LA FRANCE DES­CHAMPS

En un mois de com­pé­ti­tion, Didier Des­champs est de­ve­nu l’in­car­na­tion des va­leurs de l’équipe de France.

Le Parisien (Val d'Oise) - - LA UNE - DE L’UN DE NOS ENVOYÉS SPÉCIAUX HAROLD MARCHETTI À ISTRA (RUS­SIE)

IL AIME, au quo­ti­dien, être un homme or­di­naire, ni cham­pion du monde ni sé­lec­tion­neur. Didier Des­champs, 49 ans, c’est l’his­toire sin­gu­lière d’un gars nor­mal es­cor­té par un des­tin hors du com­mun. « Fran­chise, au­then­ti­ci­té, force. » Il égrène sou­vent ces mots. Il en dé­tache cha­cune des syl­labes et les ponc­tue d’un si­lence, pour mieux les ap­pré­cier. Ces ver­tus sont le socle de son équi­libre phy­sique et psy­cho­lo­gique. Il les as­so­cie à un lieu, entre océan et Py­ré­nées, où le su­per­fi­ciel n’a pas de place : le Pays basque fran­çais. Cette terre l’a vu gran­dir. C’est là qu’il s’est fa­çon­né. Là où se si­tuent les ra­cines, les ré­fé­rences de l’ar­chi­tecte des Bleus, au seuil d’écrire, de­main à Mos­cou face à la Croa­tie, un nou­veau cha­pitre d’un ro­man ryth­mé par le suc­cès.

Pro­mu hé­ros na­tio­nal, à l’ins­tar de ses par­te­naires de l’équi- pe de France un 12 juillet 1998, le presque quin­qua­gé­naire re­la­ti­vi­sait alors avec pu­deur : « Des gens mé­ritent da­van­tage la Lé­gion d’hon­neur que nous. Eux, ils donnent leur vie à la pa­trie. » Moins mé­dia­tique que Fa­bien Bar­thez, moins flam­bant qu’Emmanuel Pe­tit, il ac­cep­tait sans cil­ler son image de Fran­çais moyen.

AC­TEUR IN­CON­TOUR­NABLE ET SI DIS­CRET

Avec sa lèvre su­pé­rieure ar­ron­die, ses che­veux fins, son ac­cent de Bayonne, son ga­ba­rit (1,74 m), il n’a ja­mais été ja­loux de la plas­tique de cer­tains de ses an­ciens équi­piers. « Ça ne me pose pas de problèmes que cer­tains sortent du foot. Mais, moi, on ne me ver­ra pas dans les dé­fi­lés de mode. Je ne pense pas in­té­res­ser beaucoup ce mi­lieu, nous ex­pli­quait-il voi­ci quelques an­nées. Je n’ai pas de signes ex­té­rieurs de ri­chesse. J’ai toujours ai­mé le so­lide. J’ai in­ves­ti dans la pierre. Je n’ai ja­mais perdu la va­leur de l’ar­gent. »

Ac­teur in­con­tour­nable du foot­ball fran­çais, Des­champs en est aus­si l’un des plus dis­crets. En couple avec Claude, de­puis l’âge de 18 ans, le père de Dy­lan, 22 ans, ne se livre qua­si­ment ja­mais sur sa vie in­time. Il est de ces per­sonnes pu­diques et simples dont les va­leurs sont comme un té­moin in­vi­sible trans­mis de gé­né­ra­tion en gé­né­ra­tion. Mal­gré son mo­nu­men­tal pal­ma­rès, il n’était ni Pla­ti­ni ni Cruyff ou Ma­ra­do­na. Il ris­quait ain­si beaucoup moins que les foot­bal­leurs de ce rang hors du com­mun de res­sen­tir l’in­com­pré­hen­sion qui peut per­tur­ber une an­cienne su­per­star en consta­tant que ses joueurs ne pos­sèdent pas le même sixième sens qui avait fait d’eux des phé­no­mènes.

Quand on tend l’oreille, on l’en­tend fré­quem­ment in­sis­ter sur la né­ces­si­té « d’être humble et pro­fes­sion­nel ». C’est la marque de fa­brique de ce Mon­sieur Tout-le-Monde qui, sur le plan des tro­phées, a sin­gu­liè­re­ment éclair­ci la concur­rence.

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