Blan­dine veut pi­quer zi­ka au vif

À 31 ans, une cher­cheuse née dans le Roan­nais vient d’être ré­com­pen­sée par la com­mu­nau­té scien­ti­fique na­tio­nale pour ses tra­vaux sur le vi­rus du zi­ka.

Le Pays Roannais (Charlieu) - - La Une - FON­DA­TION L’ORÉAL

À L’HON­NEUR. À 31 ans, Blan­dine Mo­nel, ori­gi­naire de Vou­gy, a été ré­com­pen­sée par la com­mu­nau­té scien­ti­fique na­tio­nale pour ses re­cherches sur le vi­rus zi­ka.

RE­CON­NAIS­SANCE. Avec la bourse L’oréal­unes­co de 20.000 eu­ros qu’elle a re­çue, cette spé­cia­liste de la vi­ro­lo­gie de­vient une scien­ti­fique re­con­nue.

Pierre-fran­çois Che­tail pierre-fran­cois.che­tail@cen­tre­france.com

Elles étaient plus de 1.000 can­di­dates, dans di­vers do­maines scien­ti­fiques. Seules 30 ont été sé­lec­tion­nées par le ju­ry ac­cor­dant les bourses L’oréal ­ Unes­co pour les femmes et la science 2017 (lire par ailleurs). Et dix d’entre elles ont re­çu la plus éle­vée, celle de 20.000 eu­ros, ré­ser­vée aux post­doc­to­rantes.

Par­mi elles, Blan­dine Mo­nel, 31 ans, ori­gi­naire de Vou­gy, qui ne cache pas sa « fier­té. C’est une re­con­nais­sance de mes tra­vaux », se ré­jouit la jeune femme. Cette der­nière voit là aus­si l’in­té­rêt ma­té­riel que cette ré­com­pense va lui ap­por­ter. Celle­ci lui per­met­tra en ef­fet de fi­nan­cer des dé­penses, « pour as­sis­ter à des congrès scien­ti­fiques par­tout dans le monde ou se four­nir en ma­té­riel in­for­ma­tique de pointe », pas for­cé­ment pos­sibles au­tre­ment.

Post-doc­to­rante, en CDD

Car être em­ployée par l’ins­ti­tut Pas­teur, à l’ins­tar de Blan­dine, n’em­pêche pas de vivre dans une cer­taine pré­ca­ri­té. Les sa­laires des scien­ti­fiques sont en ef­fet as­su­rés par des bourses de re­cherche, aux­quels il faut can­di­da­ter au­près de l’agence na­tio­nale de la re­cherche (ANR) no­tam­ment. Ce­la cor­res­pond à des CDD. « Mon but est d’être ti­tu­la­ri­sée en ayant mon équipe de re­cherche, es­père tou­te­fois la post­doc­to­rante vou­ge­rotte. Mais il y a très peu de postes en France. »

Le par­cours sans faute de Blan­dine jus­qu’à main­te­nant lui per­met mal­gré tout d’avoir cette am­bi­tion. Après son école d’in­gé­nieurs en bio­tech­no­lo­gie Po­ly­tech à Nice, elle s’est spé­cia­li­sée dans la vi­ro­lo­gie. Elle a consa­cré plu­sieurs an­nées à sa thèse sur le vi­rus du si­da (dé­ cri­vant comment une cel­lule in­fec­tée en af­fecte une autre, saine), avant de par­tir à Boston où elle a ap­pro­fon­di le su­jet. Aux États­unis, elle a cher­ché à com­prendre pour­quoi cer­tains êtres hu­mains ap­por­taient une bien meilleure ré­ponse im­mu­ni­taire que d’autres au VIH.

