Ce­ci est un pois­son, pas une lampe

Sur la Toile, des in­ter­nautes s’émeuvent du sort des com­bat­tants confi­nés dans une mi­cro­lampe dé­co­ra­tive. Un ma­ga­sin compte la re­ti­rer de ses rayons.

Le Parisien (Yvelines) - - SOCIÉTÉ - PAR ELSA MA­RI

EN AP­PA­RENCE, il res­semble à une pe­tite lampe cu­bique, ob­jet de dé­co d’une ving­taine de cen­ti­mètres. Une sorte de lan­terne, à la lu­mière ta­mi­sée. En réa­li­té, c’est un aqua­rium de 1,8 litre qui crée la po­lé­mique. À l’in­té­rieur, un pois­son com­bat­tant, ori­gi­naire des eaux douces tro­pi­cales d’Asie du Sud-Est, pri­sé pour ses na­geoires en forme de voiles. Dans l’aqua­rium, un éclai­rage led dif­fuse ses rayons bleu, rouge et vert, sem­blable à « la lu­mi­no­thé­ra­pie », pré­cise le des­crip­tif. Son nom : Bet­ta Pro­jec­tor, de la marque Te­tra, en vente dans des jar­di­ne­ries, ani­ma­le­ries, ma­ga­sins de bri­co­lage et sur des sites à près de 25 €.

Un com­merce qui pro­voque l’in­di­gna­tion de nom­breux in­ter­nautes. « Vous pen­sez que c’est une vie pour un ani­mal que de vivre dans un tel cer­cueil ? » com­men­tait hier un vi­si­teur sur Ama­zon. Il y a quelques jours, la co­lère s’est dé­cu­plée après une pho­to par­ta­gée sur les ré­seaux so­ciaux. Son au­teure, Sa­rah, 30 ans, a dé­cou­vert cette drôle de lampe « de la taille d’un yaourt » dans les rayons d’un Bri­co­mar­ché de Loire-At­lan­tique. « J’étais cho­quée, c’est un concept bar­bare », ra­conte, la jeune femme, qui se dé­fi­nit comme sen­sible au bien-être ani­mal et non une mi­li­tante « ex­ces­sive et vi­ru­lente ».

Hier, son cli­ché, sur Fa­ce­book, avait dé­jà été par­ta­gé plus de 10 500 fois. Em­bar­ras­sé, Bri­co­mar­ché, que nous ne sommes pas par­ve­nus à joindre, a tou­te­fois ré­tro­pé­da­lé sur Fa­ce­book : « Comme pour vous, la pro­tec­tion des ani­maux nous tient à coeur et c’est la rai­son pour la­quelle nous sou­hai­tons vous in­for­mer que nous or­ga­ni­sons au plus vite le re­trait du pro­duit Te­tra Bet­ta Pro­jec­tor », peut-on lire. Quant au fa­bri­cant, que nous avons contac­té hier aux Etats-Unis, il n’a pas don­né suite.

« 1,8 LITRE D’EAU, CE N’EST PAS VIVABLE » NI­CO­LAS CARVALHO, VENDEUR EN ANIMALERIE

Sa­rah, elle, ai­me­rait qu’il soit aus­si in­ter­dit dans la jar­di­ne­rie Truf­faut et les ani­ma­le­ries. Au té­lé­phone, un com­mu­ni­cant d’une des en­seignes pré­cise, de fa­çon ano­nyme, que les com­bat­tants vivent ha­bi­tuel­le­ment dans des flaques d’eau. Un ar­gu­ment sou­vent re­pris. « C’est ab­so­lu­ment faux, ré­torque Ni­co­las Carvalho, vendeur à l’animalerie Pa­ra­mount Aqua­rium, à Pa­ris et spé­cia­liste de l’aqua­rio­phi­lie. Certes, ces pois­sons d’éle­vage sont sou­vent in­tro­duits dans des ri­zières thaï­lan­daises de 30 cm de pro­fon­deur, mais elles sont très longues. »

Se­lon lui, 1,8 litre d’eau, « ce n’est pas vivable. Le pauvre ! ». Ce pois­son de 7 à 10 cm, qui vit, deux à trois ans, en moyenne, ne peut pas cor­rec­te­ment se dé­ve­lop­per. Il a be­soin d’au moins 10 à 15 litres. Et les lu­mières bleues sont né­fastes car elles dé­ve­loppent des algues, qui sa­lissent le bas­sin.

Les pois­sons com­bat­tants coin­cés dans ces lampes ont nor­ma­le­ment be­soin de 10 à 15 litres d’eau.

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