Cou­pables d’être en vie

Le Pays Roannais (Charlieu) - - Zapping -

Ce­lui qui écrit ces lignes, ceux qui les lisent, nous sommes cou­pables. En ville ou à la cam­pagne. Dans un lieu pu­blic ou dans l’in­ti­mi­té. Sans pro­cès, ni op­por­tu­ni­té de nous dé­fendre. Cou­pables de quoi ? De vivre, tout sim­ple­ment. De vivre comme nous l’en­ten­dons, sans nous sou­mettre à une puis­sance di­vine ou de tout autre ordre. Contrai­re­ment à ceux que notre justice condamne, il ne nous se­ra ac­cor­dé au­cun sur­sis, au­cune grâce, au­cune re­mise de peine ni me­sure al­ter­na­tive. Comme Mau­ranne et Laura, 20 et 21 ans, exé­cu­tées d’une lame froide comme la mort sur le par­vis de la gare Saint-charles de Mar­seille. Comme les 59 morts de Las Ve­gas, fau­chés par des balles ve­nues du ciel alors qu’ils as­sis­taient à un concert. Sans som­ma­tion. Comme ces ha­bi­tants d’un im­meuble pa­ri­sien qui au­raient eux aus­si pu voir ar­ri­ver leur der­nière heure ou la pre­mière d’une longue pé­riode de souf­frances. Leur seul tort : se trou­ver là, dans le champ de vi­sion d’un as­sas­sin qui n’ac­cor­dait au­cune va­leur à leur vie, à la vie en gé­né­ral. Ceux qui nous gou­vernent ne nous en­voient plus à la bou­che­rie par ordre de mo­bi­li­sa­tion gé­né­rale. La guerre mas­sive ne dé­truit plus, chez nous, des jeu­nesses en­tières qui se sont maintes fois bat­tues pour des en­jeux qui les dé­pas­saient. Pour­vu que ça dure. Mais on peut tou­jours mou­rir pour rien, pour des croyances, pour la fo­lie des autres. Ici, ailleurs, main­te­nant, de­main. Comme Mau­ranne et Laura, sur le par­vis d’une gare, juste parce qu’elles étaient là, à l’aube d’une vie où tous les rêves leur étaient per­mis, où tous les bon­heurs leur étaient ou­verts. Pierre-oli­vier Vé­rot Ré­dac­teur en chef

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