Une vic­time vite se­cou­rue

Une al­ter­ca­tion avait dé­gé­né­ré lors du bal des pom­piers

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Faits Divers - Justice - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

Un jeune Mont­bri­son­nais d’une ving­taine d’an­nées avait été vio­len­té à deux re­prises lors d’une même soi­rée, à Pé­ri­gneux. Un geste dé­pla­cé sur son ex­pe­tite amie se­rait à l’ori­gine de ses dé­boires.

Seul point po­si­tif de cette soi­rée de juin 2014, la vic­time n’a pas eu long­temps à at­tendre pour re­ce­voir les pre­miers se­cours et être trans­por­tée à l’hô­pi­tal…

La fête bat son plein au bal des sa­peurs­pom­piers de Pér igneux quand un jeune homme croise le père de­son ex­ pe­tite amie. Ce der­nier est pas­sable ment éner­vé car, quelques mi­nutes plus tôt, il a vu cet in­di­vi­du ad­mi­nis­trer une claque sur les fesses de sa fille, mi­neure.

Une pre­mière al­ter­ca­tion…

Le ton monte as­sez vite entre le père de l’ado­les­cente et l’ex­pe­tit co­pain de cette der­nière. Une gifle part sui­vie d’« un coup de tête », as­sure la vic­time au pré­sident du tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de SaintÉ­tienne, Fran­çois Bou­riaud. Ver­sion contes­tée par le qua­dra­gé­naire qui com­pa­raît pour vio­lence. « Je l’ai at­tra­pé par le col avec la main gauche et je lui ai mis une seule gifle avec la main droite », as­sure un homme qui doit faire face au té­moi­gnage d’une jeune femme qui est in­ter­ve­nue pour ten­ter de calmer les deux pro­ta­go­nistes. Elle es­time, elle aus­si, qu’un coup de tête a été don­né. Ce n’ est pour­tant pas ce geste qui a cas­sé le nez de la vic­time mais une autre ac­tion ir­ré­flé­chie, com­mise quelques mi­nutes plus tard.

À tra­vers les baies vi­trées de la salle, un jeune homme aper­çoit l’al­ter­ca­tion. Pour lui, pas de doute, il faut in­ter­ve­nir pour prê­ter main­forte à son ami, le père de la jeune fille. Il se mêle à l’échauf­fou­rée et dis­tri­bue un se­cond coup de tête. Cette fois­ci, le choc est rude, beau­coup plus rude. Sa vic­time est dés­équi­li­brée, bas­cule en ar­rière et se heurte la tête à une chaise. Fin du round par knock­out.

… sui­vie d’une se­conde avant le KO

Le jeune homme est im­mé­dia­te­ment se­cou­ru et trans­por­té à l’hô­pi­tal. Le diag­nos­tic fait état d’une frac­ture des os propres du nez avec dé­pla­ce­ment de la cloi­son na­sale et hé­ma­tome or­bi­taire, à droite et à gauche. « Je me suis mis au mi­lieu pour sé­pa­rer tout le monde, ex­plique le se­cond pré­ve­nu, âgé d’une ving­taine d’an­nées, agent de sé­cu­ri­té. Tout à coup, j’ai vu un poing ar­ri­ver vers moi et là, c’est vrai, j’ ai don­né ce coup de tête. » Fran­çois Bou­riaud pré­cise que, se­lon les gen­darmes qui ont en­quê­té, « per­sonne n’était al­coo­li­sé outre me­sure ».

L’avo­cate de la jeune vic­ time ré­clame plu­sieurs mil­liers d’eu­ros de dom­mages et in­té­rêts tan­dis que son ho­mo­logue de la dé­fense sol­li­cite une ques­tion. « Vous bu­vez mon­sieur ?, in­ter­roge Me An­dré Buf­fard. Dans quel état étiez­vous ce soir­là, avant l’al­ter­ca­tion ? » « J’avais bu deux ou trois verres », ad­met ce Mont­bri­son­nais. Deux ou trois verres de quoi ? » , re­prend Me Buf­fard. « De bière. » « Et vous bu­vez sou­vent ? » … Pe­tit mo­ment de flot­te­ment dans les rangs de la par­tie ci­vile avant que l’avo­cat de la dé­fense n’évoque une co­pie d’une page Fa­ce­book at­tri­buée à la vic­time.

Dans ce do­cu­ment, le jeune homme as­sume être « un an­cien al­coo­lique » et « re­mer­cie sa fa­mille qui l’a sou­te­nu pen­dant sa pé­riode de se­vrage » . Stu­peur. « C’est une blague ?, se de­mande le pré­ve­nu. C’est un faux. » « Mon fils n’a ja­mais été al­coo­lique », lâche son père, as­sis dans la salle. L’in­ter­ven­tion de Maître Buf­fard n’est pas du goût du pré­sident du tri­bu­nal. « C’est bien connu, une page Fa­ce­book vaut toutes les in­ves­ti­ga­tions des gen­darmes dans ce dos­sier », iro­nise froi­de­ment le ma­gis­trat.

« Af­faire ba­nale », es­time la sub­sti­tut du pro­cu­reur de la Ré­pu­blique qui sou­ligne que la vic­time a évo­qué l’al­coo­li­sa­tion du pré­ve­nu le plus âgé ce soir­là. Do­mi­nique Mis­son­nier ré­clame « une forte amende, 700 eu­ros » , à l’en­contre des deux hommes dont le ca­sier ju­di­ciaire est vierge.

« Une em­poi­gnade, rien de plus »

« Les faits sont re­con­nus, pour­suit Me An­dré Buf­fard. Dès lors, toute la ques­tion est de sa­voir si la vic­time n’a pas un peu, beau­coup, lar­ge­ment, contri­bué à son mal­heur ou si c’est bien une pauvre vic­time. Moi, je crois qu’il a eu une at­ti­tude un peu dé­pla­cée et qu’il pi­co­lait un peu ou beau­coup à l’époque. Ce fut une simple em­poi­gnade, rien de plus. De là à pré­tendre qu’il est de­ve­nu ago­ra­phobe, qu’il a be­soin d’être sui­vi par un psy­cho­logue… re­la­ti­vi­sons », in­siste Me Buf­fard.

La dé­ci­sion ap­par­tient à Fran­çois Bou­riaud. Dé­li­bé­ré at­ten­du le 17 fé­vrier pro­chain.

« Une page Fa­ce­book vaut toutes les in­ves­ti­ga­tions des gen­darmes dans ce dos­sier »

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.