En 1930, il est chas­sé du dic­tion­naire

Le Parisien (Yvelines) - - SOCIÉTÉ - C.M.

AVANT LE XVIe SIÈCLE, on ignore su­per­be­ment le cli­to­ris dans la re­pré­sen­ta­tion du corps fé­mi­nin. C’est l’ana­to­miste ita­lien Real­do Co­lom­bo qui af­fir­ma l’avoir « dé­cou­vert » en 1559 et qui ne se trompe pas sur sa fonc­tion : « Le cli­to­ris est par ex­cel­lence le siège du plai­sir de la femme », écrit-il. « La Fa­bu­leuse His­toire du cli­to­ris » du sexo­logue cli­ni­cien Jean-Claude Pi­quard (2012, Edi­tions Blanche) re­vient sur son in­croyable épo­pée. Au XVIIe siècle, il a même un rôle de taille puisque le plai­sir fé­mi­nin est consi­dé­ré comme un « fac­teur de fer­ti­li­té », si­gnale l’au­teur. Pas d’or­gasme, pas de bé­bé ! Tout change au XVIIIe siècle où la mas­tur­ba­tion est pro­hi­bée puisque per­çue comme un moyen de contra­cep­tion al­lant à l’en­contre des po­li­tiques na­ta­listes. Pas de plai­sir so­li­taire donc, mais en couple ça passe au XIXe siècle. Plai­sir = fer­ti­li­té, en­core et tou­jours.

En 1930, le cli­to­ris dis­pa­raît car­ré­ment du dic­tion­naire puis­qu’il de­vient clair pour tout le monde qu’il n’a rien à voir avec la fonc­tion re­pro­duc­tive. Dans les an­nées 1960, « l’apo­gée de l’obs­cu­ran­tisme cli­to­ri­dien » est at­teint, ex­plique le sexo­logue. La faute no­tam­ment à l’in­fluence de la théo­rie freu­dienne ex­pli­quant que le plai­sir cli­to­ri­dien était le fruit d’une névrose. Une omer­ta qui du­re­ra jus­qu’en 1998, date de la pre­mière vraie dis­sec­tion va­li­dée du cli­to­ris (par l’équipe aus­tra­lienne du doc­teur He­len O’Con­nell) par­ti­ci­pant au fait que cet or­gane re­trouve au­jourd’hui pro­gres­si­ve­ment sa place.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.