Mi­ra­cu­leux MI­RO

Le Parisien (Val d'Oise) - - Loisirs -

L’IM­POR­TANT, c’est de sa­voir ce que l’on res­sent vrai­ment. Pas si simple. Bien sûr, Joan Mi­ro est grand. Mais à quel point ? « Contrai­re­ment à Pi­cas­so, il n’est ja­mais sor­ti de son sys­tème », souffle un confrère. D’ac­cord. Puis viennent ces trois ta­bleaux mo­nu­men­taux « Bleu I », « Bleu II », « Bleu III », en­fin réunis, ex­tra­or­di­naires. « Là, il ne sort pas de son sys­tème, peut-être ? » On sou­rit éblouis. On re­pense aux oeuvres qui nous ont le plus mar­qués par­mi les 147 pièces — pein­tures, des­sins, cé­ra­miques, sculp­tures ve­nues du monde en­tier — ex­po­sées au Grand Pa­lais à Pa­ris, sous la hou­lette de Jean-Louis Prat, grand spé­cia­liste du peintre ca­ta­lan mort le jour de Noël, en 1983, à 90 ans. Comme « la Ferme », chef-d’oeuvre proche d’un réa­lisme ma­gique, bour­ré de dé­tails — on l’ap­pelle sa pé­riode « dé­tailliste » —, de beau­tés ca­chées ou bi­zarres. He­ming­way l’ache­ta pour presque rien en 1925. Une mer­veille de ferme por­teuse de toute l’en­fance du peintre.

RÊ­VER EN TRA­VAILLANT

On adore la jeu­nesse de Mi­ro, sa dé­cou­verte du sur­réa­lisme, qui ne le happe pas — il en re­fuse les as­tuces, l’es­prit de sys­tème — mais lui ouvre la porte des rêves et de l’in­cons­cient. Lui dit ne pas rê­ver la nuit, mais en tra­vaillant. Ses pay­sages at­teignent des som­mets acro­ba­tiques d’équi­libre entre l’oni­risme et le réel, cette nuit noire dans la­quelle plonge une échelle dans « Chien aboyant à la lune », ou ce bleu qui re­pré­sente le ciel… ou la mer.

Mi­ro fait par­fois du Mi­ro, c’est vrai, mais vite il nous prouve que c’est fi­na­le­ment faux, par la poé­sie de « Soi­rée snob chez la prin­cesse », ta­bleau abs­trait qui, par pur gé­nie des formes es­piègles, fa­cé­tieuses, dé­crit avec exac­ti­tude ce qu’an­nonce son titre. On s’y croi­rait, chez la prin­cesse. Par­fois, c’est une simple touche de jaune qui su­blime un blanc et élec­trise une toile vierge. So­leil, lune, cercle, Mi­ro tra­vaille à des constel­la­tions aux formes uni­ver­selles.

Trop ac­cueillant, trop beau, moins dra­ma­tique que Pi­cas­so ? On ne va quand même pas s’en plaindre. Tous les deux, cé­lé­brés à Pa­ris cet au­tomne, étaient au­tant amis qu’op­po­sés. Dis­cret Mi­ro, ex­cen­trique Pi­cas­so. Es­pa­gnols fê­tés par la France où ils ont vé­cu. Des hommes pe­tits — une pho­to émou­vante en té­moigne — et im­menses. Pi­cas­so mul­ti­plie les mé­ta­mor­phoses. Mi­ro éli­mine. « J’étais très in­té­res­sé par le vide, cette va­cance par­faite », écrit-il. Pla­nète « mi­ro­monde » d’oi­seaux, de femmes et d’étoiles. Pro­fi­tez des trois noc­turnes par se­maine, les mer­cre­dis, ven­dre­dis et sa­me­dis : c’est le peintre de la nuit, quand les sens se re­lâchent et s’ai­guisent au­tre­ment.

« Mi­ro : Ce­ci est la cou­leur

de mes rêves », au Grand Pa­lais (Pa­ris VIIIe), jus­qu’au 4 fé­vrier, tous les jours, sauf mar­di, 10 heures-20 heures, 22 heures les mer­cre­dis, ven­dre­dis, sa­me­dis, 11 €-15 €. Arte dif­fuse di­manche à 17 h 35 un do­cu­men­taire sur Joan Mi­ro.

Le Grand Pa­lais, à Pa­ris, pré­sente une ré­tros­pec­tive de 150 oeuvres de l’ar­tiste ca­ta­lan (ici, « Femmes et oi­seaux dans la nuit »)

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