Jacques Bruyas, homme de l’être

L’au­teur met en va­leur les écri­vains à tra­vers l’Union Rhône­Alpes Au­vergne qu’il pré­side de­puis 2012

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Lu­do­vic Daim

Le créa­teur de l’ins­pec­teur Bon­nier re­lance la sé­rie de ro­mans po­li­ciers née à Châtillon-d’Azergues en im­pli­quant des au­teurs ré­gio­naux pour leur don­ner de la no­to­rié­té.

acques Bruyas vou­lait faire de la pein­ture. Pe­tit­fils du peintre po­stim­pres­sion­niste Fran­cisque Po­mat, fils de Jean Bruyas, pro­fes­seur à l’école des Beaux­arts de Lyon et ami de Marc Cha­gall, cet en­fant de la Croix­Rousse était per­sua­dé de pou­voir dé­fier les plus grands au pin­ceau. « J’étais convain­cu que je pou­vais être l’autre grand peintre du siècle avec Pa­blo Pi­cas­so. »

Au con­tact de Mi­chel Au­las, père de Jean-Mi­chel

À l’au­tomne 1967, Jacques Bruyas trouve une ga­le­rie qui veut bien ex­po­ser ses pre­miers chefs­d’oeuvre. Il a 17 ans. Le jour du ver­nis­sage, son père « un peu pi­qué dans son amour­propre de peintre qui ga­lé­rait et aus­si sur­tout par lu­ci­di­té sur la qua­li­té de ma pein­ture », fait dé­cro­cher tous les ta­bleaux. « Quand je suis ar­ri­vé. Il m’avait fait lais­ser un car­ton. À l’in­té­rieur, il y avait des poèmes que j’avais écrits et que mon père avait fait édi­ter et pré­fa­cer par Louis Ara­gon, un co­pain à lui. Le len­de­main, les jour­naux ont ti­tré sur le coup de gé­nie d’un jeune poète pour lan­cer son re­cueil. » « Le jour où le lan­gage des signes s’est im­po­sé, on s’est ren­du compte que nous avions des pe­tits gé­nies. » Il se met à écrire des pièces de théâtre, s’in­té­resse au tou­risme au con­tact de Mi­chel Au­las, pro­fes­seur de fran­çais à L’Arbresle et père de JeanMi­chel, fon­da­teur avec Paul Leu­trat de l’Aca­dé­mie des Pierres do­rées qui en de­vien­dra le syn­di­cat d’ini­tia­tive, s’im­plique dans la presse lo­cale en de­ve­nant un temps ré­dac­teur en chef du Pa­triote beau­jo­lais au tour­nant des an­nées 70­80.

La ren­contre avec Georges Si­me­non

C’est là qu’il in­vente, pour un feuille­ton heb­do­ma­daire, le per­ son­nage de l’ins­pec­teur Bon­nier, « un flic un peu passe­par­tout, tom­beur de gon­zesses mais pas trop ». Un jour qu’il ac­com­pagne une troupe ama­teur de Ville­franche en Suisse pour jouer une adap­ta­tion de Clo­che­merle et l’une de ses pièces, à 4 km seule­ment de la mai­son de Georges Si­me­non, il dé­cide d’al­ler frap­per à la porte du « maître » pour lui pré­sen­ter son pre­mier po­lar. « Je ne lis plus, lui dit le père du com­mis­saire Maigret mais peut­être que si vous me l’en­re­gis­trez, je l’écou­te­rai. »

Dans la nuit, les co­mé­diens ca­la­dois sont mis à contri­bu­tion. Six cas­settes sont en­re­gis­trées qui sont ra­me­nées, le len­ de­main, chez l’au­teur de Mon­sieur Hire, L’aî­né des Fer­chaux et La Chambre bleue. « Quelques jours après, j’ai re­çu une pré­face de Georges Si­me­non. J’ai en­voyé La­ro­che­tard ,la pre­mière en­quête de l’ins­pec­teur Bon­nier qui se passe à Châtillon, au Fleuve Noir. Le di­rec­teur de la col­lec­tion m’a rap­pe­lé en me di­sant : “J’ar­rive de­main”. Mais il a vite cal­mé mon ego. Il a ajou­té : “Votre livre, je m’en fous. C’est la pré­face de Si­me­non qui m’in­té­resse”.

15.000 exem­plaires se­ront ven­dus. Le livre se­ra ré­édi­té en 2014 par les édi­tions du Pou­tan à Gleizé, à l’oc­ca­sion des 70 ans du Pa­triote beau­jo­lais. Jacques Bruyas a lan­cé à cette oc­ca­sion une sé­rie au­tour de l’ins­pec­teur Bon­nier en im­pli­quant des au­teurs de l’Union des écri­vains Rhône­Alpes­Au­vergne (2.000 membres) qu’il pré­side afin de leur don­ner de la vi­si­bi­li­té mé­dia­tique.

« Les au­teurs sont des êtres très fra­giles »

Avec cette idée aus­si d’être un pas­seur, un pro­mo­teur, un met­teur en lu­mière. « Les au­teurs sont des êtres très fra­giles », dit­il. À 65 ans, Jacques Bruyas a écrit 65 livres. Des ro­mans po­li­ ciers donc, mais aus­si des ou­vrages sur le Beau­jo­lais, son ter­roir, ses pa­tro­nymes, sur l’Afrique, sur l’his­toire. Une qua­ran­taine de pièces de théâtre éga­le­ment, tra­duites en 18 langues dont neuf sont ac­tuel­le­ment à l’af­fiche en France, en Ita­lie, en Tchè­quie, à Jer­sey.

« Il n’y a rien de plus ma­gique que de voir ses hé­ros prendre chair sur scène. Ça a une autre al­lure. La vir­gule est la vir­gule. Le souffle est le souffle. »

Pre­mier re­cueil de poèmes pré­fa­cé par Louis Ara­gon, pre­mier po­lar par Georges Si­me­non

PHO­TO BER­NARD SCHREIER

LIVRE. Au­teur, édi­teur, pro­mo­teur, Jacques Bruyas sou­tient les 2.000 ro­man­ciers, nou­vel­listes, scé­na­ristes, poètes qui forment l’Union des écri­vains de Rhô­neAlpes-Au­vergne.

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