L’épreuve du feu pour Ma­cron et Phi­lippe

Le Parisien (Yvelines) - - FAIT DU JOUR - OLI­VIER BEAUMONT, MY­RIAM ENCAOUA ET PAU­LINE THÉVENIAUD

IL L’A TANT MAR­TE­LÉ… Ce ne sont pas de simples ré­formes qu’Em­ma­nuel Ma­cron en­tend pro­po­ser (de son propre aveu, les Fran­çais les dé­testent) mais une trans­for­ma­tion du pays. « Nous avons tour­né la page de trois dé­cen­nies d’in­ef­fi­ca­ci­té », as­sène-t-il, sans am­bages au­cun, ce jeu­di, dans un en­tre­tien à nos confrères du « Point ».

Les or­don­nances pré­sen­tées ce jour doivent le­ver le voile sur son vo­lon­ta­risme. Et la lu­mière se­ra d’au­tant plus crue que cette ré­forme du Code du tra­vail, c’est lui. Can­di­dat, il en a fait l’un des élé­ments de son contrat avec la na­tion. Et avant ce­la, un mar­queur de son pas­sage à Ber­cy. N’a-t-il pas dé­ci­dé de rompre avec Fran­çois Hol­lande et de se lan­cer dans la course à l’Ely­sée car il le trou­vait trop ti­mo­ré ?

Le voi­là au­jourd’hui au pied du mur. A lui de dé­ci­der d’in­car­ner la ré­forme, quitte à se heur­ter à la rue, ou de pri­vi­lé­gier la conci­lia­tion, au risque de sem­bler ache­ter la paix so­ciale. Et de dé­fi­nir le com­pro­mis fa­çon Ma­cron. « Je vais de­voir vivre pen­dant des mois avec l’im­pa­tience du peuple », confesse-t-il, lu­cide, à l’heb­do­ma­daire.

Pre­mier constat et pre­mière conces­sion : pré­sident, il a dû se conver­tir aux ver­tus de la concer­ta­tion. Can­di­dat, il pro­met­tait un blitz­krieg (guerre éclair). Mais, es­time un bon connais­seur du dos­sier, « il s’est lais­sé convaincre par Force ou­vrière de lâ­cher un mois de plus de dia­logue so­cial ».

DOUBLE FRONT ?

Re­tour aux fon­da­men­taux de la né­go­cia­tion. Sur le fond aus­si, le pré­sident a re­cu­lé sur les in­dem­ni­tés de licenciement et sur l’in­ver­sion de la hié­rar­chie des normes (voir ci-des­sus). Une syn­thèse toute hol­lan­dienne, donc ? « Non, une vraie dis­cus­sion a eu lieu », dé­fend Au­ré­lien Ta­ché, dé­pu­té LREM. Un an­cien conseiller de Fran­çois Hol­lande es­time, moins clé­ment : « Ils en ont beau­coup ra­bat­tu car l’été a été mau­vais, mais il y a eu un deal », glisse-t-il, pas mé­con­tent de voir Ma­cron se confron­ter au réel.

Pour mieux évi­ter de se heur­ter à un double front syn­di­cal et des In­sou­mis dans la rue, au­quel pour­raient se gref­fer les étu­diants ? Ses par­ti­sans jurent que non. Pas ques­tion de jouer per­dant-per­dant, comme avec la loi Tra­vail lors du pré­cé­dent quin­quen­nat, adop­tée au for­ceps mal­gré les re­culs du gou­ver­ne­ment.

« Sur une échelle de 1 à 10, l’im­por­tance de cette ré­forme, c’est 10 », ad­met Ma­ti­gnon. L’exé­cu­tif va donc se dé­mul­ti­plier pour vendre cette « ré­vo­lu­tion co­per­ni­cienne », se­lon les mots d’Em­ma­nuel Ma­cron au « Point ». Le Pre­mier mi­nistre, Edouard Phi­lippe, joue gros aus­si après sa ren­trée mé­dia­tique ra­tée. Il se­ra l’in­vi­té ce soir du 20 Heures de France 2. L’heure de la mo­bi­li­sa­tion gé­né­rale a son­né.

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