Les aven­tures de Ber­trand re­por­ter

Ga­min, Ber­trand La­chat était fan de Tin­tin ; au­jourd’hui, il fait le même tra­vail que son hé­ros de BD

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Pierre-Fran­çois Che­tail pierre-fran­cois.che­tail@cen­tre­france.com

Le jour­na­liste, ori­gi­naire du Brionnais, par­court le monde de­puis 25 ans pour cou­vrir les plus grands évé­ne­ments in­ter­na­tio­naux. Le mé­tier de ca­me­ra­man pour TF1 lui per­met d’avoir une vie tré­pi­dante.

De toutes les pe­tites et grandes his­toires qu’a vé­cues Ber­trand La­chat au cours de ses voyages, du­rant 25 an­nées de car­rière, on pour­rait écrire un ro­man. Peu­têtre même qu’on pour­rait les dé­cli­ner en 24 tomes, au­tant qu’il existe d’al­bums de Tin­tin. Pe­tit, Ber­trand était fan des aven­tures à tra­vers le monde du plus cé­lèbre des re­por­ters de bande des­si­née, qu’il li­sait dans sa chambre, à Cou­blanc. Au­jourd’hui, il a le même mé­tier que son hé­ros de BD pré­fé­ré.

Rien qu’en 2015, ce JRI (jour­na­liste re­por­ter d’images) de longue date de TF1 a connu de « belles mis­sions ». Par exemple, pour le 200e an­ni­ver­saire de la dé­por­ta­tion de Na­po­léon sur l’île de Sainte­Hé­lène, il s’est ren­du sur les lieux, après six jours de mer au dé­part de l’Afrique du Sud. À l’oc­ca­sion des com­mé­mo­ra­tions en Co­rée du Nord du 70e an­ni­ver­saire du Par­ti com­mu­niste, il était éga­le­ment sur place, dans le pays le plus fer­mé du monde.

Jour­na­liste po­ly­va­lent, pou­vant être sol­li­ci­té par tous les ser vices de la ré­dac­tion des jour­naux de TF1 ( « étran­ger » , « po­li­tique », « sports », « pa­tri­moine » … ), Ber­trand La­chat peut aus­si cou­vrir des su­jets moins dé­pay­sants, pour le JT de 13 heures de Jean­Pierre Pernaut no­tam­ment. Il fai­sait ain­si par­tie de l’équipe ayant pré­pa­ré une sé­rie sur les bons plans gas­tro­no­miques du Roan­nais, qui s’est ren­due dans la ré­gion sur ses conseils. Avec bien sûr un su­jet sur l’an­douille de Char­lieu, sa com­mune de nais­sance.

Car pour être un bon jour­na­liste, il faut d’abord être cu­rieux de tout, « la qua­li­té nu­mé­ro un » à avoir, d’après Ber­trand La­chat. « L’autre, c’est l’ob­ser­va­ tion, avec la vo­lon­té de re­trans­crire les choses de fa­çon hon­nête. Il faut aus­si sa­voir s’adap­ter et al­ler vers les gens. Si on ar­rive en rou­lant des mé­ca­niques parce qu’on fait de la té­lé, ils ont ten­dance à se re­fer­mer sur eux­mêmes, sur­tout que la ca­mé­ra peut en faire pa­ni­quer cer­tains. » Ce­la tombe plu­tôt bien, la bon­ho­mie du jour­na­liste de TF1, tou­jours le sou­rire aux lèvres, a de quoi en ras­su­rer plus d’un.

Ce sou­rire, il re­monte en­core un peu plus jus­qu’aux oreilles de Ber­trand lors­qu’il évoque quelques­uns des en­droits les plus éton­nants où il s’est ren­du, par­mi la cen­taine de pays du monde sur les­quels il a dé­jà po­sé les pieds : le Pôle nord (en 1997), avec le pas­sage de­vant un mam­mouth conge­lé pour s’y rendre ; la cachette de Sad­dam Hus­sein, un sous­mar in nucléaire ou en­core des som­mets du Ki­li­mand­ja­ro et de l’Hi­ma­laya. Sans ou­blier les mul­tiples Jeux olym­piques qu’il a cou­verts. De quoi en ef­fet ra­vir ce­lui qui, ga­min, ne vou­lait sur­tout pas d’un mé­tier l’obli­geant à res­ter « en­fer­mé dans un bu­reau ».

