Bien­tôt une loi pour ou­trage sexiste

Votre ren­dez-vous du mer­cre­di

Le Parisien (Val d'Oise) - - LA UNE - PAR CH­RIS­TINE MATEUS

Vous pour­riez être ma mère. » Avec cette phrase, ré­pon­dant à un rap­pel à l’ordre dû­ment cir­cons­tan­cié de Yaël Braun-Pi­vet, la pré­si­dente de la com­mis­sion des Lois de l’As­sem­blée na­tio­nale, le dé­pu­té LR Robin Ré­da a-t-il fait preuve de mi­so­gy­nie ? Avec ces cinq mots, il a re­fu­sé l’au­to­ri­té d’une femme de pou­voir, et ce en uti­li­sant la fi­gure ma­ter­nelle. Alors, oui, c’est bien une des dé­fi­ni­tions de la mi­so­gy­nie. Au­rait-il été sanc­tion­né d’une amende pour ou­trage sexiste si la loi contre ce nou­veau dé­lit avait été vo­tée ?

Cinq par­le­men­taires doivent en ef­fet re­mettre très pro­chai­ne­ment un rap­port à Mar­lène Schiap­pa, se­cré­taire d’Etat char­gée de l’Ega­li­té femmes-hommes, Ni­cole Bel­lou­bet, mi­nistre de la Justice, et Gé­rard Co­lomb, mi­nistre de l’In­té­rieur, lui don­nant une dé­fi­ni­tion et pré­sen­tant éga­le­ment les moyens de ver­ba­li­ser ce fléau qui touche en grande ma­jo­ri­té les femmes.

UNE DÉ­FI­NI­TION TRÈS VASTE

L’ou­trage sexiste (qui rem­place la dé­no­mi­na­tion har­cè­le­ment de rue qui sous-en­tend la ré­pé­ti­tion des faits) vise en ef­fet un « com­por­te­ment qui consti­tue une at­teinte à la li­ber­té de cir­cu­la­tion des femmes dans les es­paces pu­blics et porte at­teinte à l’es­time de soi et au droit à la sé­cu­ri­té ».

Il suf­fit donc d’une seule fois. L’in­jure et l’agres­sion sexuelle étant dé­jà sanc­tion­nées par le Code pé­nal, il s’agit donc d’autres agis­se­ments que le rap­port doit dé­cryp­ter. Mais d’ores et dé­jà, si vous aviez un doute, cer­taines si­tua­tions ne posent ma­ni­fes­te­ment pas ques­tion quant à leur qua­li­fi­ca­tion d’ou­trage sexiste. En voi­ci quelques-unes.

SIF­FLER OU FAIRE DES COM­MEN­TAIRES SUR LE PHY­SIQUE

C’était en juillet 2012, Cé­cile Du­flot (EELV), alors mi­nistre du Logement, est sif­flée par des dé­pu­tés de l’As­sem­blée na­tio­nale parce qu’elle porte une robe d’été. Elle di­ra même plus tard que ce vê­te­ment est de­ve­nu un « sym­bole du sexisme en politique ». C’est en ef­fet un ou­trage sexiste. A la ques­tion : « Si je dis à une femme qu’elle est belle, c’est du har­cè­le­ment ? », l’as­so­cia­tion Stop har­cè­le­ment de rue répond : « Non, com­pli­men­ter ce n’est pas har­ce­ler et heu­reu­se­ment ! Un com­pli­ment ne fait ja­mais de mal. Mais com­pli­men­ter ce n’est pas com­men­ter. Au­tre­ment dit, évo­quer le charme et la beau­té d’une per­sonne par une re­marque un peu sub­tile : oui, avec plai­sir, mais se conten­ter d’évo­quer de fa­çon ba­sique le phy­sique d’une per­sonne : non, c’est un com­men­taire phy­sique et pas un com­pli­ment ! »

Donc, la phrase ré­cem­ment re­cueillie, à Tou­louse, par une jeune femme dans la rue, « Hé Ma­de­moi­selle, c’est vrai­ment illé­gal de se ba­la­der avec des seins pa­reils » est un ou­trage sexiste.

I SUIVRE UNE FEMME OU LA BLO­QUER SUR SON PAS­SAGE

Ces at­ti­tudes sont for­cé­ment res­sen­ties comme me­na­çantes et rendent l’es­pace pu­blic in­éga­li­taire, obli­geant des femmes à évi­ter cer­tains sec­teurs, adap­ter leur te­nue ves­ti­men­taire, ou en­core à re­non­cer à prendre les trans­ports seules après une cer­taine heure…

Même chose concer­nant les in­vi­ta­tions in­ces­santes. « Tu me files ton 06 ? Al­lez. On irait boire un verre. Oh ? Tu peux me ré­pondre ?... » Non, ce n’est pas de la drague lourde et en­core moins de la drague tout court qui est un jeu qui se joue à deux et sup­pose le consen­te­ment.

« Si vous abor­dez une per­sonne dans un es­pace pu­blic, dans la rue, dans un bar, etc., soyez par­ti­cu­lè­re­ment at­ten­tif à son com­por­te­ment. Si elle vous répond non, je ne suis pas in­té­res­sée, je suis pres­sée, j’ai un co­pain-une co­pine… c’est qu’elle ne sou­haite pas en­ta­mer la dis­cus­sion, res­pec­tez son choix et n’in­sis­tez pas ! », pré­cise l’as­so­cia­tion Stop har­cè­le­ment de rue.

De même, si la per­sonne ne vous répond pas, l’ab­sence de ré­ponse est aus­si un non, pas de la ti­mi­di­té qu’il faut for­cer.

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