Du ro­man réa­liste au tri­bu­nal

Le par­quet de Pa­ris a re­quis le ren­voi en cor­rec­tion­nelle de Re­da, le jeune homme ac­cu­sé d’agres­sion sexuelle par le ro­man­cier Edouard Louis.

Le Parisien (Val d'Oise) - - Faits Divers - PAR TI­MO­THÉE BOU­TRY

IL EN AVAIT FAIT le thème cen­tral de son livre « His­toire de la vio­lence » (Seuil, 2016). L’écri­vain Edouard Louis, ren­du cé­lèbre par son pre­mier ro­man « En fi­nir avec Ed­dy Bel­le­gueule », ra­con­tait dans ce se­cond opus l’agres­sion dont il di­sait avoir été vic­time le soir de Noël 2012. Six ans après sa plainte pour viol, comme l’a ré­vé­lé « l’Obs », le par­quet de Pa­ris vient de rendre son ré­qui­si­toire. Le mi­nis­tère pu­blic de­mande que le sus­pect, Re­da, un Al­gé­rien de 33 ans, soit ju­gé mais sol­li­cite la re­qua­li­fi­ca­tion des faits en agres­sion sexuelle. Des ac­cu­sa­tions que le jeune homme conteste.

En ce Noël 2012, après avoir pas­sé le ré­veillon avec des amis, Edouard Louis rentre à son do­mi­cile pa­ri­sien lors­qu’il fait la connais­sance de Re­da et l’in­vite à mon­ter chez lui. Les deux hommes ont des re­la­tions sexuelles consen­ties, puis l’écri­vain se rend compte que sa ta­blette et son té­lé­phone ont dis­pa­ru — il re­trou­ve­ra l’un des ap­pa­reils dans la veste de son amant d’un soir. C’est alors que, se­lon sa plainte, Re­da s’énerve, l’étrangle avec une écharpe puis le viole. Le jeune Al­gé­rien, connu de la jus­tice pour des faits de vol, se­ra ar­rê­té en 2016 et pas­se­ra un an en dé­ten­tion pro­vi­soire.

« UNE SORTE DE VOIE MÉDIANE », SE­LON L’AVO­CAT DE L’ÉCRI­VAIN

La pre­mière ex­per­tise mé­di­cale confirme la ver­sion d’Edouard Louis. La contre-ex­per­tise ré­cla­mée par la dé­fense de Re­da est plus contras­tée. Sur­tout, en dé­cembre 2016, l’avo­cate du mis en cause pro­duit une conver­sa­tion te­nue sur Fa­ce­book dans la­quelle un homme qui se pré­tend proche d’Edouard Louis écrit que ce der­nier a in­ven­té les faits. En­ten­due par la juge d’ins­truc­tion, cette per­sonne ex­pli­que­ra fi­na­le­ment qu’il ne s’agis­sait que d’élu­cu­bra­tions.

Les dé­né­ga­tions de Re­da n’ont pas convain­cu le par­quet. « Les dé­cla­ra­tions constantes de la vic­time, celles des té­moins qui ont re­cueilli ses confi­dences ain­si que les consta­ta­tions mé­di­cales per­mettent d’éta­blir la réa­li­té d’un rap­port sexuel non consen­ti », dé­ve­loppe le ré­qui­si­toire. « En op­por­tu­ni­té » et « pour une bonne ad­mi­nis­tra­tion de la jus­tice », la ma­gis­trate re­com­mande de re­qua­li­fier les ac­cu­sa­tions de viol en agres­sion sexuelle ; une re­qua­li­fi­ca­tion re­la­ti­ve­ment cou­rante dans ce type d’af­faires. En re­vanche, alors que dans sa plainte ini­tiale Edouard Louis ex­pli­quait que son agres­seur avait ex­hi­bé la crosse d’une arme à feu, le par­quet es­time que cette di­men­sion doit être écar­tée. « Le par­quet acte la fra­gi­li­té des dé­po­si­tions d’Edouard Louis en cor­rec­tion­na­li­sant le dos­sier et en ne re­te­nant pas la cir­cons­tance ag­gra­vante de l’arme », in­siste Me Ma­rie Do­sé, l’avo­cate de Re­da.

En­ga­gé po­li­ti­que­ment et très cri­tique sur le fonc­tion­ne­ment de la jus­tice pé­nale, Edouard Louis avait in­di­qué au cours de l’en­quête qu’il ne sou­hai­tait pas qu’elle aille à son terme. « Mais il est sa­tis­fait de ce ré­qui­si­toire, qui adopte en quelque sorte une voie médiane, confie son avo­cat, Me Em­ma­nuel Pier­rat. Il est à la fois re­con­nu par le par­quet comme vic­time d’une agres­sion à ca­rac­tère sexuel et il est sou­la­gé que son agres­seur n’aille pas aux as­sises. » C’est dé­sor­mais à la juge d’ins­truc­tion qu’il ap­par­tient de se pro­non­cer.

Edouard Louis avait por­té plainte pour un viol per­pé­tré le soir de Noël 2012.

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