L’édi­teur Mi­chel Jacquet au fes­ti­val de la bande des­si­née d’An­gou­lême

Co­fon­dée par le Mont­bri­son­nais Mi­chel Jacquet (alias Alep), Jar­jille édi­tions tient sa­lon à An­gou­lême

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

Édi­teur, scé­na­riste, dia­lo­guiste… Mi­chel Jacquet a choi­si la quié­tude et la qua­li­té de vie de Mont­bri­son pour s’ins­tal­ler, il y a plus de dix ans. « J’ai l’iso­le­ment fa­cile », re­con­naît l’édi­teur sté­pha­nois qui mul­ti­plie pour­tant les ate­liers pu­blics pour faire par­ta­ger sa pas­sion du livre et de l’illus­tra­tion.

In­utile de cher­cher à joindre Mi­chel Jacquet à par­tir de ce jeu­di et jus­qu’à lun­di pro­chain. Comme toutes les an­nées de­puis cinq ans, l’édi­teur est au fes­ti­val in­ter­na­tio­nal de la bande des­si­née d’An­gou­lême. Et comme d’ha­bi­tude, Serge Prud’homme se­ra avec lui sur le stand que deux des trois co­fon­da­teurs de Jar­jille édi­tions ( le troi­sième, Alain Brech­buhl, a quit­té l’ aven­ture, N.D.L.R .) ont créé, il y a onze ans main­te­nant.

« Nous avons at­ten­du d’avoir un ca­ta­logue digne de ce nom avant de ve­nir, ex­plique Mi­chel Jacquet mais c’est vrai­ment un ren­dez­vous in­con­tour­nable. Il y a tous les édi­teurs, les im­pri­meurs mais aus­si ces au­teurs que notre mo­deste mai­son d’édi­tion est sus­cep­tible d’ac­com­pa­gner dans leur dé­ve­lop­pe­ment. C’est pas­sion­nant. » Érein­tant aus­si, sur­tout pour un homme qui ne sa­voure rien plus que la quié­tude de son exis­tence mont­bri­son­naise.

Sou­ve­nirs de lec­tures dans le parc du Pi­lat

Il y a un peu plus de dix ans que ce Sté­pha­nois de nais­sance, ma­rié à une Bal­do­mé­rienne, s’est ins­tal­lé dans la sous­pré­fec­ture de la Loire. Après un pas­sage par la Pi­car­die et un re­tour dans la Loire, dans le Roan­nais, l’an­cien étu­diant de la fa­cul­té d’ar ts plas­tiques de Saint­Étienne, qui a long­temps tra­vaillé dans la pu­bli­ci­té, a je­té son dé­vo­lu sur « une pe­tite ville qui pré­sen­tait un bon com­pro­mis entre nos be­soins pro­fes­sion­nels, nos as­pi­ra­tions de jeunes pa­rents et nos at­tentes fa­mi­liales. Les en­fants, no­tam­ment, ont pro­fi­té et pro­fitent en­core de tout le tis­su as­so­cia­tif. Ju­do, tir à l’arc, tennis, es­ca­lade… Nous sommes bien à Mont­bri­son », ré­sume un homme qui, à titre per­son­nel, aime se ba­la­der dans la cam­pagne alen­tours avec son chien.

Ce re­tour dans le dé­par­te­ment a aus­si per­mis à Mi­chel Jacquet de re­nouer un con­tact di­rect avec Serge Prud’homme, son ami d’en­fance, de­ve­nu des­si­na­teur sous le pseu­do­nyme de Deloupy. « C’est avec lui que j’ai par­ta­gé mes pre­mières lec­tures, se sou­vient Mi­chel Jacquet. Pen­dant les va­cances, nous nous re­trou­vions à Saint­Ro­main­lesA­theux, dans le Pi­lat. On dé­bar­quait avec notre car­ton de livres cha­cun, on s’ins­tal­lait dans un arbre et par­ta­geait nos bou­quins. »

Parce qu’ils ne par­viennent pas à faire édi­ter deux ou­vrages per­son­nels, Co­mix­land et Col­li­sions, parce qu’ils sont per­sua­ dés que « les gens sont at­ta­chés au sup­port pa­pier, sur­tout dans la bande des­si­née » , et parce qu’ils maî­trisent toutes les étapes de la chaîne gra­phique, les deux amis dé­cident de créer une mai­son d’édi­tion as­so­cia­tive avec leurs propres fonds. Une dé­cen­nie plus tard, Jar­jille (qui si­gni­fie ta­quin ou qua­li­fie un en­fant qui a la “bou­geotte”, qui ne tient pas en place, en ga­ga, le lan­gage po­pu­laire au­tre­fois usi­té dans la ré­gion sté­pha­noise, N. D. L. R.) édi­tions pu­blie les ou­vrages (bandes des­si­nées, livres d’illus­tra­tions, de jeunes­ se…) d’une qua­ran­taine d’au­teurs dis­sé­mi­nés dans toute la France et dif­fuse dans un ré­seau de deux cents li­brai­ries in­dé­pen­dantes, en co­hé­rence avec les va­leurs al­ter­na­tives des co­fon­da­teurs.

