec Al­len (El­len Page, Re­bec­ca Hall, Gre­ta Ger­wig, Co­lin Firth…). Ti­mo­thée Cha­la­met et Se­le­na Go­mez, les stars d’« Un jour de pluie à New York », tour­né par le réa­li­sa­teur après « Won­der Wheel », ont an­non­cé qu’ils re­ver­se­raient leur sa­laire aux vic­times de har­cè­le­ment sexuel. Et Amazon, qui l’a fi­nan­cé, en­vi­sa­ge­rait de ne ja­mais sor­tir ce film en salles.

Le scan­dale Wein­stein et ses re­tom­bées pour­raient donc bien avoir rai­son de la car­rière du réa­li­sa­teur de « Man­hat­tan », « Ma­ris et Femmes » ou « Match Point ». Même si l’af­faire Dy­lan Far­row n’a rien à voir avec les cas Har­vey Wein­stein, Kevin Spa­cey ou Louis C.K., qui ont réuni contre eux de nom­breux té­moi­gnages de har­cè­le­ment

sexuel. Même si les ac­cu­sa­tions de Dy­lan sont pu­bliques de­puis vingt-cinq ans. Même si, en 1993, la po­lice new-yor­kaise a conclu à l’ab­sence de preuves et à l’in­no­cence du réa­li­sa­teur… Au­jourd’hui, il y a peu de chances que des ac­teurs de re­nom ou des pro­duc­teurs prennent le risque de ter­nir leur image en tra­vaillant avec le ci­néaste. Au mi­lieu du dé­luge de condam­na­tions, quelques voix s’élèvent pour­tant pour dé­fendre le réa­li­sa­teur. « Woo­dy Al­len est mon ami et je conti­nue à le croire », a écrit sur Twit­ter Diane Kea­ton, son an­cienne muse, tan­dis que l’ac­teur Alec Bald­win a ac­cu­sé Dy­lan Far­row de men­tir. Moses Far­row, un autre fils adop­tif de Mia, a quant à lui ré­pé­té que sa mère avait ma­ni­pu­lé Dy­lan. En France, cer­tains, comme Jack Lang ou Fré­dé­ric Beigbeder, as­surent vou­loir dis­so­cier l’homme de son oeuvre.

Lorsque nous avions ren­con­tré Woo­dy Al­len le 22 no­vembre der­nier, il nous avait dé­cla­ré avoir « en­core beau­coup d’idées qu’[il] ai­me­rait tour­ner ». « Peut-être qu’à un mo­ment j’au­rais en­vie de prendre ma re­traite, mais pas pour le mo­ment », as­su­rait-il. C’était avant que la roue ne tourne.

Cannes, le 11 mai 2016. Avec « Won­der Wheel », Woo­dy Al­len signe peut-être son der­nier film à sor­tir en salles.

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