Tou­jours plus de sui­cides au sein de la po­lice

En une se­maine, huit po­li­ciers se sont don­né la mort. Le chiffre des sui­cides pour­rait être très lourd en 2017.

Le Parisien (Yvelines) - - LA UNE - DOS­SIER RÉA­LI­SÉ PAR JEAN-MI­CHEL DÉCUGIS

DER­RIÈRE L’UNI­FORME, des hommes et des femmes vul­né­rables. Huit po­li­ciers et deux gen­darmes ont mis fin à leurs jours la se­maine der­nière.

Une se­maine noire, avec un di­manche par­ti­cu­liè­re­ment tra­gique au cours du­quel cinq po­li­ciers se sont sui­ci­dés. Le com­mis­saire An­toine Bou­ton­net, an­cien res­pon­sable de la lutte contre le hoo­li­ga­nisme, s’est tué avec son arme de ser­vice dans les lo­caux de la Di­rec­tion gé­né­rale de la gen­dar­me­rie na­tio­nale (DGGN). Un ca­pi­taine de 45 ans du com­mis­sa­riat d’Al­fort­ville (Val-de-Marne) s’est pen­du dans le bois de Vin­cennes. Trois gar­diens de la paix dont deux femmes ont mis fin à leurs jours. La pre­mière, âgée de 32 ans, agent de la po­lice aux fron­tières (PAF), a été dé­cou­verte pen­due dans un centre de ré­ten­tion, la se­conde s’est tuée avec un fu­sil de chasse dans un bois.

UN STRESS DONT LES PO­LI­CIERS ONT DU MAL À PAR­LER

De­puis le dé­but de l’an­née, 47 po­li­ciers et 16 gen­darmes ont mis fin à leurs jours. Ce qui an­nonce une forte aug­men­ta­tion pour l’an­née 2017. En ef­fet, le chiffre de 2016 a été dé­pas­sé de­puis fin sep­tembre. Après un pic en 2014, où 55 po­li­ciers — contre 43 en moyenne ces dix der­nières an­nées — et une tren­taine de gen­darmes s’étaient sui­ci­dés. Les chiffres avaient dé­cru en 2015 et 2016 sans que l’on sache si cette di­mi­nu­tion était le ré­sul­tat de l’in­tense ac­ti­vi­té opé­ra­tion­nelle due à la me­nace ter­ro­riste ou le fruit du plan an­ti­sui­cide mis en place par l’ex-mi­nistre de l’In­té­rieur Ber­nard Ca­ze­neuve.

Nous avons pu prendre connais­sance de la syn­thèse des sui­cides en­re­gis­trés de­puis le dé­but de l’an­née au sein de la po­lice na­tio­nale (voir in­fo­gra­phie). Elle confirme no­tam­ment que la grande ma­jo­ri­té des fonc­tion­naires se sont don­né la mort avec leur arme de ser­vice. « L’au­to­ri­sa­tion de pou­voir prendre son arme chez soi en rai­son de la me­nace d’at­ten­tats a pu être un élé­ment fa­ci­li­ta­teur », sou­ligne une source au­to­ri­sée.

de ce wee­kend consti­tue un su­jet hau­te­ment sen­sible pour la Place Beau­vau au mo­ment où celle-ci lance une cam­pagne de re­cru­te­ment et éla­bore sa fa­meuse « po­lice du quo­ti­dien ».

Certes l’au­tomne est en gé­né­ral une pé­riode pro­pice aux sui­cides, et la po­lice n’est pas la pro­fes­sion la plus tou­chée. Au­jourd’hui un agri­cul­teur se sui­cide tous les deux jours en France. Il n’en de­meure pas moins que le phé­no­mène est ré­cur­rent. Si ces sui­cides ont presque tou­jours des causes per­son­nelles, en pre­mier lieu un di­vorce ou une sé­pa­ra­tion, on ne peut écar­ter le lien avec le mi­lieu pro­fes­sion­nel.

« La pro­blé­ma­tique du sui­cide est mul­ti­fonc­tion­nelle mais les mau­vaises condi­tions de tra­vail, le manque de consi­dé­ra­tion, un ma­na­ge­ment par­fois trop rude sont des réa­li­tés que l’on ne peut ex­clure. Les pro­blèL’hé­ca­tombe mes pro­fes­sion­nels font sou­vent ex­plo­ser la sphère pri­vée », ex­plique Fré­dé­ric La­gache, se­cré­taire gé­né­ral ad­joint du syn­di­cat Alliance.

Le mé­tier est gé­né­ra­teur d’éloignement fa­mi­lial, de déso­cia­li­sa­tion, et sur­tout de stress. Un sen­ti­ment dont on a en­core beau­coup de mal à par­ler dans la po­lice, entre soi comme aux psy­cho­logues, ac­ca­pa­rés au­jourd’hui par le sui­vi post­trau­ma­tique lié aux at­ten­tats.

De­puis jan­vier, 47 po­li­ciers et 16 gen­darmes se sont sui­ci­dés.

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