Le jour où l’on est le plus beau

Le Pays Roannais (Charlieu) - - Zapping - Pierre-oli­vier Vé­rot Ré­dac­teur en chef

Est-ce que ce­la peut cal­mer nos an­goisses mé­ta­phy­siques ? Il y a un jour, plus ou moins loin­tain, où nous se­rons les plus beaux, les plus forts, les plus sen­sibles et les plus gé­né­reux. On ne nous re­pro­che­ra plus nos pe­tites fai­blesses, nos gros pé­chés, à condi­tion qu’ils res­tent dans le do­maine du to­lé­rable. On pas­se­ra sous silence nos me­nus for­faits, nos pe­tits ar­ran­ge­ments avec la mo­rale, nos mo­ments d’égoïsme. Cer­tains ap­pel­le­ront ça un hom­mage, même si la per­sonne à qui ils font ré­fé­rence, qu’ils pré­tendent dé­crire, n’a ja­mais réel­le­ment exis­té. Cir­cons­tance dé­ce­vante, nous ne se­rons pas là pour en­tendre ses éloges qui ne nous au­ront peut-être ja­mais été adres­sés jus­qu’alors. Notre en­ve­loppe char­nelle se­ra pour­tant tout près. Dans une belle boîte en bois, puis peut-être dans une urne, car telle est la des­ti­née que tous sur cette terre nous par­ta­geons, puis­sants comme mi­sé­rables, belles âmes hu­ma­nistes comme ab­jects ca­nailles promptes à mar­cher sur la tête des autres, ou le plus sou­vent mé­lange des deux. En ce­la, la vie est mal faite : le jour où nous se­rons le plus cé­lé­brés, c’est ce­lui de notre mort. Les vagues connais­sances de­vien­dront des amis proches. Les co­pains, des frères. Les vrais n’au­ront que leurs yeux pour pleu­rer et pas le coeur à les dé­men­tir. C’est un peu à ça que l’on a pu pen­ser, ces jours der­niers, en li­sant par exemple les hom­mages ap­puyés des grands pontes des mé­dias à Phi­lippe Vec­chi, jour­na­liste roan­nais qui connut son heure de gloire à l’époque do­rée de Ca­nal + et qui a quit­té la vie dans sa ville na­tale, très loin de ceux qui au­jourd’hui lui tressent des louanges post­humes.

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