« Une per­son­na­li­té plu­tôt im­ma­ture »

Le Parisien (Val d'Oise) - - FAIT DU JOUR - PRO­POS RE­CUEILLIS PAR N.T.

Dr GE­NE­VIÈVE REI­CHERT-PA­GNARD est psy­chiatre, vic­ti­mo­logue, di­plô­mée en cri­mi­no­lo­gie, au­teur de « Crimes im­pu­nis ou Néon­ta : His­toire d’un amour ma­ni­pu­lé » chez Prime Fluo Edi­tions. Com­ment une dis­pute conju­gale peut-elle se ter­mi­ner en crime puis en une telle suite d’évé­ne­ments ? Dr GE­NE­VIÈVE REI­CHERT-PA­GNARD. Il est tou­jours com­plexe de s’ex­pri­mer sur un dos­sier en cours, même lors­qu’il y a des aveux. Ce­pen­dant, on peut s’in­ter­ro­ger sur cette af­faire très sin­gu­lière. Toute per­sonne qui tue sans in­ten­tion réelle de le faire, de ma­nière ac­ci­den­telle par exemple, au­rait im­mé­dia­te­ment fait ap­pel à un mé­de­cin ou en­core à la po­lice. Là, ce­la s’est pour­sui­vi par la dis­si­mu­la­tion de l’acte et ce­la a du­ré dans le temps. Le meur­trier a sans doute été pris par la pa­nique, puis il s’est en­fer­ré dans un cercle vi­cieux de men­songes qui rend tout re­tour en ar­rière dif­fi­cile. C’est sans doute ac­cu­lé par les élé­ments d’en­quête pré­sen­tés pen­dant la garde à vue que l’aveu est de­ve­nu in­évi­table. Il est tout de même très dif­fi­cile de nier contre l’évi­dence. Peut-on par­ler d’ac­ci­dent pour un étran­gle­ment ? Je for­mule l’hy­po­thèse que le sus­pect a vou­lu dire qu’il ne sou­hai­tait pas au dé­part tuer son épouse. L’étran­gle­ment, on l’a dé­jà vu dans nombre d’af­faires cri­mi­nelles, peut être lié avec la vo­lon­té de faire taire, de ne plus en­tendre lors­qu’on est to­ta­le­ment dé­pas­sé par une si­tua­tion. Ap­pa­rem­ment, la dis­pute entre ma­ri et femme a été très vio­lente et des mots ont sans doute été échan­gés. L’ex­pé­rience me dé­montre qu’il est dif­fi­cile de sa­voir ce qui existe dans un couple. Tout le monde a vu les images du sus­pect en pleurs, sou­te­nu par les pa­rents d’Alexia juste après la dis­pa­ri­tion de la jeune femme, que peut-on en dire a pos­te­rio­ri ? Ces images sont frap­pantes car on y voit le beau-père sou­te­nir son gendre et non deux per­sonnes se sou­te­nir l’une l’autre. On y lit aus­si un contraste entre l’at­ti­tude des pa­rents, tel­le­ment dignes qu’ils en sont presque froids, et celle de leur gendre, qui pleure sans s’ar­rê­ter. Ce­la donne l’im­pres­sion d’une per­son­na­li­té plu­tôt im­ma­ture. Com­ment quel­qu’un peut-il gar­der le se­cret d’un crime qu’il a com­mis et ac­cep­ter pen­dant plu­sieurs mois l’af­fec­tion des pa­rents de sa vic­time ? Ce­la peut ap­pa­raître en ef­fet cy­nique. Mais dans cette af­faire, d’après les élé­ments connus, ce­la res­semble plu­tôt à quel­qu’un de dé­pas­sé par la si­tua­tion, qui s’en­ferre en dé­pit des évi­dences, qui s’est pris au piège et ne peut en sor­tir. Les com­por­te­ments ne sont pas tou­jours ra­tion­nels. Ce qui in­ter­pelle ici est que tout semble avoir été « construit » au fur et à me­sure, en s’adap­tant aux évé­ne­ments lors de leur dé­rou­lé, de ma­nière as­sez mal­adroite. Par exemple, le corps de la vic­time par­tiel­le­ment brû­lé et mal ca­ché sous des feuillages, ce­la montre de la désor­ga­ni­sa­tion et semble ex­clure une per­son­na­li­té ma­ni­pu­la­trice.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.