Sur scène, Ber­nard de­vient Ber­nie Par­ker

Ar­tiste trans­for­miste, il a fait de sa pas­sion son mé­tier. Et ce­la fait 30 ans que ça dure

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Pierre-Oli­vier Vé­rot pierre-oli­vier.ve­rot@cen­tre­france.com

Na­tif d’Am­ple­puis, do­mi­ci­lié au Co­teau, Ber­nie Par­ker trim­bale son spec­tacle, sa re­vue et ses plumes sur toutes les scènes de­puis 30 ans. Il se pro­duit ré­gu­liè­re­ment au ca­ba­ret Saint-Martin, dans le Fo­rez.

Ber­nard, alias Ber­nie Par­ker, n’ignore pas tous les a prio­ri qui peuvent col­ler à son art. Même s’il af­firme n’en avoir ja­mais trop souf­fert, il tient à af­fir­mer que trans­for­miste, c’est avant tout un mé­tier. Et, en ce qui le concerne, rien d’autre dans sa vie cou­rante. Si ce n’est une pas­sion, celle du spec­tacle et du di­ver­tis­se­ment. D’en­trer dans la peau d’un per­son­nage et d’en jouer avec un pu­blic amu­sé et in­ter­lo­qué.

Un as de la ré­cup’ et de la dé­brouille

« Je suis ar­tiste de ca­ba­ret. Trans­for­miste ne veut pas dire tra­ves­ti, prend soin de pré­ci­ser ce Cos­tel­lois d’adop­tion, na­tif d’Am­ple­puis. Quand je sors dans la rue, je ne vais pas dire que j’ai un look 100 % hé­té­ro mais je n’ai ni robe, ni plumes. Chez moi, tout ça est com­par­ti­men­té », an­ti­cipe, amu­sé, ce­lui qui a l’ha­bi­tude de ré­pondre à des ques­tions de ce genre. L’un des avan­tages, c’est qu’il n’est pas as­sailli dans la rue par des per­sonnes qui au­raient pu le voir lors de pres­ta­tions plus ou moins exu­bé­rantes de sa part.

Ce cô­té de sa per­son­na­li­té, Ber­nard ne l’ex­prime que sur scène. À la ville, il est un gar­çon plu­tôt calme et po­sé, bien à l’abri dans sa pe­tite mai­son ca­chée der­rière l’ave­nue de la Li­bé­ra­tion, la grande ar­tère qui par­tage Le Co­teau en deux. Dans ce pe­tit coin de ver­dure bien ur­bain, il s’est construit son uni­vers. Car outre le show, il conçoit et fa­brique la to­ta­li­té de ses cos­tumes ain­si que ceux des dan­seuses qui l’ac­com­pagnent par­fois. Dans la cave amé­na­gée de fa­çon très fonc­tion­nelle, tout est soi­gneu­se­ment ran­gé. Pas un fil ne dé­passe. Et pour­tant, des cos­tumes, Ber­nie en a confec­tion­nés des cen­taines. « Je n’ai pas les moyens d’ache­ter des cos­tumes tout faits. Ni même des plumes neuves. Je fais beau­coup de ré­cu­pé­ra­tion, je couds, je bri­cole, je ra­fis­tole. C’est le sys­tème D in­té­gral ! » C’est ain­si que les ta­pis de gymnastique de­viennent la ma­tière pre­mière des per­ruques et des coiffes in­vrai­sem­blables que l’ar­tiste porte sur scène, ou en­core des em­bal­lages divers et va­riés de­viennent élé­ments de cos­tumes.

Jus­qu’à dix te­nues par spec­tacle

Lorsque Ber­nie Par­ker entre en scène, c’est en ef­fet avant tout un choc vi­suel au­quel sont confron­tés les spec­ta­teurs. Son look, ou plu­tôt ses nom­breuses ap­pa­rences, sur­prennent, amusent, flattent le re­gard. C’est une fa­ran­dole de cou­leurs, de plu­ mes et de strass qui dé­barquent pour un spec­tacle qui peut du­rer jus­qu’à deux heures. « Je joue des per­son­nages comme Bette Mid­ler, Ti­na Tur­ner ou Grace Jones. Je chante en play­back et, entre­temps, je fais l’ani­ma­teur en es­sayant de dis­traire les gens, voire de les faire par­ti­ci­per un peu au show. Mon per­son­nage, c’est ma per­son­na­li­té. J’aime le bur­lesque, amu­ser les gens », dé­crit l’ar­tiste de ca­ba­ret. Il chan­ge­ra de te­nue jus­qu’à dix fois par spec­tacle.

La même dé­brouille est d’usage pour le ma­quillage. De­vant son mi­roir, Ber­nard de­vient Ber­nie en une heure de temps. Du haut des che­veux jus­qu’aux doigts de pied, en pas­sant par une poi­trine des­si­née au crayon de ma­quillage.

Avec le sou­tien fa­mi­lial

Avec son sta­tut d’in­ter­mit­tent du spec­tacle, Ber­nie a fré­quen­té de nom­breux lieux de spec­tacles de­puis ses dé­buts, en 1985. En France, à Pa­ris, et à Ge­nève. Ac­tuel­le­ment, il est ré­sident au ca­ba­ret Le Saint­Martin, à Ma­gneux­Haute­Rive, dans le Fo­rez. Il in­ter­vient éga­le­ment à la de­mande pour divers évé­ne­ments fes­tifs. Ou d’un tout autre genre puisque Ber­nie Par­ker a ani­mé, l’an der­nier, les voeux du dé­pu­té roan­nais Yves Ni­co­lin, au Sca­ra­bée de Riorges. « Il m’a dit : “Je te fais confiance, car je sais que tu n’es ja­mais vul­gaire”. » L’in­ter­mède a été ap­pré­cié des mi­li­tants ve­nus en­tendre des mes­sages à ca­rac­tère po­li­tique.

Dans son en­vi­ron­ne­ment proche éga­le­ment, Ber­nard a tou­jours pu trou­ver ré­con­fort et en­cou­ra­ge­ments. À com­men­cer par ceux de sa fa­mille. « Quand j’ai com­men­cé, mes pa­rents, qui te­naient un bar­res­tau­rant à Am­ple­puis, m’ont dit “d’ac­cord, à condi­tion que tu en fasses un vrai mé­tier.” Ils ont été for­mi­da­ bles, tout comme mon frère et ma soeur, qui l’ont éga­le­ment bien ac­cep­té. Et c’est ma mère qui m’a ap­pris la cou­ture. » Sa cote de po­pu­la­ri­té et de sym­pa­thie s’ est même pro­pa­gée au­près des ha­bi­tants de sa com­mune d’ori­gine : « J’ai sou­vent des Am­ple­pui­siens qui viennent me voir et me sa­luer. C’est sym­pa. »

C’est aus­si ce qui lui fait af­fir­mer, au­jourd’hui, après trois dé­cen­nies d’une car­rière dans la­quelle il n’a pas fait for­tune, que, « si c’était à re­faire, je ne chan­ge­rais rien. Je n’ai au­cun re­gret. »

À la ville, Ber­nard n’a rien à voir avec Ber­nie à la scène

PO­LY­VA­LENT.

Cos­tumes, ma­quillage, spec­tacle, Ber­nard - alias Ber­nie Par­ker - fait tout lui-même. L’ar­tiste trans­for­miste est éga­le­ment un artisan.

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