Le pre­mier Poilu iden­ti­fié par son ADN

Le sergent Claude Four­nier, de Co­lom­bier­en­brion­nais, a été re­trou­vé un siècle après sa mort ■

Le Pays Roannais (Charlieu) - - Il Y A 100 Ans... L'armistice - Pierre-fran­çois Che­tail pierre-fran­cois.che­tail@cen­tre­france.com

Au prix de longues re­cherches, de la Meuse à Cannes en pas­sant par Vin­cennes, il a été pos­sible de mettre un nom (et un vi­sage) sur un sque­lette dé­cou­vert à proxi­mi­té du Mé­mo­rial de Ver­dun. Le sol­dat ve­nait du Brion­nais.

Tant de per­sonnes ont ren­du l’âme… Ce fut le théâtre d’une des ba­tailles les plus em­blé­ma­tiques et meur­trières de la Pre­mière Guerre mon­diale. Où, du­rant 300 jours et 300 nuits, un dé­luge de feu et d’acier s’est abat­tu sur les com­bat­tants fran­çais et al­le­mands. 60 mil­lions d’obus sont tom­bés sur ce « grand abat­toir », à par­tir de la grande at­taque al­le­mande du 21 fé­vrier 1916. Pour 714.000 vic­times. y

Les os­se­ments de trois corps re­trou­vés dans la glaise noire et col­lante

C’est au­jourd’hui un lin­ceul pré­ser­vé, l’une des plus grandes né­cro­poles à ciel ou­vert du monde. Du sec­teur de Ver­dun, 80.000 sol­dats manquent à l’ap­pel tou­jours au­jourd’hui. En son coeur, la zone rouge est tel­le­ment pol­luée et dan­ge­reuse qu’elle n’a ja­mais pu être ren­due à l’agri­cul­ture et aux ha­bi­ta­tions !

Lors­qu’il en res­sort des restes hu­mains, le mé­de­cin lé­giste in­ter­vient. « Quand ils émergent, on est quand même obli­gé de s’en oc­cu­per », té­moigne ain­si le doc­teur Bru­no Fre­mont. C’est jus­te­ment ce qu’il s’est pas­sé le 6 mai 2015, lors des tra­vaux d’agran­dis­se­ment du Mé­mo­rial de Ver­dun à Fleu­ry­de­vant­doua­mont.

Les os­se­ments de trois corps sont re­trou­vés dans la glaise noire et col­lante de la ré­gion. Après d’in­tenses re­cherches d’abord in­fruc­tueuses, un ou­vrier du chan­tier dé­couvre dans la terre une pe­tite plaque mi­li­taire, por­tant l’ins­crip­tion « Claude Four­nier. 1.900. »

Com­mence ici l’en­quête. Aux ar­chives mi­li­taires de Vin­cennes, on ap­prend sur la fiche du sol­dat Claude Four­nier qu’il a été « tué à l’en­ne­mi », c’est­àdire « mort pour la France » le 4 août 1916. Grâce au jour­nal de marche de son ré­gi­ment, on connaît le dé­tail des opé­ra­tions me­nées par lui et son groupe les jours pré­cé­dant son dé­cès. Reste dé­sor­mais à lui re­trou­ver une fa­mille.

À ce mo­ment, c’est le maire de Co­lom­bier­enB­rion­nais, d’où est ori­gi­naire Claude Four­nier, qui prend les choses en main. Il va voir Clau­dia, la pe­tite­fille de la soeur du sol­dat saône­et­loi­rien, qui ha­bite tou­jours le vil­lage. Là, l’élu ap­prend que l’homme tué à Ver­dun avait une fille, morte à 101 ans sans ja­mais sa­voir dans quelles condi­tions exactes avait dis­pa­ru son père. Et un pe­tit­fils, Ro­bert Al­lard. Le pre­mier édile de Co­lom­bier dé­croche alors son com­bi­né et ap­pelle au ha­sard en Fran­ ce toutes les per­sonnes ré­pon­dant à ce pa­tro­nyme. Jus­qu’à tom­ber, en oc­tobre 2016, sur le des­cen­dant re­cher­ché, qui vit à Cannes.

Dès lors, un nou­veau cha­pitre de l’his­toire s’écrit. Un test ADN in­édit en France. L’un des trois sque­lettes pré­sente un gé­nome cor­re­pon­dant à ce­lui des gé­né­ra­tions lui ayant suc­cé­dé. Claude Four­nier de­vient le pre­mier Poilu re­con­nu gé­né­ti­que­ment.

Un vi­sage re­cons­ti­tué sur or­di­na­teur

Il ne manque dé­sor­mais plus qu’une image à mettre sur ce nom. Ro­bert Al­lard a per­du les rares pho­tos de son grand­père lors d’une inon­da­tion de son ha­bi­ta­tion. Clau­dia, la pe­tite­nièce, quant à elle, n’a qu’une image d’un groupe de 15 sol­dats.

Le­quel est Claude Four­ nier ? Pour le sa­voir, son crâne est d’abord nu­mé­ri­sé, et via 78 points de re­père, l’or­di­na­teur com­mence à lui des­si­ner un vi­sage en 3D. Puis, son ADN per­met de connaître la cou­leur de ses yeux, de sa peau et de ses che­veux. On lui colle une mous­tache cor­res­pon­dant à la mode de l’époque. Et, son por­trait­ro­bot cor­res­pond par­fai­te­ment à la tête de l’un des 15 sol­dats pho­to­gra­phiés il y a plus d’un siècle.

« Le sol­dat re­con­nu »

Reste à rendre un der­nier hom­mage à Claude Four­nier. Le 21 fé­vrier 2018, le cer­cueil conte­nant ses os, re­cou­vert d’un large dra­peau fran­çais, sort de la chambre mor­tuaire de Ver­dun de­vant les ca­mé­ras. Pour être em­me­né et en­ter­ré au ci­me­tière de Doua­mont, dans la Meuse, aux cô­tés de ses ca­ma­ra­ des de com­bat. De nom­breux en­fants et ha­bi­tants de Co­lom­bier­en­brion­nais as­sistent à l’in­hu­ma­tion.

« On avait le sol­dat in­con­nu, sous l’arc de Triomphe, peut conclure le Dr Fre­mont. On a main­te­nant le sol­dat re­con­nu, à qui on a ren­du une âme. »

La fille de Claude Four­nier, morte à 101 ans, sans sa­voir où était son père

PHO­TO JEAN-CHRIS­TOPHE VERHAEGEN

EN­GA­GÉ. Le doc­teur Bru­no Fré­mont (à droite sur la pho­to) mé­de­cin lé­giste de Ver­dun, et re­trou­ver ses des­cen­dants. a consa­cré énor­mé­ment d’éner­gie pour « re­don­ner une âme » à ce sque­lette qu’on lui a confié en tant que

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