« La pri­son, c’est mieux pour elle »

Cinq mois ferme pour une qua­dra ré­ci­di­viste

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Faits Divers - Justice - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

Au terme d’une jour­née de dé­rive, une femme avait ten­té de dé­ro­ber une voi­ture à Villars, en ban­lieue sté­pha­noise, mais elle avait dû re­non­cer, trop ivre pour réus­sir à conduire.

lle connais­sait sa date de sor­tie par coeur, jours de ré­duc­tion de peine dé­duits. Ma­ni­fes­te­ment, elle avait men­ta­le­ment co­ché ce 22 mars 2016. Il lui fau­dra re­prendre et re­voir son agen­da.

« Un par­cours de vie in­sur­mon­table »

La qua­dra­gé­naire qui a com­pa­ru ven­dre­di 4 mars der­nier de­vant le tri­bu­nal cor­rec­tion­nel de SaintÉ­tienne était pour­sui­vie pour avoir ef­fec­tué une m a n oe u v r e a u v o l a n t d’une voi­ture qui n’était pas la sienne, alors qu’elle était pri­vée de son per­mis de conduire, et pour avoir heur­té des pou­belles. Si elle a éco­pé de cinq mois de pri­son ferme pour ces dé­lits as­sez mo­destes, c’ e s t e n ra i s o n d e s o n lourd pas­sé ju­di­ciaire. Et de sa per­son­na­li­té aus­si.

La pré­ve­nue n’a pas été épar­gnée par la vie. « Un par­cours de vie lourd, de l’ordre de l’in­sur­mon­table a ré­su­mé son avo­cate, Maître Char­lotte Du­puy, a va n t d’ é v o q u e r « s o n aban­don alors qu’elle était bé­bé » par sa gé­ni­trice, « les sé­vices sexuels qu’elle a su­bis » avant ce re­nie­ment et « sa plon­gée dans l’al­coo­lisme, très jeune » , seule ma­nière d’ o u b l i e r, l’es­pace de quelques heures, cette dou­lou­reuse tra­jec­toire. « Ma cliente est aus­si tom­bée dans le jeu », a ajou­té Me Du­puy avant de pré­ci­ser que son adop­tion par « des pa­rents très pré­sents, as­sis dans la salle », fut la seule vé­ri­table éclair­cie de l’exis­tence de sa cliente.

« Com­plè­te­ment pau­mée »

En no­vembre der­nier, cette der­nière avait été aper­çue par deux jeunes alors qu’elle quit­tait l’ha­bi­tacle d’une Ford Fo­cus et pre­nait la fuite. Elle ve­nait de heur­ter des pou­belles alors qu’elle était au vo­lant du vé­hi­cule sta­tion­né dans une pro­prié­té pri­vée, clé sur le con­tact. « J’avais pas­sé la jour­née à jouer à la Plays­ta­tion et à boire de l’al­cool. Les deux per­sonnes avec qui j’étais avaient com­men­cé à se battre alors j’avais pré­fé­ré par­tir mais je ne sa­vais plus où j’étais, com­plè­te­ment pau­mée, ex­plique une qua­dra­gé­naire qui com­pa­raît dé­te­nue.

Un e c o n d a m n a t i o n à cinq mois de pri­son as­sort i e d’ u n s u r s i s ­m ise à l’épreuve (SME) a été sus­pen­due sur dé­ci­sion du juge d’ap­pli­ca­tion des peines ( JAP) après ce nou­vel ava­tar. En juin 2015, elle avait été condam­née pour des faits si­mi­laires alors que son per­mis de conduire avait été an­nu­lé dès 2013. Son ca­sier ju­di­ciaire com­porte plu­sieurs autres men­tions pour vols, conduite sous l’em­pire d’un état al­coo­lique, fal­si­fi­ca­tion de chèques, abus de confiance…

« 2015 a été une an­née par­ti­cu­liè­re­ment dure » , sou­ligne une femme qui a « per­du deux êtres chers » et doit faire face à la ma­la­die. L’os­téo­né­crose l’em­pêche de se te­nir de­bout et de tra­vailler. La dé­com­po­si­tion et la mort des tis­sus os­seux l’obligent aus­si à prendre ré­gu­liè­re­ment de la mor­phine. Elle a ef­fec­tué plu­sieurs sé­jours d’hos­pi­ta­li­sa­tion psy­chia­trique. « In­sup­por­table, as­sure­t­elle. On m’at­tache sur un lit, on m’en­ferme et on me laisse dans le noir. »

« Vous êtes pro­ba­ble­ment mieux in­car­cé­rée que de­hors. »

Man­dat de dé­pôt à l’au­dience

An­dré Merle com­prend bien que « sa si­tua­tion n’est pas fa­cile » mais le re­pré­sen­tant du mi­nis­tère pu­blic rap­pelle qu’il « re­pré­sente la so­cié­té » et se « doit d’avoir une at­ti­tude hu­maine mais ferme. Je pense que vous êtes pro­ba­ble­ment mieux in­car­cé­rée que de­hors, li­vrée à vos dé­mons. Mieux sui­vie et mieux soi­gnée », pour­suit le vice­pro­cu­reur de la Ré­pu­blique qui re­quiert six mois de pri­son ferme mais pas la ré­vo­ca­tion des autres SME. Il de­mande éga­le­ment un man­dat de dé­pôt afin que la pré­ve­nue « en­chaîne car sa sor­tie sèche, sans pro­jet, se­rait pro­ba­ble­ment une vér itable ca­tas­trophe, pour elle et la so­cié­té. »

Ou­blié la date du 22 mars. Ren­dez­vous en août dé­sor­mais.

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