Ar­naque, vieilles dames et bo­ta­nique

Elles cher­chaient de l’aloe ve­ra sur les mar­chés. Elles ont été dé­pouillées de di­zaines de mil­liers d’eu­ros.

Le Parisien (Yvelines) - - FAITS DIVERS - JEAN-MI­CHEL DÉCUGIS ET ÉRIC PEL­LE­TIER

C’EST UNE AF­FAIRE qui mêle à la fois es­cro­que­rie, croyance et su­per­sti­tion. Un gang de quatre mal­fai­teurs chi­nois âgés de 47 à 50 ans, ve­nu de Hong­kong, a été dé­man­te­lé le 24 août par la po­lice du deuxième dis­trict de la po­lice ju­di­ciaire pa­ri­sienne. Les voyous pré­su­més ont été in­ter­pel­lés gare du Nord alors qu’ils s’ap­prê­taient à quit­ter la France.

Soup­çon­nés d’une di­zaine de faits d’es­cro­que­rie en bande or­ga­ni­sée com­mis en l’es­pace d’un an, ils ont été mis en exa­men et écroués dans le cadre d’une in­for­ma­tion ju­di­ciaire ou­verte par le par­quet de Pa­ris.

Le gang ci­blait ses vic­times au sein de la com­mu­nau­té asia­tique, is­sue de l’im­mi­gra­tion des boat people, qui parle le can­to­nais, la langue pra­ti­quée à Hong­kong. Des femmes d’un cer­tain âge, vul­né­rables car pé­tries de tra­di­tions et de su­per­sti­tions an­ces­trales. Les vic­times étaient abor­dées par d’autres femmes de la com­mu­nau­té sur les mar­chés du Sud-Est pa­ri­sien et de Seine-Saint-De­nis alors qu’elles re­cher­chaient de l’aloe ve­ra, une plante aux ver­tus mé­di­ci­nales.

« Les es­crocs ont fait croire à leurs vic­times, naïves, qu’elles étaient sous le coup d’une ma­lé­dic­tion dont elles pou­vaient se dé­bar­ras­ser grâce aux pou­voirs de gué­ri­son d’un mé­de­cin chi­nois », ra­conte une source proche.

PIÉGÉES PAR LE « SOUFFLE DU DIABLE »

Condi­tion sine qua non pour tordre le cou au mau­vais sort : les vic­times doivent ve­nir consul­ter avec de l’ar­gent li­quide et tous leurs bi­joux. Les séances ont lieu dans des parcs ou des bars. Mais au cours du ri­tuel, les « pa­tientes » sont dé­pouillées, sans la moindre vio­lence, pour un pré­ju­dice es­ti­mé au to­tal à 150 000 € en li­quide et 50 000 € en bi­joux.

« Les vic­times ont don­né l’alerte sans pou­voir se sou­ve­nir quand et com­ment elles ont été vo­lées », ex­plique la même source. Les en­quê­teurs de la PJ soup­çonnent les es­crocs d’avoir eu re­cours à l’hyp­nose, ou plus vrai­sem­bla­ble­ment à la drogue des vo­leurs, une poudre sur­nom­mée le « souffle du diable ». Un pro­duit au nom mys­tique qui pro­voque l’ef­fa­ce­ment de la mé­moire et la sus­pen­sion du libre ar­bitre, à l’image du GHB, la « drogue du viol ».

Même si au­cune trace de cette poudre n’a été re­trou­vée en per­qui­si­tion, le « souffle du diable » ne semble pas être une lé­gende. Ce type d’es­cro­que­rie pra­ti­quée par des vo­leurs ve­nus de Hong­kong est ap­pa­ru au Ca­na­da et aux Etats-Unis avant de ga­gner cer­taines grandes villes eu­ro­péennes.

En 2015, à Pa­ris, plu­sieurs dames âgées d’ori­gine asia­tique avaient in­ha­lé quelques mil­li­grammes de poudre. Elles étaient alors al­lées cher­cher, dans un état se­cond, bi­joux et ar­gent à leur do­mi­cile avant de se faire dé­pouiller. Trois es­crocs avaient été in­ter­pel­lés, et du ma­té­riel phar­ma­ceu­tique et des plantes sai­sis en per­qui­si­tion.

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