Et Duke of­frit un concert…

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Par Ici Les Sorties -

Gou­te­las alors com­plè­te­ment en ruine, qui ren­con­tra Duke El­ling­ton à Pa­ris, via une connais­sance com­mune, le peintre Ber­nard Ca­the­lin. Il évo­qua cette aven­ture hu­maine, qui ras­sem­blait sur un même chan­tier des per­sonnes is­sues de tous les mi­lieux so­ciaux. Très in­tri­gué par cette his­toire, le grand « Duke » pro­mit de ve­nir les voir. Pro­messe te­nue, ce fa­meux 25 fé­vrier.

Ro­bert Du­clos, agri­cul­teur à Mar­coux et bé­né­vole ac­tif sur le chan­tier de Gou­te­las, se sou­vient de cette vi­site hors norme. « On avait or­ga­ni­sé toute une mise en scène pour l’ac­cueillir. Les en­fants du vil­lage lui ont fait une haie d’hon­neur jusq u’ a u c h â t e a u , t o rc h e s e n mains. Il a joué dans une aile amé­na­gée où on avait cou­lé une dalle, afin qu’on puisse ins­tal­ler le pia­no. Il n’y avait pas en­core de toit. C’était spar­tiate comme ins­tal­la­tion ».

« Il a tout dé­ca­lé pour res­ter trois jours »

Une cen­taine de pri­vi­lé­giés ont as­sis­té à ce concert. « À la fin, Duke El­ling­ton s’est le­vé de son siège et s’est re­tour­né vers le pu­blic en s’écriant en fran­çais, “je vous sa­lue mes frères !”. Alors qu’il ne par­lait que peu notre langue. »

Après le concert, point de fio­ri­ture. Le jazz­man s’est mé­lan­gé au pu­blic et aux tra­vailleurs bé­né­voles pré­sents. Il était après tout là pour ça… « On avait or­ga­ni­sé un casse­croûte avec tous les pro­duits du ter­roir. Du sau­cis­son à la fourme, il a tout goû­té. Et il a ap­pré­cié les mets lo­caux », ra­conte Ro­bert Du­clos. Duke El­ling­ton a même per­tur­bé son em­ploi du temps pour res­ter plus long­temps dans le Fo­rez. « Il ne de­vait ve­nir que pour un jour. Il a fi­na­le­ment tout dé­ca­lé pour res­ter trois jours, afin de mieux connaître les gens. » Le len­de­main, Jean Du­clos, père de Ro­bert et maire de Mar­coux, l’a ac­cueilli chez lui. « Mon père l’a em­me­né jusque dans la cave fa­mi­liale où il a vo­lon­tiers trin­qué avec nous », se re­mé­more Ro­bert. Un autre ou­vrier bé­né­vole du chan­tier de Gou­te­las, Mar­cel Pan­gaud, lui fit vi­si­ter le vil­lage en ca­lèche.

Pieux, « Duke » en­tre­tient une re­la­tion à dis­tance

Le dé­part de Duke El­ling­ton de Mar­coux ne si­gna pas pour au­tant la fin de l’his­toire entre le jazz­man et le vil­lage du Pays d’As­trée. Ro­bert Du­clos se sou­vient que pen­dant de nom­breuses an­nées après son pas­sage, l’ar­tiste amé­ri­cain en­voyait des images en lien avec la re­li­gion, qu’il pra­ti­quait ar­dem­ment. « Il était très pieux. Ces pho­tos étaient en fait des­ti­nées aux en­fants du vil­lage qui al­laient faire leur com­mu­nion. On gar­dait ain­si un con­tact si bien qu’en 1969, une dé­lé­ga­tion de Mar­coux a fait le dé­pla­ce­ment jus­qu’à l’opé­ra de Lyon, où il li­vrait un concert, pour fê­ter au­tour de lui son soixante­dixième an­ni­ver­saire. »

Il reste au­jourd’hui quelques sou­ve­nirs de son pas­sage, des pho­tos, mais aus­si une oeuvre si­gnée du jazz­man, écrite dix ans après sa ve­nue, qu’il a in­ti­tu­lée Gou­te­las’suite.

Un hom­mage à la hau­teur du tra­vail four­ni par Paul Bou­chet et son équipe…

D.R.

REN­CONTRE.

Jean Du­clos

(à d.)

et Ro­bert Du­clos en­tourent Duke El­ling­ton, au coeur même de la cave fa­mi­liale.

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