LE­VER DE RIDEAU

C’est au­jourd’hui que le gou­ver­ne­ment dé­voile le conte­nu — très at­ten­du — des or­don­nances ré­for­mant le Code du tra­vail, pre­mier vé­ri­table test pour l’exé­cu­tif.

Le Parisien (Yvelines) - - FAIT DU JOUR - PAR CA­THE­RINE GASTÉ ET HEN­RI VERNET @ca­the­ri­ne­gaste @Hen­riVer­net

C’EST LE SE­CRET le mieux gar­dé de la Ré­pu­blique ! Le conte­nu — sur 150 pages — des cinq or­don­nances ré­for­mant le Code du tra­vail. LA ré­forme du quin­quen­nat d’Em­ma­nuel Ma­cron, le « mar­queur du man­dat » se­lon le pa­tron du Me­def, Pierre Gat­taz, se­ra dé­voi­lée ce ma­tin, à Ma­ti­gnon. Face aux syn­di­cats d’abord, qui en au­ront la pri­meur dès 9 h 45 (avant les mé­dias, à mi­di) lors d’une réunion avec Edouard Phi­lippe et sa mi­nistre du Tra­vail, Mu­riel Pé­ni­caud. « Au­cun d’entre eux, ni les or­ga­ni­sa­tions de sa­la­riés ni celles des em­ployeurs, n’a vu le texte avant cette nuit, confie un proche de Ma­cron. Lors des réunions de concer­ta­tion, tout était dis­til­lé par oral, cha­cun de­vant se conten­ter de prendre des notes. » Une confi­den­tia­li­té qui au­ra été l’arme du gou­ver­ne­ment pour gar­der la main dans cette né­go­cia­tion dé­li­cate. Même au sein du pou­voir, seule une poi­gnée de conseillers dé­te­naient le texte en éla­bo­ra­tion sur une clé USB. Des mé­thodes dignes des grandes en­tre­prises confron­tées à l’es­pion­nage in­dus­triel. De fait, en juin, des fuites dans la presse avaient ul­cé­ré Mu­riel Pé­ni­caud, qui crai­gnait de voir sa mé­thode mise à mal. Dé­sor­mais, pour le gou­ver­ne­ment et pour les syn­di­cats, tout va se jouer.

DI­VI­SION SYN­DI­CALE

Sur­prise, hier ma­tin, le se­cré­taire gé­né­ral de FO, Jean-Claude Mailly, est sor­ti du bois avant même d’avoir eu le texte sous les yeux. Pas ques­tion, a-t-il lan­cé, que sa con­fé­dé­ra­tion se joigne aux contes­ta­taires me­nés par la CGT le 12 sep­tembre. De quoi ali­men­ter les soup­çons d’en­tente entre le syn­di­ca­liste et le pré­sident Ma­cron, qu’il tu­toie en pri­vé. De fait, sur l’in­ver­sion des normes, en­jeu cru­cial, Mailly a eu gain de cause : la branche conserve un rôle ma­jeur. Pour au­tant, le pa­tron de FO évi­te­ra-til une fronde in­terne ? Une par- tie des troupes a dé­jà dé­ci­dé de déso­béir et dé­fi­le­ra le 12.

Reste qu’entre le ral­lie­ment de Mailly, la bien­veillance de la CFDT et l’en­thou­siasme du Me­def, la « mé­thode Ma­cron » se ré­vèle payante : l’ir­ré­duc­tible cé­gé­tiste Phi­lippe Mar­ti­nez ap­pa­raît — pour l’heure — iso­lé. C’est l’In­sou­mis Mé­len­chon qui joue le gé­né­ral en chef dans la ba­taille à ve­nir contre la ré­forme.

Ba­taille de la com, d’abord. Pour Edouard Phi­lippe, la ré­forme « est une avan­cée so­ciale ma­jeure ». « Il n’y au­ra pas de casse so­ciale, c’est l’in­verse », in­siste Mu­riel Pé­ni­caud. Et pour­tant, un proche de l’Ely­sée concède sans langue de bois : « Les or­don­nances, c’est plu­tôt un texte de droite. Mais quand on re­gar­de­ra l’en­semble du quin­quen­nat, avec les autres chan­tiers so­ciaux à ve­nir à mi­quin­quen­nat, comme la par­ti­ci­pa­tion, on ver­ra alors que c’est aus­si une po­li­tique de gauche. »

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