La ré­si­gna­tion face au dé­sert mé­di­cal ?

Le Dr Bru­no Da­mu­seau re­vient sur les causes de la dé­ser­ti­fi­ca­tion et évoque des pistes ■

Le Pays Roannais (Charlieu) - - Vie Régionale - Etienne Chaize etienne.chaize@cen­tre­france.com

Sa­me­di 6 oc­tobre, à l’oc­ca­sion des 20 ans d’at­tac en Roan­nais, le doc­teur Bru­no Da­mu­seau a ani­mé une confé­rence au­tour de la dé­ser­ti­fi­ca­tion mé­di­cale.

Le constat est alar­mant : 2 mil­lions et de­mi de Fran­çais ren­con­tre­raient au­jourd’hui des dif­fi­cul­tés à trou­ver un mé­de­cin, alors que le nombre de pra­ti­ciens for­més a dou­blé en 10 ans. Rien que dans le Roan­nais, 6.000 per­sonnes se­raient pri­vées de mé­de­cin trai­tant. La faute à qui ?

À la po­li­tique néo­li­bé­rale, se­lon Bru­no Da­mu­seau. Pour ce mé­de­cin ins­tal­lé à Saint­an­dréd’ap­chon, les tech­no­crates et leurs po­li­tiques d’aus­té­ri­té se­raient les cou­pables de ce drame;le nu­me­rus clau­sus comme ou­til de dé­ser­ti­fi­ca­tion mas­sive. Ce dis­po­si­tif, qui li­mite le nom­ bre d’étu­diants en mé­de­cine, n’au­rait été pen­sé que dans le cadre d’une « ges­tion comp­table de la san­té ». Et Bru­no Da­mu­seau d’étayer : « A un mo­ment, les gou­ver­nants ont es­ti­mé que les mé­de­cins pres­cri­vaient des soins qui coûtent cher. En li­mi­tant le nombre d’étu­diants, on li­mi­tait le nombre de mé­de­cins et donc les dé­penses. C’était fa­cile à faire pas­ser en agi­tant l’épou­van­tail du trou de la Sé­cu », dé­roule­t­il.

Si sa thèse sur les causes n’em­por­te­ra pas for­cé­ment l’adhé­sion de tous, la dé­ser­ti­fi­ca­tion dans le Roan­nais reste un fait éta­bli. « Il y a 35 ans, quand j’ai ra­che­té ma pa­tien­tèle à SaintAn­dré, nous étions trop nom­breux. Au­jourd’hui, j’ai­me­rais prendre ma re­traite, mais je peine à trou­ver un suc­ces­seur. »

La si­tua­tion du Dr Da­mu­seau n’est pas unique et n’est presque qu’une consé­quence anec­do­tique du dé­sert mé­di­cal. « La dé­ser­ti­fi­ca­tion en­traîne moins d’ac­cès aux soins, plus de re­non­cia­tion chez cer­tains, un en­com­bre­ment des ur­gences pri­vées et pu­bliques, une grande souf­france au tra­vail dans ces ser­vices, une as­pi­ra­tion des cré­dits d’aide pour ces struc­tures et un burn­out ré­gu­lier chez les gé­né­ra­listes », in­siste le pra­ti­cien.

À le croire, ce n’est pas la fin an­non­cée du nu­me­rus clau­sus qui de­vrait chan­ger les choses. En ef­fet, les struc­tures de for­ma­tion res­te­ront, quoi qu’il en soit, li­mi­tées dans leur capacité d’ac­cueil. En outre, la du­rée des études pour les gé­né­ra­listes va bien­tôt être aug­men­tée d’une an­née, pas­sant de 9 à 10 ans et avec le mou­ve­ment de dé­parts à la re­traite qui s’an­nonce, le dé­fi­cit s’an­nonce énorme. Sans comp­ter la po­pu­la­tion vieillis­sante, re­qué­rant plus de soins ou en­core le fait que les jeunes mé­de­cins ont ten­dance à s’ins­tal­ler prin­ci­pa­le­ment dans le sud, au so­leil, ou les villes uni­ver­si­taires où leurs conjoints trouvent plus fa­ci­le­ment du tra­vail.

Au ni­veau na­tio­nal, les chiffres du nombre de mé­de­cins sont bons, dans la moyenne eu­ro­péenne. Les in­éga­li­tés se constatent au ni­veau lo­cal. « On nous de­mande de faire au­tant avec moins de mé­de­cins ». Reste à trou­ver une oa­sis dans ce dé­sert…

« Faire au­tant avec moins de mé­de­cins » DR DA­MU­SEAU Confé­ren­cier

IL­LUS­TRA­TION F. SALESSE

SI­TUA­TION. « Il y a 35 ans, quand j’ai ra­che­té ma pa­tien­tèle, nous étions trop nom­breux, se re­mé­more le Dr Da­mu­seau. Au­jourd’hui, j’ai­me­rais prendre ma re­traite, mais je peine à trou­ver un suc­ces­seur ».

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