Les larmes de Cé­cile Bour­geon

La mère de Fio­na, ju­gée pour la dis­pa­ri­tion de la fillette en 2013, a mon­tré ses émo­tions hier.

Le Parisien (Val d'Oise) - - FAITS DIVERS - DE LOUISE COLCOMBET, EN­VOYÉE SPÉ­CIALE AU PUY-EN-VELAY (HAUTE-LOIRE)

ET SOU­DAIN, elle pleu­ra. Hier, au deuxième jour de son procès en ap­pel de­vant les as­sises de la Haute-Loire, où elle com­pa­raît avec son ex-com­pa­gnon Ber­kane Ma­kh­louf pour coups mor­tels ag­gra­vés sur sa fille Fio­na, 5 ans, morte en mai 2013 à Cler­mont-Fer­rand (Puy-de­Dôme), Cé­cile Bour­geon a sem­blé pro­fon­dé­ment tou­chée, fon­dant en larmes en évo­quant sa fille. Elle qui avait pa­ru si froide en pre­mière ins­tance a li­vré, dès l’en­tame de ce nou­veau procès, une forme de vé­ri­té. Dé­sor­don­née et in­dé­chif­frable, certes. A son image.

« J’ai l’in­time convic­tion que si elle n’avait pas ren­con­tré Ber­kane Ma­kh­louf, la pe­tite Fio­na se­rait en­core en vie », té­moigne alors à la barre l’ex-pe­tite amie de ce der­nier, le dé­cri­vant comme « per­vers », « violent » et « ma­ni­pu­la­teur ». Dans son box, le corps re­cro­que­villé de Cé­cile Bour­geon est par­cou­ru d’un lé­ger soubre- saut. On de­vine des pleurs. Me Ma­rie Gri­maud, avo­cate en par­tie ci­vile, sai­sit la balle au bond. « On vous sent ré­agir. Pour­quoi ? », la guide-t-elle d’une voix douce. « Je me rends compte de choses… j’ai vé­cu un en­fer du­rant ma gros­sesse, lâche la mère de Fio­na. En fait, il m’a prise pour une conne, il di­sait qu’il m’ai­mait, mais il al­lait voir ailleurs. Elle, dit-elle en regardant le té­moin, a le cou­rage de ne plus avoir peur. » Ce troi­sième procès — un deuxième avait dû être in­ter­rom­pu en oc­tobre der­nier — elle le sait, elle qui, comme Ma­kh­louf, en­court trente ans de pri­son, « c’est le der­nier mo­ment ».

Réelle prise de conscience ou larmes uti­li­taires, comme celles ver­sées de­vant les ca­mé­ras lors­qu’elle avait pré­ten­du que Fio­na avait dis­pa­ru dans un parc de Cler­mont­Fer­rand ? « Je veux tour­ner la page, ne pas ou­blier ma fille, mais je veux vivre, lâche, san- celle qui a dé­jà fait deux ten­ta­tives de sui­cide en pri­son. Si plus tard j’ai un appartement, je vou­drais une chambre pour Fio­na, parce que je l’at­tends. Mais la psy­cho­logue, elle m’a dit qu’elle ne re­vien­drait ja­mais », gé­mit l’ac­cu­sée, le vi­sage blême dé­for­mé par les pleurs. « J’ai be­soin d’un lieu pour me re­cueillir », pour­sui­telle, al­lu­sion à l’as­pect qui, dans cette af­faire, heurte le plus les consciences : qu’elle ne se sou­vienne plus, elle, la mère, où elle et Ma­kh­louf ont en­ter­ré l’en­fant. « Je vou­drais es­sayer de me rap­pe­ler », jure-t-elle.

LA MÈRE SE DÉSOLIDARISE DE SON AN­CIEN COM­PA­GNON

Cet en­fouis­se­ment du pe­tit corps, dans la pa­nique après une soi­rée de « dé­fonce », puis la fausse dis­pa­ri­tion et la co­mé­die de­vant les ca­mé­ras, l’ex­pe­tite amie en est per­sua­dée : « C’est Ber­kane qui lui a fait faire ça ». De­puis l’in­ter­pel­la­tion du couple en sep­tembre 2013, Cé­cile Bour­geon a pour­tant maintes fois chan­gé de ver­sion, im­pli­quant Ma­kh­louf avant de re­ve­nir sur ses dires. Lui-même a évo­qué des vio­lences de Cé­cile sur sa fille.

En pre­mière ins­tance, les ju­rés avaient condam­né le com­pa­gnon (vingt ans de pri­son) au pro­fit de la mère, ac­quit­tée des faits les plus graves (cinq ans). Cé­cile Bour­geon semble pour­glo­tant, tant, cette fois, prête à se dé­so­li­da­ri­ser to­ta­le­ment de son ex­com­pa­gnon. « Il tape les en­fants ? » de­mande Me Gri­maud. « Il y a des mo­ments où il ne se contrôle plus… » « Mais il tape les en­fants ? » in­siste l’avo­cate. Cé­cile Bour­geon hé­site, et reste fi­na­le­ment au mi­lieu du gué : « Il est violent. »

Cé­cile Bour­geon (ici en mai 2016) dit vou­loir conti­nuer de vivre sans ou­blier sa fille.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.