Au Louvre, dé­cou­vrez le cir­cuit Beyon­cé -Jay-Z

Les deux stars amé­ri­caines, en concert ce week-end au Stade de France, ont tour­né leur der­nier clip au Louvre. Le mu­sée pro­pose dé­sor­mais un cir­cuit pour re­trou­ver les oeuvres vues dans la vi­déo.

Le Parisien (Val d'Oise) - - LA UNE - PAR PAUL GÉLI ET YVES JAEGLÉ

Il n’en est pas re­ve­nu. Pierre-Ha­drien Pou­louin, 36 ans, mé­dia­teur au Louvre à Pa­ris, a pour mé­tier d’or­ga­ni­ser des vi­sites guidées pour des jeunes de ban­lieue ayant connu des par­cours dif­fi­ciles voire ca­bos­sés, en lien avec des as­so­cia­tions. Le Louvre les in­ti­mide. Sou­vent, Pierre-Ha­drien ga­lère. Et puis, il y a eu le mi­racle Beyon­cé Jay-Z, et leur clip « Ape­shit » tour­né dans le mu­sée, dans le­quel on aper­çoit 17 oeuvres du Louvre : « Le jour où le clip est sor­ti, le mu­sée est de­ve­nu d’un coup hy­per sexy, gla­mour, ra­conte-t-il. Au lieu de trois vo­lon­taires pour une vi­site, ils étaient onze. D’ha­bi­tude, ils ne tiennent que qua­rante mi­nutes. Là, ça a du­ré deux heures et ils étaient hy­per fans. »

En quelques se­maines, le clip du couple amé­ri­cain en concert ce soir et de­main au Stade de France, vu plus de 70 mil­lions de fois, est dé­jà de­ve­nu un ou­til pé­da­go­gique pour les mé­dia­teurs du Louvre. « On a tou­ché beaucoup de jeunes grâce à ce clip, il nous fait ga­gner un temps fou, pour­suit Pierre-Ha­drien Pou­louin. D’autant que Beyon­cé et Jay-Z ont choi­si plu­sieurs oeuvres sur la ques­tion noire, comme ce portrait si­gné par Ma­rie-Guille­mine Be­noist, el­le­même une femme peintre. Ça les pas­sionne. En plus, ce ta­bleau re­pré­sente une Ma­rianne de la Ré­pu­blique noire. Ça ré­veille ! Les jeunes se sentent hy­per à l’aise avec ces oeuvres choi­sies par les deux mu­si­ciens. Ils ont même l’im­pres­sion de faire un peu par­tie d’un gang Louvre. Et ils vou­laient tout sa­voir. Est-ce que j’avais croi­sé Beyon­cé, est-ce que c’était moi qui lui avais or­ga­ni­sé la vi­site ? J’au­rais bien ai­mé, mais non. »

Dé­sor­mais, sur le site Internet du mu­sée, un par­cours à im­pri­mer ou à té­lé­char­ger per­met même d’al­ler d’une oeuvre à l’autre. Les vi­si­teurs peuvent ain­si ad­mi­rer « le Ra­deau de la Mé­duse » et autre sphinx de Ta­nis, qu’ils ont au préa­lable re­pé­rés au se­cond plan du couple.

UNE VI­TRINE PO­PU­LAIRE

« Je ne connais­sais pas la Vé­nus

de Mi­lo avant le clip de Beyon­cé et Jay-Z », confirme Che­ryl, Amé­ri­caine de 26 ans, en vi­site au Louvre cette se­maine, qui pro­fane Aphro­dite en toute naï­ve­té. Elle et ses quatre amies sont tout ex­ci­tées à l’idée de poser comme leurs idoles, de­vant la « Vic­toire de Sa­mo­thrace ».

« On offre une nouvelle fa­çon de voir le Louvre, ex­plique une em­ployée du mu­sée. On re­çoit entre 8 et 9 mil­lions de vi­si­teurs par an. Le clip fait 70 mil­lions de vues. C’est dix fois plus, en seule­ment trois se­maines. » Une vi­trine po­pu­laire non né­gli­geable, que le mu­sée re­ven­dique : « Nous es­pé­rons que la vi­déo don­ne­ra à un large pu­blic l’en­vie de ve­nir découvrir ou re­dé­cou­vrir nos col­lec­tions », dé­clare Anne-Laure Béatrix, di­rec­trice des re­la­tions ex­té­rieures des lieux. Entre les sculp­tures an­tiques, cinq ado­les­centes amé­ri­caines confirment : « On est dé­çues de man­quer les concerts de Beyon­cé et Jay-Z au Stade de France ce week-end. Alors on se console dans les dé­cors du clip », té­moigne Mi­chelle, 16 ans. Si la plu­part connais­saient dé­jà les grandes oeuvres du Louvre, d’autres vi­si­teurs confient que la vi­déo les a d’autant plus in­ci­tés à ve­nir. « On avait prévu de vi­si­ter le Louvre. Mais de­puis ce clip, on veut ab­so­lu­ment voir cer­tains lieux », avouent ti­mi­de­ment Lau­ra et Eloy, deux Es­pa­gnols de 19 et 18 ans.

Au-de­là du phé­no­mène mé­dia­tique, on est en­core loin du ren­dez-vous de grou­pies. « Notre pré­sence ici n’a rien à voir avec le clip, tem­père Quin­ny­sha, amie de Che­ryl. C’est un pe­tit plus. » Les res­pon­sables du Louvre confient que la cu­rio­si­té est dif­fi­ci­le­ment quan­ti­fiable.

DÉ­JÀ UN PRÉCÉDENT AVEC WILL.I.AM

Mais ce n’est pas la pre­mière fois que le mu­sée re­bon­dit sur une telle pu­bli­ci­té. En 2016, le chan­teur will.i.am des Black Eyed Peas dé­voi­lait son clip « Mo­na Li­sa », tour­né dans les mêmes ga­le­ries. « C’était dé­jà bien, mais Beyon­cé, c’est le top de la pop culture, conclut Pierre-Ha­drien Pou­louin. La vi­déo en­voie un mes­sage très po­li­tique, qui per­met de voir le Louvre au­tre­ment. Et puis, le par­cours est as­sez fa­cile à or­ga­ni­ser car ils ont choi­si beaucoup d’oeuvres ico­niques as­sez proches les unes des autres, au­tour du Ra­deau de la Mé­duse. Le clip va nour­rir l’ima­gi­na­tion au­tour du Louvre pour la gé­né­ra­tion Beyon­cé Jay-Z. On va pro­fi­ter de son im­pact pen­dant un bon mo­ment. »

“NOUS

ES­PÉ­RONS QUE LA VI­DÉO DON­NE­RA À UN LARGE PU­BLIC L’EN­VIE DE VE­NIR DÉCOUVRIR OU RE­DÉ­COU­VRIR NOS COL­LEC­TIONS ” ANNE-LAURE BÉATRIX, DI­REC­TRICE DES RE­LA­TIONS EX­TÉ­RIEURES DU LOUVRE

Le couple star a tour­né « Ape­shit » au Louvre. Le clip a été vi­sion­né plus de 70 mil­lions de fois.

Pa­ris, mer­cre­di. De­puis le clip, Lau­ra et Eloy, Es­pa­gnols, veulent « ab­so­lu­ment voir cer­tains lieux » du mu­sée.

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