Il a frô­lé la mort par trois fois

Mais tous ses sou­ve­nirs ne sont pas for­cé­ment heu­reux, bien qu’« ad­dic­tifs » : les re­por­tages en zones de conflit ou de ca­tas­trophes na­tu­relles. Ber­trand n’a bien sûr pas ou­blié ses pre­miers au Li­be­ria ou en Jor­da­nie du­rant la guerre du Golfe. Et les sui­vants, entre 1998 et 2008, en Tchét­ché­nie, en Af­gha­nis­tan, en Irak (il s’est ren­du dans ce der­nier pays 11 fois trois se­maines). Les dé­charges d’adré­na­line qu’ils ap­portent. « Et puis, on vit des pans d’his­toire. J’étais là quand les troupes amé­ri­caines sont en­trées dans Bag­dad et ont fait tom­ber la sta­tue de Sad­dam Hus­sein, à quelques mètres. »

D’où la dif­fi­cul­té, au re­tour en France, de ne pas être bla­sé par la vie : « Le risque, c’est que tout semble in­si­pide. Mais si on ne veut plus faire que des re­por­tages de guerre, ça de­vient très dan­ge­reux ! » Ber­trand La­chat a d’ailleurs frô­lé la mort plu­sieurs fois : lors de la ba­taille de To­ra Bo­ra en 2001, à la re­cherche de Ben La­den, avec une bombe amé­ri­caine qui ex­plose à 300 mètres des a po­si­tion; en Tchét­ché­nie, à l’ap­proche de la ligne de front, où il a dé­cou­vert le va­carme pro­vo­qué par les « orgues de Sta­line » , sur­nom des lance­ro­quettes russes ; ou en­core en Irak, pris au beau mi­lieu d’une fu­sillade, ca­ché der­rière des pal­miers avec des balles fu­sant au­des­sus de lui.

La nais­sance de ses en­fants ­ Jo­han en 2007 et Ju­lie en 2009 ­ l’a in­ci­té à « mettre un frein » sur les dé­pla­ce­ments en zone de conflit ( sans tou­te­fois pou­voir dire qu’il y a dé­fi­ni­ti­ve­ment mis un terme) : « Je les ai eus un peu tard, et je veux les voir gran­dir. En 25 ans, trois de mes col­lègues sont res­tés au ta­pis. » Le der­nier en date, Gilles Jac­quier, est dé­cé­dé il y a quatre ans qua­si­ment jour pour jour, en Sy­rie, par un tir de mor­tier, lais­sant or­phe­lin de père ses deux ju­meaux de 18 mois…

En 2015, Ber­trand La­chat a tou­te­fois cou­vert une scène de guerre. Celle s’ étant mal­heu­reu­se­ment dé rou­lée à Pa­ris, le 13 no­vembre der­nier, sur les trot­toirs de sa ville. « Dans des quar­tiers que je connais par coeur. Ce sont mes coins, des en­droits où j’ al­lais tout le temps, que ce soient les bars vi­sés ou le Ba­ta­clan. » Pré­ve­nu des at­ten­tats par une alerte sur son smart­phone, il a pas­sé cette nuit­là entre la salle de concerts et le Stade de France, cho­qué de voir ici des images ef­froyables qu’il pen­sait ré­ser­vées à des ter­ri­toires bien loin­tains des fron­tières hexa­go­nales. Parce que la vraie vie est par­fois plus ter­ri­fiante que les his­toires de bandes des­si­nées…

Au Pôle nord, dans la cachette de Sad­dam Hus­sein, sur les som­mets les plus hauts du monde…

VOYAGE.

En 2015, Ber­trand La­chat a pas­sé deux se­maines en Mon­go­lie au plus près de la vraie vie de la po­pu­la­tion lo­cale.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.