« Il me faut éva­cuer ce ca­ta­clysme »

Un mois après son li­cen­cie­ment pour faute grave et à trois jours de l’en­trée du XV de France dans le Tour­noi des Six Na­tions face à l’Ir­lande, Guy No­vès livre ses vé­ri­tés. L’ex-sé­lec­tion­neur veut la­ver son hon­neur.

Le Parisien (Val d'Oise) - - RUGBY - DE NOTRE COR­RES­PON­DANT VINCENT PIALAT À TOU­LOUSE (HAUTE-GARONNE)

de son poste de sé­lec­tion­neur le mois der­nier, Guy No­vès, 63 ans, va lais­ser à d’autres le soin de me­ner l’équipe de France lors du Tour­noi qui dé­bute sa­me­di par la ré­cep­tion de l’Ir­lande. En­ga­gé dans une pro­cé­dure ju­di­ciaire face à la Fé­dé­ra­tion, le Tou­lou­sain semble tou­ché mais dé­ter­mi­né à faire res­pec­ter ses droits.

L’homme

Dans quel état d’es­prit êtes-vous, un peu plus d’un mois après avoir été dé­bar­qué du poste de sé­lec­tion­neur ?

GUY NO­VÈS. Je com­mence à prendre conscience de ma si­tua­tion, même si je ne trouve tou­jours au­cune rai­son à cette évic­tion. Ob­jec­ti­ve­ment, les jour­nées sont longues. C’est as­sez pé­nible. Com­ment oc­cu­pez-vous votre temps ? Je m’en­tre­tiens beau­coup avec mes avo­cats. Je suis à l’af­fût de tout ce qui se passe. J’ai du mal à me consa­crer à autre chose. J’es­saie de faire des choses fu­tiles, comme m’aé­rer la tête, pro­me­ner mon chien par exemple, pour es­sayer de don­ner une conte­nance à mes jour­nées. Com­ment avez-vous vé­cu cette évic­tion ? Ce­la a été violent, comme une agres­sion qui est ar­ri­vée dans mon dos. Ça a dé­clen­ché une fa­tigue phy­sique, mo­rale, men­tale très im­por­tante. Heu­reu­se­ment que je suis en­tou­ré, par mes en­fants, mon épouse, mes amis. J’ai l’im­pres­sion qu’ils se té­lé­phonent les uns les autres pour or­ga­ni­ser leur sou­tien au­tour de moi. J’ai une fa­mille so­li­daire et loyale, elle s’est sû­re­ment plus in­quié­tée de ma san­té que moi. Qu’at­ten­dez-vous de la pro­cé­dure en­ga­gée de­vant le con­seil des Prud’hommes ? Dé­fendre mon hon­neur, et ne pas dé­ce­voir tous ceux qui m’ont ex­pri­mé leur sou­tien, que ce soient des ano­nymes sur les ré­seaux so­ciaux ou des di­zaines et des di­zaines de mes­sages de joueurs, pré­si­dents de club, en­traî­neurs d’autres sports, per­son­na­li­tés po­li­tiques de tous bords… Ces gens ont du mal à ad­mettre qu’on ait cher­ché à me faire du mal. Et puis, je suis un mec à re­cords… Il y a en beau­coup de po­si­tifs, mais je suis aus­si le seul sé­lec­tion­neur à avoir été remercié au bout de deux ans. Ça a une in­ci­dence sur mon hon­neur per­son­nel. Est-ce que les per­sonnes qui ont confiance en moi vont conti­nuer à me croire quand je vais leur par­ler, alors que j’ai été remercié de cette ma­nière ? Es­pé­rez-vous en­core un rè­gle­ment amiable ? Je n’es­père rien du tout. Je laisse mes avo­cats suivre le dos­sier, mais je suis pré­pa­ré pour al­ler au bout de la pro­cé­dure.

