Mes­sieurs les bû­che­rons, sor­tez du bois

La Loire compte quelque 130 bû­che­rons ré­par­tis sur trois mas­sifs dont le Fo­rez­Ma­de­leine

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Vie Départementale - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

Sous l’im­pul­sion d’In­ter Fo­rêt-bois (IFB) 42, deux as­so­cia­tions d’en­tre­pre­neurs de tra­vaux fo­res­tiers (ETF) ont vu le jour dans le Fo­rez et le Roan­nais. L’ob­jec­tif est de fé­dé­rer une pro­fes­sion qui compte quelque 130 re­pré­sen­tants dans un dé­par­te­ment où les fo­rêts, très ma­jo­ri­tai­re­ment pri­vées, re­couvrent près d’un tiers du ter­ri­toire.

époque du bû­che­ron mas­sif et b a r b u q u i t ra ­ vaille avec sa grosse che­mise à car­reaux et sa hache est ré­vo­lue. La pro­fes­sion a évo­lué. Au­jourd’hui, un bû­che­ron, c’est avant tout un « jar­di­nier de la fo­rêt » qui tra­vaille avec de bonnes connais­sances sur son en­vi­ron­ne­ment et avec des ou­tils qui se sont consi­dé­ra­ble­ment mo­der­ni­sés. »

Bû­che­ron, une pro­fes­sion trop iso­lée

Char­gée de mis­sion à In­ter fo­rêt­bois (IFB) 42, as­so­cia­tion dé­par­te­men­tale de pro­fes­sion­nels qui se sont as­so­ciés pour dé­ve­lop­per la fi­lière bois dans l a L o i re d è s 1 9 8 2 a v e c l’ap­pui du Con­seil gé­né­ral ( de­ve­nu dé­par­te­men­tal), Élo­die Thé­ve­net sait de quoi elle parle. Pe­tite­fille de bû­che­ron et com­pagne de bû­che­ron, elle a vé­cu de l’in­té­rieur l’évo­lu­tion tech­no­lo­gique d’une pro­fes­sion qui n’a, tou­te­fois, pas ter­mi­né sa mue. Les bû­che­rons que l’on ap­pelle dé­sor­mais des en­tre­pre­neurs de tra­vaux fo­res­tiers ( ETF) sont en­core trop sou­vent des tra­vailleurs iso­lés qui éprouvent des dif­fi­cul­tés à échan­ger, par­ta­ger et à va­lo­ri­ser le mé­tier.

Une ca­rac­té­ris­tique qui a pous­sé IFB 42 à créer deux as­so­cia­tions d’ETF, dans le Fo­rez et le Roan­nais, alors qu’une autre existe dans le Pi­lat de­puis 2008. « L’idée, c’est que la cin­quan­taine de pro­fes­sion­nels qui tra­vaille sur cha­cun des deux m a s s i f s a p p re n n e à s e connaître pour éven­tuelle­ ment s’en­trai­der mais aus­si qu’ils puissent se re­grou­per pour ache­ter du ma­té­riel ou des four­ni­tures par exemple, et se for­mer » , ex­plique Élo­die Thé­ve­net.

Les as­sem­blées consti­tu­tives se sont dé­rou­lées en fin d’an­née der­nière, à C h a l a i n ­d’ Uz o re p o u r l’ETF du Fo­rez pré­si­dée par Jean­Luc Pé­lis­son de l’en­tre­prise d’abat­tage et de dé­bar­dage de Saint­ Georges­en­Cou­zan, et à Renaison pour celle du Roan­nais dont Syl­vain Lal­lias, dé­bar­deur ma­nuel à La Tui­lière, a pris les com­mandes. Les Fo­ré­ziens se sont re­trou­vés à Boën­surLi­gnon, fin jan­vier, pour leur pre­mière réunion. L’as­so­cia­tion compte une d o u z a i n e d’ a d h é re n t s mais Élo­die Thé­ve­net est per­sua­dée que d’autres bû­che­rons re­join­dront la struc­ture quand ils au­ront pris connais­sance de sa nais­sance, de ses ser­vices et de ses ac­ti­vi­tés.

Un mé­tier de pas­sion­né

« Si la pro­fes­sion a chan­gé, les men­ta­li­tés, elles, sont plus dif­fi­ciles à faire évo­luer, re­con­naît la char­gée de mis­sion d’IFB 42. Ces hommes res­tent des pas­sion­nés qui n’ap­pré­cient rien de plus que de se re­trou­ver seuls en fo­rêt, en sym­biose avec la na­ture. Ce n’est pas tou­jours fa­cile de les contac­ter, de les in­ci­ter à re­joindre un groupe ou à par­ti­ci­per à une réunion. Les choses se font pro­gres­si­ve­ment. »

La Loire et ses 146.000 hec­tares de fo­rêts, très ma­jo­ri­tai­re­ment pri­vés (lire ci­contre), comp­te­raient quelque 130 bû­che­rons qui, avec un re­ve­nu annuel moyen éta­bli au­tour de 1.200 eu­ros ont be­soin de se faire connaître pour tra­vailler. Le bouche­à­oreille fonc­tionne très bien dans un sec­teur où les pe­tits pro­prié­taires ne savent pas ou ne peuvent pas tou­jours en­tre­te­nir leur par­celle. La pro­fes­sion doit aus­si com­battre les idées re­çues et faire com­prendre aux no­ni­ni­tiés que pour avoir du bois de­main, il faut en cou­per au­jourd’hui afin que les arbres ma­tures laissent la place aux jeunes pousses et conti­nuent de cap­ter plus de gaz car­bo­nique (CO2).

Sé­duire et convaincre les jeunes

Les jeunes, voi­là éga­le­ment un pu­blic ci­blé par les ETF. Plu­sieurs for­ma­tions existent dans la Loire, à la Mai­son fa­mi­liale et ru­rale ( MFR) de Marlhes ( tra­vaux fo­res­tiers) et à celle du Parc, à Mont­bri­son ( char­pen­tier bois, tech­ni­cien construc­teur bois, tech­ni­co­com­mer­cial bois et dé­ri­vés). Com­ment convaincre des ado­les­cents de s’orien­ter vers un mé­tier qui né­ces­site un in­ves­tis­se­ment hu­main et fi­nan­cier ( plu­sieurs cen­taines de mil­liers d’eu­ros pour ache­ter du ma­té­riel et s’ins­tal­ler à son compte) alors que le pr ix du bois, lui, stagne de­puis des dé­cen­nies bien que ce ma­té­riau soit à la mode ? Le lob­bying et la re­conn a i s s a n c e, v o i l à a u s s i d’autres rai­sons d’être de ces as­so­cia­tions d’ETF.

Le bois est à la mode mais son prix stagne de­puis des dé­cen­nies

PHO­TO D’AR­CHIVES : MA­THIEU TIJERAS

BÛ­CHE­RON.

La pro­fes­sion a beau­coup évo­lué mais reste mé­con­nue.

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