Des in­cen­diaires pa­ni­qués

Le Pays Roannais (Charlieu) - - Zapping - Pierre-oli­vier Vé­rot Ré­dac­teur en chef

En ma­tière de cli­mat, nous sommes tous des in­cen­diaires cou­rant avec une torche à la main, en­flam­mant les branches des arbres au-des­sus de nous, qui crions « au feu », pa­ni­qués, et ré­cla­mons l’in­ter­ven­tion des pom­piers. Avec un peu de mau­vaise conscience, mais pas tant que ça, puisque les voi­sins les plus éloi­gnés, en Chine ou en Amé­rique, at­taquent la fo­rêt au lance-flammes. Comme des fu­meurs ac­cros qui mangent bio. Comme des asth­ma­tiques qui vivent au bord de l’au­to­route. Comme des peaux fra­giles s’ex­po­sant nues au so­leil d’août en plein après-mi­di. Nous vo­tons pour des gens qui se moquent comme d’une guigne de sa­voir que lors­qu’ils se­ront à la re­traite, les quelques de­grés sup­plé­men­taires que l’homme in­fli­ge­ra à la pla­nète ren­dront les condi­tions de vie in­sup­por­tables et jet­te­ront des mil­lions d’ha­bi­tants vers les der­nières zones tem­pé­rées. La troi­sième guerre mon­diale se­ra cli­ma­tique. Nous sommes sou­vent sé­vères avec les autres, peu exi­geants avec nous-mêmes. Nous ju­geons du­re­ment les gé­né­ra­tions pas­sées sans nous de­man­der ce que les pro­chaines pen­se­ront de nous. Tous en­clins à dé­char­ger vers l’ex­té­rieur notre culpa­bi­li­té. « On ne peut rien y faire », « c’est pas nous, c’est les autres ». En ma­tière d’en­vi­ron­ne­ment, la pla­nète est une grande cour d’école ma­ter­nelle. Avec de gros caïds qui roulent des mé­ca­niques, des sui­veurs lâches qui se gaussent de la mine in­quiète de ceux qui es­saient d’at­ti­rer l’at­ten­tion sur l’im­mi­nence de la ca­tas­trophe. Et des maîtres qui laissent faire. Comme on dit, l’his­toire ju­ge­ra les uns et les autres. Et l’on connaît dé­jà le ver­dict.

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