L’an­cien sé­lec­tion­neur

Com­pre­nez-vous ce que les di­ri­geants de la Fé­dé­ra­tion vous re­prochent ? Pu­bli­que­ment, je ne di­rai rien là­des­sus. Je laisse mes conseils s’en oc­cu­per. Mais le trai­te­ment que je su­bis n’est pas conforme à mon in­ves­tis­se­ment, ma loyau­té et mon en­ga­ge­ment dès le dé­part. J’ai tou­jours été loyal, dans toutes mes at­ti­tudes. Com­ment avez-vous vé­cu votre der­nière an­née de man­dat, avec une nou­velle équipe di­ri­geante au-des­sus de vous ? Il y a eu de l’in­gé­rence dans mon tra­vail, qui n’a pas fa­ci­li­té ma tâche. Les in­ter­ven­tions de Serge Si­mon (NDLR : vice-pré­sident de la FFR) pen­dant cette pé­riode-là ont al­té­ré l’ef­fi­ca­ci­té de mon dis­cours. Comme quand il a sou­hai­té par­ler aux joueurs après un match en Afrique du Sud, ou lors­qu’il a au­to­ri­sé deux joueurs du Stade Fran­çais à quit­ter le groupe alors que j’avais dit le contraire… Ce sont des mo­ments que je n’avais ja­mais connus dans ma car­rière d’en­traî­neur. Ce­la a sa­pé mon au­to­ri­té. Les joueurs n’ont plus su qui écou­ter, quel che­min suivre. Com­ment s’est com­por­té Ber­nard La­porte, le pré­sident de la Fé­dé­ra­tion ? Avec le staff et les joueurs, on a tou­jours en­ten­du un dis­cours nor­mal. En Afrique du Sud, de­vant tous les joueurs, Ber­nard La­porte a dit qu’il com­pre­nait les dif­fi­cul­tés, qu’il les avait lui-même connues en tant que sé­lec­tion­neur. Mais ce dis­cours de­ve­nait très am­bi­gu face aux mé­dias. Je ne peux pas dire que je n’ai pas vu ve­nir ce qui m’est ar­ri­vé, mais j’étais tel­le­ment pris dans mon bou­lot que je ne me suis pas fo­ca­li­sé des­sus. Et cette pé­riode, avec deux tour­nées face aux meilleures na­tions, dans des condi­tions ren­dues très com­pli­quées, était la meilleure si on vou­lait s’en prendre à moi.

Le sup­por­teur

Alors que le Tour­noi dé­bute sa­me­di, vous sen­tez-vous dé­pos­sé­dé de cette équipe ? Non, car l’équipe de France ne m’ap­par­te­nait pas. Mais je pense sur­tout à mon staff, au tra­vail qui a été fait en com­mun. J’ai une im­pres­sion de gâ­chis. Al­lez-vous re­gar­der les Bleus face à l’Ir­lande ? Oui, je pense. Je sou­haite aux joueurs de faire le meilleur Tour­noi pos­sible. Si l’équipe de France pro­gresse par rap­port à notre 3e place de l’an der­nier, tant mieux. Si elle réa­lise un Grand Che­lem, ce se­ra très bien. Mais quand on com­pa­re­ra avec nos ré­sul­tats, il fau­dra le faire par rap­port aux mêmes choses, Tour­noi avec Tour­noi, tour­nées avec tour­nées. Parce qu’en juin il y au­ra une tour­née en Nou­velle-Zé­lande qui ne se­ra pas simple non plus. Ces Bleus peuvent-ils re­nouer du­ra­ble­ment avec la vic­toire ? Avec le re­tour d’un cer­tain nombre de joueurs, l’équipe de France doit être ca­pable de ri­va­li­ser avec les meilleures na­tions mon­diales. Je per­siste et je signe. J’af­firme aus­si qu’avec une se­maine nor­male de tra­vail, et non en­tre­cou­pée par un match ra­jou­té face aux All Blacks, on au­rait bat­tu l’Afrique du Sud en no­vembre. Les ré­sul­tats ne ve­nant pas, la pres­sion est de­ve­nue très lourde sur l’équipe. J’es­père que l’équipe de France ac­tuelle n’au­ra plus à sup­por­ter cette pres­sion. En vou­lez-vous à Jacques Bru­nel d’avoir ac­cep­té votre suc­ces­sion ? Je n’ai au­cun re­proche à lui faire. Il a eu l’op­por­tu­ni­té d’en­traî­ner l’équipe de France, alors que, dans son club, ce n’était pas for­cé­ment simple parce que Bor­deaux était clas­sé 7e ou 8e, je crois. Je ne peux pas lui en vou­loir, d’au­tant plus qu’il est très proche de Ber­nard La­porte. La seule chose, c’est que j’ai ap­pris sa no­mi­na­tion et mon évic­tion par la bouche d’un jour­na­liste et non par celle de mon pré­sident de l’époque. Quels sont vos pro­jets pour le fu­tur ? Au­jourd’hui, je n’ai qu’une vi­sion à court terme, et c’est le com­bat que je mène pour le sens de ma vie. Avoir tou­jours été loyal vis-à-vis des joueurs, des di­ri­geants, c’est ça qui est re­mis en ques­tion. Je ne peux pas me dire : c’est pas grave. Il me faut éva­cuer ce ca­ta­clysme.

Guy No­vès ex­plique que Ber­nard La­porte, pré­sident de la Fé­dé­ra­tion, et Serge Si­mon, le vice-pré­sident, ont créé les condi­tions pour fa­vo­ri­ser son évic­tion du poste de sé­lec­tion­neur.

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