Un ho­mard jaune à l’aqua­rium de St-Ma­lo

Le Pays Malouin - - Saint-malo Pays De -

Le Grand Aqua­rium de Saint-Ma­lo hé­berge de­puis la se­maine der­nière un cu­rieux pen­sion­naire : un ho­mard jaune.

Ce drôle de ho­mard a été trou­vé par des pê­cheurs pro­fes­sion­nels à cô­té de Paim­pol, qui l’ont en­suite ven­du à l’aqua­rium de Saint-Ma­lo, comme l’ex­plique Yann Guillou­zo, le res­pon­sable de l’aqua­rio­lo­gie de l’aqua­rium ma­louin : « Ils n’en avaient ja­mais pê­ché, donc ils trou­vaient ça dom­mage qu’il fi­nisse dans une as­siette et ils nous ont contac­tés ».

1 sur 30 mil­lions ?

Le ho­mard jaune est un spé­ci­men très rare, le ho­mard com­mun étant de cou­leur bleu très fon­cé, presque noir. En fait, la ca­ra­pace des ho­mards contient, en prin­cipe, un pig­ment oran­gé qui in­ter­agit avec une pro­téine, la crus­ta­cya­nine, de cou­leur bleue. Le ré­sul­tat donne la cou­leur nor­male.

Mais des ano­ma­lies gé­né­tiques pro­voquent par­fois l’ap­pa­ri­tion d’in­di­vi­dus de cou­leurs dif­fé­rentes : bleu [nor­mal, pas fon­cé], orange, ti­gré, jaune ou même al­bi­nos.

Quelques ho­mards bleus ont ain­si été pê­chés sur nos côtes cet été. Mais le ho­mard jaune semble en­core plus rare. Un ins­ti­tut amé­ri­cain es­time ain­si l’ap­pa­ri­tion d’un ho­mard bleu à 1 sur 2 mil­lions, et à 1 sur 30 mil­lions pour un ho­mard jaune.

« Il faut prendre ces chiffres avec pru­dence, aver­tit Yann Guillou­zo, car ces études portent sur le ho­mard amé­ri­cain, qui est une es­pèce dif­fé­rente du ho­mard eu­ro­péen ».

Il n’em­pêche, ce ho­mard jaune est bien une ra­re­té. « On manque par contre de connais­sances, pour trou­ver des ex­pli­ca­tions à son ap­pa­ri­tion. Il est par exemple dif­fi­cile de faire un lien de cause à ef­fet avec le chan­ge­ment cli­ma­tique, dans l’état ac­tuel des connais­sances. Il fau­drait aus­si sa­voir si ce genre de spé­ci­men ap­pa­raît plus sou­vent qu’au­pa­ra­vant ou pas ? Car peut-être qu’au­jourd’hui les gens parlent da­van­tage de leur pêche hors du com­mun, via les ré­seaux so­ciaux no­tam­ment, qu’au­pa­ra­vant ».

Manque de pré­da­teurs ?

La mul­ti­pli­ca­tion des si­gna­le­ments de ho­mards aux cou­leurs étranges per­met tout de même d’émettre quelques hy­po­thèses : « En prin­cipe, la sé­lec­tion na­tu­relle fait que ces ho­mards ne vivent pas long­temps puis­qu’ils sont beau­coup plus fa­ci­le­ment re­pé­rables par leurs pré­da­teurs na­tu­rels : le poulpe et le congre. Or, peut-être qu’on en trouve da­van­tage au­jourd’hui, car jus­te­ment ces pré­da­teurs dis­pa­raissent ».

C’est dé­jà le cas du poulpe, qui avait dis­pa­ru des eaux bre­tonnes dans les an­nées 1950 après une pé­riode de grand gel, et qui peine à re­ve­nir sur nos côtes. Et Yann Guillou­zo si­gnale que des pê­cheurs pro­fes­sion­nels lui ont fait re­mar­quer que les stocks de congres sont en chute libre…

Peut-être que l’étude de ce ho­mard jaune per­met­tra d’en ap­prendre da­van­tage. Le Grand Aqua­rium tra­vaille avec l’Ifre­mer sur ce genre de su­jets.

En at­ten­dant, ce ho­mard jaune, une fe­melle âgée d’en­vi­ron 5 ans, bar­botte tran­quille­ment dans la pre­mière salle d’ex­po­si­tion de l’aqua­rium, où vous pou­vez donc ve­nir le voir si le coeur vous en dit.

N.E.

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