Ver­dict ce ven­dre­di pour les frères Toi­non re­ju­gés en ap­pel

■ Au­ré­lien et Jo­han doivent ré­pondre du meurtre de leur mère adop­tive, An­nie

Le Pays Roannais (Montbrison) - - La Une -

Au­ré­lien et Jo­han Toi­non com­pa­raissent, de­puis six jours, de­vant la cour d’as­sises du Rhône pour le meurtre de leur mère, An­nie Toi­non, re­trou­vée dans son lit en juillet 2010, le crâne et la mâ­choire fra­cas­sés à coup de barre de fer. Ac­quit­tés en fé­vrier 2014 en pre­mière ins­tance à Saint-Étienne, les deux frères, re­cueillis du­rant leur en­fance et mal­trai­tés, conti­nuent à nier.

Deux vies ca­bos­sées au sens propre et au sens fi­gu­ré : cla­mant leur in­no­cence, deux frères d’ori­gine po­lo­naise sont à nou­veau ju­gés à Lyon, pour l’as­sas­si­nat de leur mère adop­tive, après avoir été ac­quit­tés il y a deux ans, à Saint­Étienne.

Des es­pèces vo­lées dans un sac à main

De­bout dans le box des ac­cu­sés, Jo­han Toi­non, 29 ans, étonne le pré­sident de la cour d’ap­pel à cause de sa te­nue : « À quoi pen­sez­vous en ve­nant aux as­sises avec des têtes de mort sur votre sweat­shirt ? », de­mande, in­tri­gué, Ber­nard Seu­za­ret. « On m’a don­né ça » , ré­pond, la­co­nique, le jeune homme brun, en­tiè­re­ment ha­billé en noir, hor­mis ces fi­gures mor­bides. Sa te­nue contraste de fa­çon sai­sis­sante d’avec celle de son frère et co­ac­cu­sé, Au­ré­lien Toi­non, 30 ans, très blond et tout de blanc vê­tu.

Six jours que les ju­rés tentent d’élu­ci­der l’as­sas­si­nat très violent de leur mère adop­tive, An­nie Toi­non, re­trou­vée morte le 15 juillet 2010 dans son lit, au coeur de la ferme fa­mi­liale à Saint­ Gal­mier. An­nie Toi­non y vi­vait avec son ma­ri et leurs quatre en­fants is­sus d’une même fra­trie po­lo­naise, adop­tée en 1993. L’agri­cul­trice de 58 ans, al­coo­lique, avait été frap­pée au vi­sage et au crâne à l’aide d’une barre de fer. Au mo­ment des faits, elle était han­di­ca­pée par un plâtre à un bras.

Son sac à main, qui conte­nait, se­lon son ma­ri, 2.000 à 3.000 eu­ros en es­pèces, avait dis­pa­ru à l’ar­ri­vée des en­quê­teurs. Il avait été re­trou­vé cinq mois plus tard par des chas­seurs, aban­don­né à plu­sieurs ki­lo­mètres de la ferme fa­mi­liale, sans l’ar­gent.

L’en­quête avait mis au jour des conflits dans la fa­mille, no­tam­ment entre Au­ré­lien et ses pa­rents. Le jeune homme avait sou­hai­té re­prendre les terres agri­coles mais leur vente à un voi­sin avait bri­sé net ses rêves. Jo­han, lui, était connu pour vivre sous l’ em­prise de l’ al­cool. Ra­pi­de­ment sus­pec­tés, les deux frères avaient été ac­quit­tés le 14 fé­vrier 2014, étant don­né la min­ceur des preuves ac­cu­mu­lées à leur en­contre mais le par­quet gé­né­ral avait fait ap­pel. Ils ne cessent, de­puis, de clamer leur in­no­cence.

Deux frères aban­don­nés

Jo­han n’a pas soi­gné sa dé­pen­dance ma­la­dive. Il mul­ti­plie tou­jours les ten­ta­tives de sui­cide. La der­nière a eu lieu après son ac­quit­te­ment à Saint-Étienne. Le jeune homme, par­ti à Tou­lon, s’est je­té en mai der­nier d’une grue de plus de trente mètres. Il s’en est sor­ti avec des vis dans le ge­nou, des frac­tu­ res par­tout et quatre mois d’hô­pi­tal. Bri­sé, comme son par­cours.

« Quel­qu’un qui saute de plus de 30 mètres, c’est vrai­ment qu’il veut mou­rir », constate à la barre le Dr Jean Can­te­ri­no, l’ex­pert psy­chiatre qui l’a exa­mi­né à deux re­prises.

Nés à Gdansk (Po­logne) d’une mère pros­ti­tuée et d’un père qui s’est vo­la­ti­li­sé en Israël, les deux frères ont été pla­cés dans un or­phe­li­nat. Ini­tia­le­ment, ils de­vaient être adop­tés par un autre couple. Un dé­sis­te­ment les a conduits chez les Toi­non. Un dé­ra­ci­ne­ment qu’Au­ré­lien a vé­cu de ma­nière très vio­lente, lui qui s’est en­fui plu­sieurs fois de l’or­phe­li­nat pour re­trou­ver sa grand­mère ma­ter­nelle bio­lo­gique.

« Par­cours psy­choaf­fec­tif ra­va­gé », « aban­dons suc­ces­sifs » , « un nou­veau pays où on lui in­ter­dit de par­ler sa langue ma­ter­nelle » : une ex­perte psy­cho­logue le dé­clare en proie à un « ir­ré­pres­sible be­soin de pro­tec­tion ma­ter­nelle ».

« Une sor­cière » lors­qu’elle était ivre

Ce qu’il n’a ja­mais trou­vé au­près des amère adop­tive, dé­crite comme une « sor­cière » quand elle bu­vait mais qui pou­vait être « ex­tra­or­di­naire » quand elle était sobre, se­lon des témoignages. Le so­li­taire laisse un jour ex­plo­ser sa co­lère de fa­çon re­ten­tis­sante : sous l’em­prise de l’al­cool, il jette, à 15 ans, un téléviseur à la tête de son grand­père ma­ter­nel, al­coo­lique lui aus­si. Tan­dis que Jo­han est l’élève tur­bu­lent du col­lège. Son pre­mier con­tact avec l’al­cool ? À 5 ou 6 ans, en Po­logne.

Ver­dict ce ven­dre­di 26 fé­vrier. ■

Il tente de se sui­ci­der de­puis le haut d’une grue

PHO­TO PQR STÉ­PHANE GUIOCHON.

PRO­CÈS.

Les frères Toi­non, sur le par­vis de la cour d’as­sises du Rhône.

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