A Rochefort, le pin bigue n’a pas ré­sis­té

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Pays D'astrée -

On l’ap­pe­lait « pin bigue » ou « pin tor­du ». Le vieil arbre avait ré­sis­té à la tem­pête de 1999 ; il a suc­com­bé au vent du sud qui a souf­flé dans la nuit de sa­me­di à di­manche.

Un arbre ty­pique de la ré­gion

À Saint­Laurent, di­manche ma­tin, c’était la cons­ter­na­tion. Sur­tout au ha­meau de « Rochefort » où les ha­bi­tants y étaient très at­ta­chés. Le pin bigue dres­sait son vieux tronc tor­tueux le long de la route qui monte au pi­ton ro­cheux. « C’était notre rep è re » , s’ i n d i g n e u n ha­bi­tant, cho­qué. Ce pin bou­lange, arbre ty­pique de la ré­gion dont les branches ali­men­taient les fours à pain des bou­lan­gers et dont les tailles ré­pé­tées les contrai­gnaient à pous­ser dans tous les sens, était à la fois point de ren­dez­vous pour les ran­don­neurs, po­teau in­di­ca­teur pour les au­to­mo­bi­listes, poste ré­pu­té pour l es chas­seurs et lieu de re­cueille­ment pour les plus ro­man­tiques. Le vieil arbre ser vait aus­si de re­père pour la mé­téo : « Il y a du brouillard jus­qu’au pin bigue ! »

An­dré Thé­ve­net, dé­cé­dé en no­vembre der­nier, avait ana­ly­sé l’arbre avec son p e n d u l e. L a p r é s e n c e d’une faille tel­lu­rique ex­pli­quait pour­quoi il pen­chait au­des­sus du pré en c o n t re b a s d e l a ro u t e, s’éloi­gnant de celle­ci. An­dré ra­con­tait qu’au mo­ment du gou­dron­nage de la route de Rochefort, au dé­but des an­nées 1960, per­sonne n’avait vou­lu cou­per le pin. Comme si le vieil arbre était de­ve­nu sa­cré.

Des com­men­taires sur In­ter­net

Alors, di­manche, les témoignages se sont en­chaî­ nés. Grâce à In­ter­net, les « exi­lés » de Saint­Laurent ont été ra­pi­de­ment in­for­més, lais­sant des com­men­taires par­fois char­gés d’humour : « Le pin bigue n’a pas souf­fert », « On le croyait éter­nel… c’est bien la preuve que tout le monde y passe ! ».

Comme Bras­sens au­près de son arbre, la poé­tesse Co­lette Per­ret­Thé­ve­net a ra­con­té com­ment elle se plai­sait à se ré­fu­gier à ses pieds quand elle était ado­les­cente. « Il em­porte un pan de notre vie, un peu de notre his­toire. Et dans ma mé­moire, je lui garde une place de roi en pen­sant à tous ses frères d’ici ou de là­bas que froi­de­ment on abat sans pen­ser à de­main. »

Son vieil ami lui avait ins­pi­ré plu­sieurs textes, comme dans le re­cueil So­lore, pu­blié en 2000 : « J’ai p o u r c e p i n t o rd u d e s ami­tiés gran­dioses/ ses épines d’hier ont per­cé mes yeux/ et pour lui je chante plus fort » . Nul doute qu’il res­te­ra du pin bigue le socle de son tronc conser­vé avec soin et sur­tout le nom d’un lieu à la fois mys­té­rieux et at­ta­chant.

DÉ­GÂTS. Le vent a dé­ra­ci­né le vieux pin bigue, em­por­tant une par­tie du gou­dron et sur­tout de l’his­toire du vil­lage.

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