« Nous avons dé­cou­vert l’en­vers du dé­cor, no­tam­ment la ques­tion de la dif­fu­sion, de la dis­tri­bu­tion et de la vente, se sou­vient le Mont­br ison­nais. Nous avons op­té pour un con­tact di­rect, au té­lé­phone, avec les li­brai­ries qui sont pour nous le deuxième maillon es­sen­tiel de l’édi­tion après les au­teurs. Nous leur avons pro­mis un bon pour­cen­tage sur les ventes (un tiers pour l’au­teur, un tiers pour la mai­son d’édi­tion et un tiers pour la li­brai­rie par exemple pour la Col­lec­tion BN2, des pe­tits

ou­vrages à 4 eu­ros, N.D.L.R.) et nous avons ain­si créé notre propre mo­dèle éco­no­mique. »

Des édi­teurs bé­né­voles

Avec une pré­ci­sion qui a son im­por­tance : Serge Prud’homme comme Mi­chel Jacquet sont des édi­teurs bé­né­voles. Parce qu’ils tra­vaillent à cô­té, avec leurs propres créa­tions, illus­tra­tions et des­sins pour l’un, dia­lo­guiste pour les courts et moyens mé­trages pour l’autre, ils par­viennent à « en­tre­te­nir notre dan­seuse, comme on di­sait avant, sou­rit Mi­chel Jacquet. Nous ne cher­chons pas à lut­ter avec les grosses mai­sons d’édi­tion, bien au contraire. Notre am­bi­tion, c’est de dé­cou­vrir et ré­vé­ler des ta­lents. » Seul un ma­quet­tiste, sté­pha­nois, est sa­la­rié.

Le bouche­à­oreille a bien fonc­tion­né dans un pe­tit uni­vers de pro­fes­sion­nels qui se croisent sur les sa­lons, un peu par­tout en France, à An­gou­lême et Saint­Ma­lo no­tam­ment, les deux ren­dez­vous in­con­tour­nables dans l’Hexa­gone. Jar­jille édi­tions s’est fait une spé­cia­li­té de dif­fu­ser des ou­vrages en pe­tite sé­rie, de 500 à 3.000 exem­plaires maxi­mum. Le pu­blic a éga­le­ment ré­pon­du à ce vent de li­ber­té et de sin­gu­la­ri­té dans un sec­teur qui n’échappe pas à un cer­tain confor­misme.

Ins­tal­lé dans le quar­tier de Beau­re­gard, Mi­chel Jacquet sa­voure sans hy­po­thé­quer sur l’ave­nir, fra­gile comme par­tout. Chaque jour, il s’isole dans son bu­reau pour tra­vailler sur ses dia­logues, la dé­cou­verte et la pro­mo­tion des jeunes au­teurs en de­ve­nir et… sur le pro­chain livre qu’il co­édi­te­ra avec Serge Prud’homme ( lire en­ca­dré). Il consacre aus­si beau­coup de temps à des ate­liers comme ce­lui qu’il vient d’en­ca­drer avec des col­lé­giens du Puits de l’Aulne, à Feurs.

Mi­chel Jacquet s’est ins­tal­lé avec femme et en­fants dans le quar­tier de Beau­re­gard, à Mont­bri­son

Des pro­jets plus per­son­nels en cours

Ces jeunes étaient en stage dans un pays d’Eu­rope quand est sur­ve­nu l’at­ten­tat qui a dé­ci­mé la ré­dac­tion de Char­lie Heb­do, en jan­vier 2015, et pro­fon­dé­ment mar­qué les co­fon­da­teurs de Jar­jille édi­tions. Mi­chel Jacquet a pro­po­sé aux élèves de des­si­ner la ma­nière dont cha­cun avait per­çu la ré­ac­tion des Es­pa­gnols, des Al­le­mands, des Ita­liens… sur une planche de BD. Ce tra­vail fe­ra pro­chai­ne­ment l’ob­jet d’une ex­po­si­tion au centre de do­cu­men­ta­tion et d’in­for­ma­tion (CDI) de l’éta­blis­se­ment fo­ré­zien.

Pa­ral­lè­le­ment à tout ça, Mi­chel Jacquet a com­men­cé à se pen­cher sur des pro­jets plus per­son­nels, un scé­na­rio sur l’en­fance en Es­pagne, dans les an­nées 70, de Max, l’un des deux bou­qui­nistes sté­pha­nois de­ve­nus les hé­ros des livres pu­bliés avec Deloupy et un autre sur la co­lo­ni­sa­tion du Viet­nam au dé­but des an­nées 1900 ; des pro­jets qui né­ces­sitent un im­por­tant tra­vail de re­cherche et d’en­quête his­to­riques afin de s’im­mer­ger dans la réa­li­té du mo­ment.

Sûr que dès mar­di pro­chain, Mi­chel Jacquet se­ra à nou­veau à Mont­bri­son, loin du tu­multe d’An­gou­lême, pour se re­mettre au tra­vail. En­fin, son autre tra­vail.

DES­SIN : DR.

ILLUS­TRA­TION. Mi­chel Jacquet vu par Serge Prud’homme, son ami d’en­fance, alias Deloupy.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.