« Avant, les élec­tions avaient un sens »

Le Pays Roannais (Charlieu) - - Dossier - A.M.

Pour sti­mu­ler les échanges avec les ré­si­dents, le pôle d’ac­ti­vi­tés et de soins adap­tés (PA­SA) de La Pro­vi­dence s’ap­puie ré­gu­liè­re­ment sur l’ac­tua­li­té. Les échéances élec­to­rales sont ici source d’in­ter­ac­tions.

Un par un, An­toi­nette, Ro­ger et Ma­rie prennent place dans la grande salle de res­tau­rant. Ce ma­tin­là, ils sont sept à re­joindre le Pa­sa de l’eh­pad cos­tel­lois. Au centre de la table, le jour­nal. C’est l’heure de la re­vue de presse quo­ti­dienne, ac­com­pa­gnée d’un pe­tit ca­fé. Un temps d’échange ap­pré­cié.

Ob­jec­tif : fa­vo­ri­ser les fonc­tions cog­ni­tives, sen­so­rielles, mais aus­si les liens so­ciaux des ré­si­dents ayant des troubles du com­por­te­ment mo­dé­rés (souf­frant d’alz­hei­mer ou de ma­la­dies ap­pa­ren­tées). L’équipe soi­gnante s’ap­puie no­tam­ment sur la presse pour sti­mu­ler les ré­si­dents. « Ce­la per­met de gar­der des re­pères spa­tio­tem­po­rels, un con­tact avec le monde ex­té­rieur et no­tam­ment avec leur ville d’ori­gine », sou­ligne Cé­line Gui­di­cel­li, psy­cho­mo­tri­cienne. « On tra­vaille aus­si la mé­moire ».

Sur la re­cons­ti­tu­tion d’un meurtre à la une ce jour­là, la pro­fes­sion­nelle fait l’im­passe. Elle re­bon­dit par contre à l’évo­ca­tion de la fête de Pâques et des re­pas fa­mi­liaux. « On pré­fère écar­ter les su­jets tristes. Mais at­ten­tion, on ne met pas tout de cô­té, pré­cise­t­elle. On a abor­dé les at­ten­tats par exemple. »

« Oui, on en parle »

Et les élec­tions ? « Oui, on en parle. Ce­la fait par­tie de l’ac­tua­li­té. C’est un su­jet très im­por­tant, même si, sou­vent, les ré­si­dants nous disent que ça ne les in­té­resse plus. Ils sont plu­tôt dé­fai­tistes et pensent que “de toute fa­çon, ça ne chan­ge­ra rien ».

À l’image de Ro­ger, re­ mon­té ce jour­là à l’évo­ca­tion de la pré­si­den­tielle. Né en 1928, il n’a ja­mais ra­té un ren­dez­vous dans les urnes mais il s’abs­tien­dra cette fois. « Tous des gui­gnols, tranche­t­il. C’est mal­heu­reux à dire mais les pro­messes, ils en font… Et ja­mais rien. Qu’ils soient verts, rouges ou jaunes ! Avoir et gar­der la place, c’est tout ce qui les in­té­resse, ana­lyse l’aî­né. Avant, les élec­tions avaient un sens. Là, il n’y en a plus ». Ro­ger le re­con­naît : il suit l’ac­tua­li­té mais il est « dé­goû­té. Et je ne suis pas le seul. »

Au­tour de lui, les dames ob­servent elles aus­si le bat­tage mé­dia­tique, mais de loin. « Bien sûr que j’al­lais vo­ter avant, c’était un de­voir même, té­moigne An­toi­nette. Mais là, ça ne m’in­té­resse pas plus que ça. »

« Ils sont plu­tôt dé­fai­tistes et pensent que “de toute fa­çon, ça ne chan­ge­ra rien” »

Pour au­tant ce jour­là, quelques ques­tions per­mettent de re­bon­dir sur ce su­jet. « Com­ment s’ap­pelle le pré­sident ac­tuel ? » lance Cé­line. « J’ai ou­blié », chu­chote l’une des aî­nés. « Al­lez, je vous aide un peu : il se pré­nomme Fran­çois… » « Mit­ter­rand » ré­torque alors une ré­si­dente. « Non, Hol­lande », rec­ti­fie Ro­ger dans la fou­lée. Quant aux onze can­di­dats en lice, quelques vi­sages re­viennent bien en tête, mais les noms échappent.

« C’est dif­fi­cile », re­con­naît la psy­cho­mo­tri­cienne. La ques­tion res­te­ra sans ré­ponse. « Les jeunes gé­né­ra­tions, elles doivent al­ler vo­ter : c’est im­por­tant », conclut Gi­sèle.

AC­TUA­LI­TÉ. Au Pa­sa, les élec­tions peuvent ali­men­ter les su­jets de conver­sa­tions.

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