Les sourds es­pèrent un signe

Ils se sentent ex­clus de la vie pu­blique

Le Pays Roannais (Charlieu) - - Dossier - E. C.

Beau­coup de sourds ont bien du mal à choi­sir quel bul­le­tin ils glis­se­ront dans l’urne di­manche.

Le 11 avril, au Tro­ca­dé­ro, à Pa­ris, la Marche des ou­bliés vi­sait à don­ner de la voix à 12 mil­lions de han­di­ca­pés, aga­cés no­tam­ment de l’ab­sence de la ques­tion de l’ac­ces­si­bi­li­té dans les pro­grammes des onze can­di­dats. D’autres, plus si­len­cieux, et pour cause, dé­plorent avant tout un pro­blème d’ac­cès aux pro­grammes eux­mêmes.

9 % de Fran­çais souf­fri­raient de dé­fi­cience au­di­tive et ils se­raient 300.000 sourds à s’ex­pri­mer en langue des signes (LSF). Si les can­di­dats sont nom­breux à sous­ti­trer leurs in­ter­ven­tions pu­bliques et leurs clips de cam­pagne, la dé­marche, en­cou­ra­geante, semble in­suf­fi­sante. « Beau­coup des sourds souffrent d’illet­trisme ou ne maî­trisent pas bien le fran­çais », ex­plique Pierre­ Ghis­lain Guillier, pré­sident du Club spor­tif des sourds de Roanne, évo­quant le ma­ni­feste de la Fé­dé­ra­tion na­tio­nale des sourds de France ré­cla­mant une prise en compte de la sur­di­té par les can­di­dats à l’élec­tion pré­si­den­tielle avec, no­tam­ment, la tra­duc­tion des pro­grammes en LSF.

Le Roan­nais, di­plô­mé de science po­li­tique, adore la chose pu­blique et ne loupe ja­mais les dé­bats à l’as­sem­blée na­tio­nale, les mar­dis et mer­cre­dis, tra­duits en LSF. « C’est bien, mais l’in­ter­prète est tout pe­tit si on n’a pas de grosse té­lé­vi­sion », souffle ce­lui qui a conscience d’être une ex­cep­tion. Il pointe du doigt cette loi sur l’ac­ces­si­bi­li­té, vo­tée en 2005, et dont l’ap­pli­ca­tion est ré­gu­liè­re­ment re­pous­sée, cause, se­lon lui, du re­tard d’in­té­gra­tion des sourds.

Un long che­min

Lui ai­me­rait, à Roanne dé­jà, oeu­vrer pour l’ac­ces­si­bi­li­té, pour que les sourds puissent suivre les conseils de quar­tier ou le con­seil mu­ni­ci­pal, dont ils se sentent ex­clus. « On a notre carte d’élec­teur, on n’a pas choi­si notre han­di­cap, on ai­me­rait pou­voir sa­voir où l’on va », ex­plique l’homme, qui re­con­naît une pe­tite amé­lio­ra­tion de­puis les an­nées 2000, « mais le che­min est long ».

PHO­TO AFP

SIGNES. Les sourds ré­clament la pré­sence d’in­ter­prètes lors des mee­tings po­li­tiques.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.