Loan bien loin du train-train quo­ti­dien

Loan Tran­Thanh, « no­made de coeur et d’es­prit », a eu plu­sieurs vies dans son exis­tence

Le Pays Roannais (Montbrison) - - Le Portrait - Pierre-Fran­çois Che­tail pierre-fran­cois.che­tail@cen­tre­france.com

Guide tou­ris­tique en Guyane, res­pon­sable ex­port à l’in­ter­na­tio­nal pour un par­fu­meur, en mis­sion dans les pays en guerre pour des as­so­cia­tions hu­ma­ni­taires, le CV de celle qui est dé­sor­mais hyp­no­thé­ra­peute à Se­mur-en-Brionnais est im­pres­sion­nant.

e suis une no­made de coeur, d’es­prit. C’est pro­ba­ble­ment dans mon sang, le voyage fait par­tie de mon ADN. » D’ori­gine à la fois viet­na­mienne et chi­noise, Loan Tran­Thanh fait ef­fec­ti­ve­ment par­tie d’une fa­mille de voya­geurs, avec des pa­rents qui ont quit­té ado­les­cents leur pays du­rant la guerre d’In­do­chine pour re­joindre la France. Et un ar­rière­grand­père, pay­san chi­nois, qui a dé­ci­dé d’im­mi­grer au Viêt Nam sans par­ler la langue du pays, qua­si­clo­chard, qui ra­mas­sait les bou­teilles consi­gnées dans les pou­belles pour sur­vivre, mais fi­na­le­ment de­ve­nu, quelques an­nées après son dé­part, le pre­mier conces­sion­naire de Mi­che­lin à Saï­gon. meur, elle en de­vien­dra, quelque temps plus tard, res­pon­sable ex­port de la zone Ca­raïbes ­Amé­rique du sud.

Puis, six ans plus tard, elle est en­ga­gée par l’un de ses clients amé­ri­cains, s’ins­talle à Mia­mi, dans une mai­son au bord de l’océan, et conti­nue de par­cou­rir pour son job de nom­breux pays, d’Amé­rique cen­trale no­tam­ment. « J’en ai bien pro­fi­té, j’ai pu connaître dif­fé­rentes men­ta­li­tés et cultures, fait de belles dé­cou­vertes… » Mal­gré « u n bo u l o t p re na n t » , el l e prend le temps de pro­fi­ter de la vie noc­turne de Mia­mi via « des res­tos et des concerts », tout en pro­fi­tant de sor­ties « na­ture » entre amis, pour faire du ca­noëkayak dans le parc des Ever­glades par exemple.

C’est à cette époque que Loan vit sa pre­mière ex­pé­ri­men­ta­tion de l’hyp­nose, en tant qu’hyp­no­ti­sée, grâce à « un vieux mon­sieur » qui lui fait une di­zaine de séances. « Une ex­pé­rience hy­per­mar­quante, mais je ne veux pas en par­ler, c’est trop per­son­nel » , ex­plique­t­elle au­jourd’hui. À l’époque, elle n’ima­gi­nait pas du tout de­ve­nir hyp­no­thé­ra­peute. En réa­li­té, Loan n’a eu cette idée qu’à la toute fin de l’an­née 2013. « Elle avait peut­être ger­mé dans mon es­prit avant, mais je ne m’en étais pas ren­du compte. »

Et une fois en­core, elle ne perd pas de temps : « Le 6 jan­vier 2014, j’avais mon billet d’avion et mon ins­crip­tion dans une école ( d’hyp­nose) aux ÉtatsU­nis. » C’est à ce mo­ment­là qu’elle dé­couvre que l’une de ses amies ha­bite juste à cô­té de l’éta­blis­se­ment et lui pro­pose de l’hé­ber­ger : « Tout est tom­bé sur un pla­teau d’ar­gent » , sou­ri­telle.

La tour­née des pays en guerre

Pour Loan, ce n’est pas une coïn­ci­dence : « Dans la vie, es­time­t­elle, il n’y a pas de ha­sard. Quand vous êtes vrai­ment cer­tain de ce que vous vou­lez, c’est qu’il n’y a pas d’al­ter­na­tive, et alors, les portes s’ouvrent. Les choses se pré­sentent à vous na­tu­rel­le­ment, il n’y a plus qu’à les cueillir. Mais si ja­mais on a un seul doute, elles n’ar­rivent pas. Il faut que ce dé­sir d’ob­te­nir quelque chose vienne des tripes. » Après, se­lon l’hyp­no­thé­ra­peute du Brionnais, « il faut sa­voir lire les signes qui nous sont en­voyés, et sau­ter sur l’oc­ca­sion lors­qu’elle se pré­sente. » Pour cette ca­tho­lique non­pra­ti­quante, il y a « une di­men­sion spi­ri­tuelle » dans tout ça : « Nous sommes tous in­ter­con­nec­tés. Quand vous dé­si­rez quelque chose, c’est comme si l’uni­vers fai­sait tout pour que ça s’ac­com­plisse… »

Loan n’est pas pour au­tant éloi­gnée des tristes réa­li­tés de ce monde, puis­qu’elle a pas­sé près d’une quin­zaine d’an­nées dans l’hu­ma­ni­taire, prin­ci­pa­le­ment dans des pays en guerre. Pour “Ac­tion contre la Faim”, elle s’est ren­due au Con­go, au Tchad, au Sou­dan, au Li­ban, au Sri Lan­ka, ou en­core au Pa­kis­tan après un trem­ble­ment de terre. Elle a connu les hi­vers sans chauf­fage en Al­ba­nie, alors qu’il fait ­ 10 ° C de­hors, la vie sans eau cou­rante en Afrique… La vie de no­made n’est pas de tout re­pos !

« Quand vous êtes vrai­ment cer­tain de ce que vous vou­lez, alors les portes s’ouvrent »

P.-F. C.

CHEZ ELLE. Si les pay­sages du Brionnais sont moins épous­tou­flants que d’autres qu’elle a pu voir à tra­vers le monde, il y a dans ce bout de Saône-et-Loire « une dou­ceur de vivre et une au­then­ti­ci­té » uniques, qui ont trans­for­mé la no­made en sé­den­taire.

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