« J’ai été lyn­ché pour un tacle »

Dis­pu­tait un match FSGT à Gen­ne­vil­liers. Le dé­fen­seur de l’Es­pé­rance spor­tive de Co­lombes en est res­sor­ti avec un trau­ma­tisme crâ­nien et une frac­ture au poi­gnet. Il ra­conte.

Le Parisien (Val d'Oise) - - FOOTBALL FUTSAL - PAR ÉRIC MICHEL * Le pré­nom a été chan­gé.

d’hi­ver comme les autres. Rien n’an­nonce ce qui va bien­tôt se pro­duire. A Gen­ne­vil­liers, on va dis­pu­ter un match de foot à 7 pour le compte du cham­pion­nat FSGT (Fé­dé­ra­tion spor­tive et gym­nique du tra­vail). Il n’y a pas d’en­jeu, pas d’ar­bitre, et le ré­sul­tat im­porte peu. On est juste là pour ta­per la balle et s’amu­ser.

C’est en tout cas ce que croit Jé­rôme Gui­gnon, 35 ans. Il est joueur et vice-pré­sident de l’Es­pé­rance spor­tive de Co­lombes, une as­so­cia­tion née en sep­tembre : « J’avais lais­sé mon fils en garde pour pro­fi­ter de la soi­rée. On s’ap­prê­tait à jouer un match sym­pa entre potes. En FSGT, les par­ties durent deux fois vingt­cinq mi­nutes, puis le gar­dien éteint les lu­mières. C’est le foot dans tout ce qu’il a de plus ama­teur. » Au bord de l’A 86, le stade est coin­cé entre plu­sieurs barres d’im­meubles et ou­vert à tous les vents. Quelques spec­ta­teurs des­cendent de la ci­té voi­sine pour as­sis­ter à la ren­contre. Au coup d’en­voi, tout est en­core calme. « Le match est tou­te­fois vite de­ve­nu ten­du, ra­conte Jé­rôme. Il y a eu plein de fautes plus ou moins mé­chantes. J’ai vite com­pris que ça pou­vait dé­gé­né­rer à tout mo­ment. »

APRÈS LES IN­SULTES, LES COUPS

Les deux équipes n’ont au­cun conten­tieux ; elles se ren­contrent pour la pre­mière fois. Pe­tit à pe­tit, les in­sultes rem­placent les contacts ru­gueux. « Dans le foot à 7 de la FSGT, les tacles sont in­ter­dits, ra­conte Jé­rôme. J’avoue avoir ou­blié cette règle fon­da­men­tale pen­dant une se­conde. Dans l’ac­tion, j’ai ta­clé un ad­ver­saire, par ins­tinct. Il l’a pris pour une grave pro­vo­ca­tion. Si j’avais su… J’ai été lyn­ché pour un tacle » Car c’est à cet in­tant que tout dé­gé­nère : l’at­ta­quant ta­clé, que nous ap­pel­le­rons Sa­cha*, se re­tourne et tente de frap­per Jé­rôme qui évite le poing de jus­tesse. « J’en­tends alors les pires in­sultes : fils de p… ; enc… de plus en plus me­na­çantes, jus­qu’à ce que je re­çoive un coup der­rière la tête. Je ne l’ai pas vu ar­ri­ver. »

Sur­pris, il tombe à terre. Une quin­zaine de joueurs ad­verses et des spec­ta­teurs se ruent sur lui et par­ti­cipent au lyn­chage : « Je me sou­viens avoir es­sayé de pro­té­ger ma tête, mais j’ai sen­ti les coups sur mon crâne, mes côtes… » peine-t-il à se sou­ve­nir. « J’ai pris un dé­fer­le­ment de coups de pied et de poing sans que je puisse me dé­fendre », in­dique-t-il dans sa plainte au com­mis­sa­riat.

Après lui, les agres­seurs s’en sont pris à ses co­équi­piers, âgés de 18 à 35 ans, qui ont ten­té de le dé­fendre. « Si vous por­tez plainte ou ap­pe­lez la po­lice, vous sor­tez pas du stade. Je vais al­ler cher­cher mon gun, je vais vous tuer ! », a en­ten­du Jé­rôme qui a dé­po­sé ces pro­pos dans sa plainte. « On a de­man­dé au gar­dien pour­quoi il n’avait pas ap­pe­lé des se­cours. Il nous a ré­pon­du que lui aus­si avait re­çu des me­naces s’il le fai­sait », pour­suit le dé­fen­seur.

Jé­rôme Gui­gnon est trans­por­té à l’hô­pi­tal ; les mé­de­cins diag­nos­tiquent un trau­ma­tisme crâ­nien avec plaie, une frac­ture du poi­gnet, des bleus sur tout le corps (voir ci-des­sus). Il a fal­lu lui po­ser une broche sous anesthésie gé­né­rale et il n’a pas en­core re­pris le tra­vail. « Au­jourd’hui en­core, quelques se­maines plus tard, je ne peux pas ou­vrir ma mâ­choire en grand. Je vais de­voir me faire opé­rer à nou­veau. Avec le re­cul, je me dis pour­tant que j’ai eu de la chance : les sé­quelles au­raient pu être pires. Je me dis aus­si que mon fils au­rait pu as­sis­ter à tout ça », s’at­triste le père cé­li­ba­taire. Au­jourd’hui, il ne sait pas s’il re­fe­ra du foot.

Ses co­équi­piers, eux, ont dé­ci­dé de ne pas re­jouer cette an­née. L’en­quête est en cours, et l’équipe ad­verse est ex­clue de toute com­pé­ti­tion jus­qu’à la fin de la sai­son. Sa­cha*, son agres­seur, est sus­pen­du douze mois ferme. La sanc­tion de Jé­rôme risque de du­rer plus long­temps. « Mes nuits sont dif­fi­ciles et j’ai tou­jours peur. Mais j’avais be­soin de ra­con­ter. En guise de thé­ra­pie et pour dire que l’ex­trême vio­lence gra­tuite sur les ter­rains de foot ar­rive plus sou­vent qu’on ne le croit. »

Jé­rôme Gui­gnon ne pen­sait pas qu’un simple match de foot à 7 pou­vait le conduire à l’hô­pi­tal...

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