Dé­gâts des san­gliers : les agri­cul­teurs voient rouge

Le san­glier fait de gros dé­gâts dans la plaine et les monts du Fo­rez, les agri­cul­teurs sont à bout

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Lae­ti­tia Co­hen­det lae­ti­tia.co­hen­det@cen­tre­france.com

Opé­ra­tion coup-de-poing. Qua­rante agri­cul­teurs membres de la Con­fé­dé­ra­tion pay­sanne ont in­ves­ti le parc de la fé­dé­ra­tion li­gé­rienne des chas­seurs, mar­di ma­tin, pour pro­tes­ter contre les dé­gâts in­fli­gés par les san­gliers. Ré­cit.

Il est 11 h 15, ce mar­di ma­tin, lorsque le pe­tit groupe de la Con­fé­dé­ra­tion pay­sanne réuni au rond­point de la Gouyon­nière s‘ébranle vers le sièg e d e l a fé d é ra ti o n de chasse. La belle de­meure pointe au bout de l’al­lée sans is­sue. Prise d’as­saut par les dra­peaux bou­tond’or et les bottes en ca­ou­tchouc.

Ar­més de pelles et de pioches, les ma­ni­fes­tants s’at­taquent à la pe­louse. Les mottes de terre s’en­volent jus­qu’à for­mer un champ de la­bour. Mais le meilleur reste à ve­nir. Alors que trois ou quatre éle­veurs en­cerclent le pé­ri­mètre d’un fi­let blanc, on sort les bêtes. Deux co­chons d’éle­vage aga­cés par le voyage. Du coup, le pre­mier tente de se faire la malle, rat­tra­pé in ex­tre­mis par deux paires de bras so­lides pour fi­nir dans l’en­clos de for­tune. À l’in­té­rieur de la bâ­tisse, rien n’a bou­gé. Le bâ­ti­ment n’est pas fer­mé, une pe­tite lueur en at­teste, mais la di­rec­tion est en réunion à Saint­Étienne.

« On va les at­tendre » , sou­rit Thier­ry Goutte, éle­veur à Lé­ri­gneux. L’homme a quelques an­nées de bou­teille. Sour ire bon­homme et verbe acerbe. Le san­glier est sa bête noire. « En quinze ans, c’est notre deuxième opé­ra­tion de ce type, confie­t­il. Mais r ien n’a chan­gé » . Lui­même a per­du 22 tonnes de maïs et deux hec­tares de prai­rie en 2015 par la faute de l’ani­mal. « Et nous avons par­qué 17 hec­tares sur notre propre temps ». En contre­par­tie, la fé­dé­ra­tion de chasse lui a ver­sé moins de mille eu­ros, « la moi­tié de la va­leur réelle des dé­gâts », es­time l’ex­ploi­tant. Car le san­glier, s’il dé­truit les cultures, im­pacte aus­si les zones d’éle­vage que re­pré­sentent les Monts du Fo­rez et le Pi­lat.

« Lors­qu’il re­tourne une motte de terre, l’ani­mal fait re­mon­ter des germes, les bu­ty­riques, qui se mé­langent au four­rage dis­tri­bué aux ani­maux du­rant l’hi­ver. Ce­la dé­grade la qua­li­té du lait, ce dont per­sonne ne tient compte ».

Pas là pour faire le bou­lot des flics

Dans son dos, les co­chons achèvent le tra­vail de sape des fer­miers. Pas si dif­fé­rents de leurs cou­sins sau­vages, croi­sés avec des porcs d’éle­vage. Thier­ry Goutte, d’ailleurs, ne parle plus que de « co­chon­glier ». Un néo­lo­ gisme que sa­luent les ca­ma­rades. « Les ani­maux n’ont plus peur. Ils s’ap­prochent des bâ­ti­ments d’en­si­lage » . La faute à qui ? « Aux 10 % de chas­seurs ­il ne faut pas les mettre tous dans le même pa­nier­qui uti­lisent le pa­tri­moine des autres pour s’amu­ser ».

Gé­rard Au­bret, pré­sident de la fé­dé­ra­tion de chasse, passe le por­tail en fer for­gé au mo­ment où le vin chaud com­mence à tour­ner. Pas ques­tion pour lui d’évi­ter la confron­ta­tion ; il pose, se­rein, face à deux ou trois vi­sages ani­més, en­caisse les « c’est notre tra­vail que vous sac­ca­gez » . Les re­ven­di­ca­tions sont lé­gion, au pre­mier rang des­quelles la pro­cé­dure d’in­dem­ni­sa­tion qui, trop lourde, dé­cou­rage les meilleures vo­lon­tés ( à moins de 100 eu­ros de dé­gâts, les 76 eu­ros d’ex­per­tise sont à la charge des agri­cul­teurs). « Vous ne vous ren­dez pas compte… », mur­murent les pré­sents avant d’écla­ter : « Sur la com­mune de Bard, j’ai vu des san­gliers agrai­nés avec des ca­ca­huètes » . « Cer­taines so­cié­tés élèvent les bêtes et pro­cèdent à des lâ­chers ! » Au­tant de pra­tiques in­ter­dites que Gé­rard Au­bret s’em­presse de condam­ner. « Do n n e z ­m oi des noms ! »

La Conf’se mé­fie, re­doute les re­pré­sailles. « On n’e s t pa s as s e r m e n t é s pour faire du contrôle, as­sène Thier­ry Goutte. On a dé­jà un bou­lot » . Et de me­na­cer : « Si les choses ne re­trouvent pas des pro­por­tions ac­cep­tables, ce sont les so­cié­tés lo­cales qui vont trinquer ».

« Des san­gliers agrai­nés avec des ca­ca­huètes »

HOU­LEUX. Les ma­ni­fes­tants ont pu échan­ger avec Gé­rard Au­bret, pré­sident de la fé­dé­ra­tion des chas­seurs ( à droite sur la pho­to).

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