Gal­lienne cher­cheur d’or

Avec « Maryline », son deuxième film der­rière la ca­mé­ra, Guillaume Gal­lienne signe une oeuvre bou­le­ver­sante, illu­mi­née par Ade­line d’Her­my, sa consoeur à la Co­mé­die-Fran­çaise.

Le Parisien (Yvelines) - - LOISIRS - PAR PIERRE VA­VAS­SEUR

La Co­mé­die Fran­çaise (Pa­ris), le 9 no­vembre. Avec Ade­line d’Her­my, Guillaume Gal­lienne a trou­vé une « Maryline » tan­tôt noire tan­tôt lu­mi­neuse. C’ est la se­maine des cas­sés de la pa­role. Tan­dis que Sa­ra Fo­res­tier (voir ci­contre) ex­plore les amours tour­men­tées d’une bègue et d’un anal­pha­bète, Guillaume Gal­lienne, 45 ans, fi­gure de la Co­mé­die-Fran­çaise, dé­ten­teur de deux Mo­lières et de cinq Cé­sars, re­vient sur les écrans avec un su­blime por­trait de femme. Ins­pi­ré d’une vraie con­fes­sion, « Maryline », qu’in­carne l’éblouis­sante Ade­line d’Her­my, fi­gure in­con­nue du grand pu­blic mais ré­pu­tée chez les abon­nés du Fran­çais, ex­plore le pur­ga­toire d’une ap­pren­tie co­mé­dienne, pro­vin­ciale confron­tée à la ca­pi­tale, in­ca­pable de se dé­fendre face aux vio­lences ver­bales qu’elle tra­verse. La voi­là al­coo­lique au der­nier de­gré. Mais elle se­ra sau­vée.

Sur ce su­jet, n’at­ten­dez pas de Gal­lienne qu’il vous offre un film avec cous­sins soyeux. Qu’il se re­pose sur ses lau­riers. Choc in­con­tes­table au fes­ti­val de ci­né­ma d’An­gou­lême en août, cette oeuvre qui a va­lu à d’Her­my d’être nom­mée meilleure ac­trice au Fes­ti­val in­ter­na­tio­nal du film de To­kyo, évite toutes les fa­ci­li­tés. Il pa­raît qu’à la so­cié­té Gau­mont, qui le pro­duit, on l’ap­pelle en cou­lisses « le film rou­main ».

C’est dire si le risque est là. Mais du risque, au fond, Gal­lienne s’en moque. Cet hé­té­ro qui s’est fait une ré­pu­ta­tion en in­car­nant sa propre mère puis a cas­sé la ba­raque en en­fi­lant les robes de Lu­crèce Bor­gia ne s’ap­prête-t-il pas une nou­velle fois à jouer les filles ?

Les filles de l’air cette fois. Il va en­sei­gner à l’uni­ver­si­té de Prin­ce­ton, dans le New Jer­sey, l’art du sen­ti­ment amou­reux. Il trouve qu’il y a ur­gence à le faire et prend sous son aile, avec leur ac­cord, femme et en­fant. Au moins, il les ver­ra. Le mé­tier d’ac­teur n’est pas ce qui soude le mieux la fa­mille.

UN PEU DES FRÈRES DARDENNE ET DE JEANNE MO­REAU

Sa mère, Me­lit­ta, a eu quatre fils dont lui : une es­pèce d’of­ni, ob­jet fa­mi­lial non iden­ti­fié, né sur une in­ter­ro­ga­tion mé­ta­phy­sique : Que fait-on là ? dans un monde bour­geois où l’art prin­ci­pal consiste à ca­cher ses failles. Sang de pas­teurs mé­tho­distes et de Russes or­tho­doxes. Ro­man­tisme à tous les étages. Guillaume était fan de Sis­si. Il re­vê­tait de somp­tueux couvre-lits pour se faire des robes de ga­la. Son frère l’a sur­pris comme ça. Dans « Les gar­çons et Guillaume, à table ! » il fait en­dos­ser ce rôle à son père. Drôle de drame. Ses pa­rents avaient en­voyé leur fils chez les frères des écoles chré­tiennes de Pas­sy Bu­zen­val, à RueilMal­mai­son et le re­trou­vaient en robe.

Au fi­nal, voi­là ce que ça donne : un homme ul­tra­sen­sible conver­ti à tout, ca­pable de pous­ser ses ac­teurs quand ce n’est pas lui-même dans leurs der­niers re­tran­che­ments. Et de se nour­rir des autres aus­si. Les frères Dardenne lui ont ins­pi­ré la scène de la table qu’on voit sur l’af­fiche. Un témoignage de Jeanne Mo­reau a dé­bou­ché sur le ma­gni­fique per­son­nage qu’in­carne Va­nes­sa Pa­ra­dis. Et ce­te­ra. Gal­lienne est un cher­cheur d’or. Dans « Maryline » il n’y a qu’à se bais­ser pour ra­mas­ser des pé­pites.

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