Ma jour­née ga­lère sans voi­ture

Com­ment se dé­pla­cer sans voi­ture ? Nous avons re­le­vé le chal­lenge de Saint-Ma­lo jusque Pon­tor­son. Em­boî­tez le pas d’un jour­na­liste dun­ker­quois ac­tuel­le­ment en stage au Pays Ma­louin…

Le Pays Malouin - - Saint-malo Pays De - Lu­cas Wils

9h30 : je suis dans le train TER pour al­ler à Dolde-Bre­tagne. À Dol, je pren­drai un bus jusque La Bous­sac, lieu de mon re­por­tage.

1h15 d’at­tente à Dol-de Bre­tagne

9h43 : ar­ri­vé à la gare de Dol. Le vil­lage a l’air plu­tôt calme, même peu vi­vant, c’est peut-être dû aux va­cances sco­laires. Il fait très froid, ça m’ar­range pas trop, vu que je n’ai ni gants ni écharpe. Je re­garde les ho­raires du bus pour La Bous­sac : le pro­chain est à 11h00. Je passe de­vant l’Hô­tel de la gare, j’hé­site à y en­trer.

J’ar­pente les dif­fé­rentes rues du vil­lage. Il y a de très belles choses : la rue Ceinte avec son ar­chi­tec­ture as­sez mé­dié­vale et la ca­thé­drale Saint-Sam­son da­tant du XIIIe siècle.

« Il est pos­sible de faire un dé­tour ? Ah non, dé­so­lé ! »

10h50 : je re­viens à la gare de Dol. Le bus Il­le­noo, qui fait la liai­son entre Dol et les pe­tites com­munes avoi­si­nantes, ar­rive.

Le conduc­teur m’in­dique qu’il est très dif­fi­cile de re­joindre La Bous­sac.

Je m’aper­çois que l’agri­cul­trice que je dois voir cet après-mi­di n’ha­bite pas à La Bous­sac, mais dans le lieu-dit La Claye. Je montre au chauf­feur l’en­droit sur google maps : pour lui, il n’y a au­cun bus et ni au­cune voie pos­sible pour se rendre à La Claye.

Je m’as­sieds dans le bus, je suis le seul ma­ni­fes­te­ment. Je ré­flé­chis quelques ins­tants et tente de né­go­cier avec le chauf­feur : « - Il est pos­sible de faire un dé­tour ? - Ah non, dé­so­lé ! »

Le brouillard est de plus en plus dense sur les routes. Je vais de­voir ex­plo­rer cette cam­pagne, sans avoir la moindre idée où je vais. J’ap­pelle Églan­tine Tou­chais, l’agri­cul­trice de La Claye. Elle me dit qu’elle ha­bite entre La Bous­sac et la com­mune de Pleine-Fou­gères.

Le chauf­feur ac­cepte de me dé­po­ser à Plei­neFou­gères.

« Vous êtes à pied ? »

11h20 : je sors du bus et rentre dans le res­tau­rant Le Max Lou-En. Une fille sert au bar, je lui de­mande où se trouve La Claye. Au­cune ré­ponse. Je me di­rige vers la mai­rie.

Une dame de l’ac­cueil me re­çoit, je lui ex­plique ma dé­marche mais il y a qui­pro­quo : « - Vous al­lez à la Pe­tite-Claye ? – Non je vais à la Claye. – Bah je ne sais pas, alors… »

Une col­lègue lui vient en aide. Elle me montre briè­ve­ment le che­min, en pen­sant que je suis en voi­ture. Sa col­lègue l’in­ter­rompt : « - Mon­sieur est à pied… » Sur­prise, elle ré­pond : « Vous êtes à pied ? ! ? ! »

« - Et pour­quoi vous n’êtes pas ve­nu en voi­ture ? – C’est le but de mon re­por­tage. Mon­trer qu’il est dif­fi­cile d’ac­cé­der à La Claye, sans voi­ture. » Elle re­bon­dit : « Il y a plus d’une heure de marche pour al­ler à la Claye. » Dans ma tête, je me ras­sure en me di­sant que je suis un bon mar­cheur et ré­plique : « Ah ! Ça va ! ».

La marche in­ter­mi­nable vers La Claye et l’éboueur sau­veur

11h40 : je sors de Pleine-Fou­gères, je marche sur le cô­té de la route. Avec les voi­tures, je ne vois pas les voi­tures qui sont en face de moi. Je marche pen­dant 20 mi­nutes, je passe de­vant un ca­ni­veau. 12h : je ren­contre une voie fer­rée, quelques fermes et des poules. J’ai l’im­pres­sion d’être seul au monde, à l’in­té­rieur d’un nuage de brume. Il me vient à l’idée de faire du stop. Je lève mon pouce. Coup de chance : un homme s’ar­rête. Il s’ap­pelle Jacques Po­rée, il a 53 ans et est éboueur sur Pleine-Fou­gères. J’ar­rive quelques mi­nutes plus tard à la Claye.

« Pon­tor­soune ? »

14h35 : le re­por­tage est fi­ni. Eglan­tine Tou­chais me dé­pose à Pleine-Fou­gères. Je dois at­tendre jusque 17h38 pour le pro­chain bus vers Dol.

À Pleine-Fou­gères, je rentre dans le res­tau­rant Les Pol­ders. Je m’as­sieds au bar et com­mande un jus de pommes.

15h25 : « on va fer­mer le bar mon­sieur et on ou­vri­ra vers 17h ». J’avais pen­sé trou­ver un en­droit pour pa­tien­ter pen­dant 3 heures. Fi­na­le­ment, non, je vais re­tour­ner dans le froid. La pa­tronne de l’éta­blis­se­ment m’in­dique que la ville de Pon­tor­son est à 3km, qu’il se­rait mieux d’al­ler là-bas.

Je marche en di­rec­tion de Pon­tor­son et je re­tente le stop. Après une di­zaine de pouces en l’air et après 30 mi­nutes de marche, un conduc­teur s’ar­rête sur le bas-cô­té. Je rentre dans la voi­ture, la mu­sique rap est à fond. L’homme me de­mande avec un ac­cent : «- Pon­tor­soune ? - Oui, Pon­tor­son ! »

Il s’agis­sait d’un Po­lo­nais qui vit de­puis 3 ans en France.

Quand je me rends compte que je suis en Basse-Nor­man­die

16h15 : Après 10 mi­nutes de tra­jet en voi­ture, mon nou­vel ami po­lo­nais me dé­pose de­vant une mai­son de la presse à Pon­tor­son. Je trouve ça très étrange de voir La Manche Libre, mais bon.

Quelques mètres plus tard, en tra­ver­sant le centre et en dé­cou­vrant la gare, je m’aper­çois à ma grande sur­prise que j’ai dé­pas­sé la Bre­tagne. Oui, je suis ef­fec­ti­ve­ment en Basse-Nor­man­die.

16h40 : Voi­là, mon pé­riple est ter­mi­né. Il ne me reste plus qu’à faire le che­min in­verse jusque Saint-Ma­lo. J’at­tends le bus pour Dol-de-Bre­tagne, pré­vu à 17h30. Presque une heure d’at­tente.

18h30 : Je suis de re­tour à Saint-Ma­lo. À dé­faut, de ne pas avoir de voi­ture et d’avoir les mains fri­go­ri­fiées, ces 9h de ga­lères et de pé­ri­pé­ties m’ont ap­pris à me dé­brouiller ! Une ex­pé­rience à oser mais dé­con­seillée.

J’ai l’im­pres­sion d’être seul au monde, à l’in­té­rieur d’un nuage de brume

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