Au­ré­lia Duplan a dé­jà tour­né la page

L’an­cienne di­rec­trice de la bi­blio­thèque mu­ni­ci­pale est par­tie à la re­traite

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Montbrisonnais - Ro­dolphe Mon­ta­gnier ro­dolphe.mon­ta­gnier@cen­tre­france.com

À la re­traite de­puis quelques jours, Au­ré­lia Duplan a consa­cré toute sa vie pro­fes­sion­nelle à la culture en gé­né­ral et à la bi­blio­thèque mu­ni­ci­pale de Mont­bri­son en par­ti­cu­lier.

i nos­tal­gie, ni re­gret. » Voi­là une quin­zaine de jours qu’Au­ré­lia Duplan a quit­té son em­ploi de di­rec­trice de la bi­blio­thèque mu­ni­ci­pale de Mont­bri­son mais celle qui a pas­sé plus de quatre dé­cen­nies au ser­vice pu­blic de la culture af­firme qu’elle n’éprouve au­cune forme de spleen ou de mé­lan­co­lie. « Il y a un temps pour tout. Et ce n’est pas parce qu’une page se tourne que le livre est fi­ni », ré­sume une sexa­gé­naire qui ne se dé­par­tit ja­mais d’un dé­li­cat sou­rire.

Une Eu­ro­péenne qui a re­joint la Loire

Der­rière cet éclat, une femme qui, au fil des dé­cen­nies, est de­ve­nue une fi­gure de la vie lo­cale. Il faut dire que des mil­liers de Mont­bri­son­nais sont pas­sés dans ses rayons. L’ad­jec­tif est vo­lon­tai­re­ment faus­se­ment pos­ses­sif car la bi­blio­thèque n’était évi­dem­ment pas la sienne mais on ne passe pas toute sa vie pro­fes­sion­nelle dans une même mai­son sans abou­tir à une cer­taine forme d’iden­ti­fi­ca­tion.

Au­ré­lia Duplan in­car­nait une struc­ture qu’elle avait in­té­grée dans les an­nées 70. Cette « Eu­ro­péenne » telle qu’elle se qua­li­fie elle­même pré­fère res­ ter dis­crète sur la ou les rai­son(s) qui l’ont pous­sée à quit­ter son pays d’ori­gine où elle conserve de la fa­mille pour re­joindre la sous­pré­fec­ture de la Loire. « Un choix de vie per­son­nel » , élude une femme dont l’ac­cent laisse ima­gi­ner des ori­gines si­tuées à l’Est de notre con­tinent. Sa for­ma­tion en lettres mo­dernes l’amène à pour­suivre ses études à SaintÉ­tienne puis à Lyon. Elle se­ra bi­blio­thé­caire, un mé­tier qu’elle n’a « ja­mais eu l’im­pres­sion de pra­ti­quer tant ce fut une pas­sion. D’ailleurs, un jour que j’étais in­ter­ro­gée sur mon tra­vail par un ad­joint mont­bri­son­nais, je lui avais ré­pon­du que j’étais payée pour lire. »

Dé­di­cace per­son­na­li­sée d’Her­vé Ba­zin

La jeune di­plô­mée au­rait « pu al­ler à Nice, par exemple ­ et en hi­ver, moi qui aime la cha­leur, j’ai par­fois pu re­gret­ter mon choix ( r ire) » ­ mais ce se­ra Mo n t b r i s o n o ù l e m a i re d e l’époque, le doc­teur Guy Poi­rieux, dé­cide de lui confier les clés d’une bi­blio­thèque qui se ré­sume à une mo­deste salle d’une cen­taine de mètres car­rés. Au­ré­lia Duplan met­tra à pro­fit la confiance et le sou­tien ja­mais désa­voués de l’élu et ceux de son suc­ces­seur, Phi­lippe Weyne, pour dé­ve­lop­per une struc­ture qui, quatre dé­cen­nies plus tard, ac­cueille 3.500 lec­teurs as­si­dus et abrite 42.000 ou­vrages.

« Je me suis ap­pli­quée à faire en sorte que cet éta­blis­se­ment reste un lieu de ren­contres, d’échanges, de sa­voirs, de so­cia­bi­li­té et de loi­sir car il ne faut pas ou­blier que la lec­ture doit avant tout res­ter un plai­sir, confie la sexa­gé­naire. J’ai tou­jours ado­ré ce que je fai­sais mais j’ai aus­si tou­jours eu conscience que c’est parce qu’on m’avait don­né les moyens » , pour­suit une femme qui « re­grette de ne pas avoir pu tra­vailler plus long­temps avec Ch­ris­tophe Ba­zile, ( l’ac­tuel pre­mier ma­gis­trat de Mont­bri­son, N. D. L. R). Comme les deux hommes qui l’ont pré­cé­dé, il a tout de suite mon­tré que c’était quel­qu’un qui était at­ten­tif à la culture. »

« Le sen­ti­ment d’as­su­rer la trans­mis­sion du sa­voir »

L’an­cienne di­rec­trice de la bi­blio­thèque mu­ni­ci­pale s’est pas­sion­née pour les tra­vaux me­nés avec les écoles, les ex­po­si­tions, les ca­fés lit­té­raires, les concerts dans le cadre de la fête de la mu­sique ou en­core les ac­cueils d’écri­vains. Elle conserve ain­si pré­cieu­se­ment une dé­di­cace per­son­na­li­sée d’Her­vé Ba­zin. Elle sa­voure éga­le­ment d’avoir pu ex­po­ser les in­cu­nables en mai 2015, ces vo­lumes rares, pro­prié­té de la Ville de Mont­bri­son, conser­vés en sé­cu­ri­té et dans des condi­tions op­ti­males de tem­pé­ra­ture et d’hy­gro­mé­trie par La Dia­na, la so­cié­té his­to­rique et ar­chéo­lo­gique du Fo­rez.

« C’est à tra­vers des ac­tions comme celle­ci que j’ai eu le sen­ti­ment d’as­su­rer la trans­mis­sion du sa­voir, un vo­let de ce mé­tier de bi­blio­thé­caire qui a beau­coup évo­lué avec la nu­mé­ri­sa­tion et l’in­for­ma­tique », re­con­naît Au­ré­lia Duplan.

AU­RÉ­LIA DUPLAN. L’an­cienne di­rec­trice va à pré­sent se consa­crer à l’art, à la mu­sique, aux voyages et à ses trois pe­tits-en­fants.

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