En 2016, elle est en­ga­gée par l’ins­ti­tut Pas­teur à Pa­ris, pour se pen­cher sur le zi­ka, au mo­ment même où l’épi­dé­mie de ce vi­rus se pro­page à une vi­tesse in­quié­tante. Or ce­lui­ci en­gendre par­fois des « com­pli­ca­tions pré­oc­cu­pantes », al­lant bien au­de­là des symp­tômes de fièvre et maux de tête. « L’en­fant d’une femme en­ceinte in­fec­tée risque de contrac­ter une mi­cro­cé­pha­lite et de naître avec un cer­veau très pe­tit ; d’où des re­tards men­taux ir­ré­ver­sibles, s’alarme Blan­dine. Et même les adultes peuvent avoir des pro­blèmes neu­ro­lo­giques comme le syn­drôme de Guillain­bar­ré », ma­la­die pa­ra­ly­sante.

Le tra­vail de la jeune cher­cheuse du Roan­nais, au­quel elle reste très at­ta­chée et où elle aime re­ve­nir ré­gu­liè­re­ment, est donc pré­cieux. D’au­tant plus qu’au­jourd’hui, il n’existe ni vac­cin (comme pour le si­da) ni même de trai­te­ment ca­pable d’en­rayer ce vi­rus. Blan­dine Mo­nel ne trou­ve­ra peu­têtre pas toute seule ce­lui­ci. Mais clai­re­ment, ses re­cherches ­ sur comment cer­tains pa­tients dé­ve­loppent des com­pli­ca­tions alors que d’autres le bloquent na­tu­rel­le­ment ­ ouvrent la voie à de nou­velles stra­té­gies thé­ra­peu­tiques.

Rien ne pré­des­ti­nait pour­tant cette jeune femme à em­bras­ser une telle car­rière, d’am­pleur in­ter­na­tio­nale. Dans sa fa­mille, per­sonne n’est dans le do­maine de la re­cherche ni du mé­di­cal. Alors pe­tite fille, c’est toute seule que Blan­dine a me­né ses propres ex­pé­riences dans sa chambre, avec l’aide de son kit de chi­mie. « J’ai tes­té plein de trucs, mais je ne peux pas en dire plus, mes pa­rents ne savent pas tout », ri­gole­t­elle. Très ob­ser­va­trice, elle vou­lait com­prendre ce qui l’en­toure : pour­quoi cer­taines choses se dis­solvent dans l’eau ? Pour­quoi elle bout à une cer­taine tem­pé­ra­ture ?

Is­sue d’un mi­lieu re­la­ti­ve­ment mo­deste, fille d’un chauf­feur de bus et d’une as­sis­tante­ma­ter­nelle, Blan­dine ne s’ima­gi­nait pas, quand elle était sur les bancs de l’école (à Vou­gy d’abord, puis à Char­lieu au col­lège Mi­chel­ser­vet et au ly­cée Jé­ré­mie­de­la­rue), grande scien­ti­fique. « Pour moi, c’était un autre monde, in­ac­ces­sible », se sou­vient­elle. Un monde où elle a dé­jà évo­lué à une vi­tesse im­pres­sion­nante.

Un Prix No­bel « in­ac­ces­sible » ?

Alors jus­qu’où cette tout juste tren­te­naire peut­elle al­ler ? Le Prix No­bel peu­têtre… ? « Au­jourd’hui, ça me pa­raît in­ac­ces­sible », sou­rit­elle. Mais qui sait, ce ne se­rait pas la pre­mière fois qu’elle at­tein­drait quelque chose qu’elle avait qua­li­fié ain­si des an­nées plus tôt…

Un tra­vail pré­cieux pour ai­der à trou­ver un trai­te­ment contre le zi­ka

« Pour moi, c’était un autre monde »

FON­DA­TION L’ORÉAL

PAR­COURS ÉMÉ­RITE. Après six ans de re­cherches sur le si­da, avec une thèse et un contrat à Boston sur le su­jet, Blan­dine Mo­nel s’est vu re­mettre le prix L’oréal-unes­co pour les femmes et la science 2017 pour ses tra­vaux brillants sur le vi­rus du zi­ka.

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