Pauvres mor­tels

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Zapping -

Il en a fi­ni avec les af­faires de ce bas monde. Après des mois d’om­ni­po­tence et de blagues cé­lestes, Dieu s’est re­ti­ré de la toile. Le tout-puis­sant ber­ger des in­ter­nautes a dis­pa­ru du site Twit­ter, aban­don­nant la masse de ses fi­dèles (deux mil­lions de fol­lo­wers) à leur triste sort, ponc­tuant ses der­nières écri­tures d’un « j’en ai fi­ni avec vous, je me casse ». Clair, net, pré­cis. Sans risque de voir fleu­rir trente-six in­ter­pré­ta­tions lit­té­rales, al­lé­go­riques ou contex­tua­li­sées. Cinq ans que l’au­teur amé­ri­cain Da­vid Ja­ver­baum, apôtre du se­cond de­gré, ali­men­tait le compte avec sar­casme et gé­nie. Le site, qui ne de­vait être, aux ori­gines, que l’ou­til pro­mo­tion­nel d’un livre, avait fait mouche dans la com­mu­nau­té des hommes, croyants et païens se ré­ga­lant d’ha­biles et bien sou­vent cruelles pa­ra­boles. Le Diable, il fal­lait s’y at­tendre, s’en est mê­lé. La ten­ta­tion était trop grande : un pe­tit Ma­lin a pi­ra­té les voies du Sei­gneur pour y glis­ser quelques pho­tos por­no­gra­phiques et mes­sages de sou­tien au can­di­dat à la pré­si­den­tielle Do­nald Trump. Le cour­roux des cieux s’est mué en apocalypse. Black out to­tal. Page blanche. Le di­vin, très oc­cu­pé par ailleurs (le di­plô­mé d’Har­vard, ré­dac­teur de textes pour des mul­tiples émis­sions té­lé­vi­sées et dé­ten­teur de treize Em­my awards) s’en est al­lé fouet­ter d’autres chats. Que les mor­tels re­tournent à leurs tur­pi­tudes et leurs ba­siques pro­blèmes du quo­ti­dien faits de que­relles égo­cen­triques, d’ab­sur­di­tés po­li­tiques et de barres cho­co­la­tées gor­gées de plas­tique. Dieu n’avait-il pas lâ­ché, pro­phé­tique : « moi non plus je ne crois pas en vous ». Fin de com­mu­ni(ca­ti)on.

Newspapers in French

Newspapers from France

© PressReader. All rights reserved.